L’ORGANISATION SPÉCIALE DE LA FÉDÉRATION DE FRANCE DU FLN

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L’Organisation Spéciale de la Fédération de France du FLN

Auteur : Daho Djerbal

Genre : Histoire

Nombre de pages : 448 pages

PRÉSENTATION

La part réservée à l’Organisation Spéciale dans l’histoire de la Fédération de France du
FLN a laissé dans l’ombre une dimension importante de la lutte de libération en territoire
français.

Entre les différents tenants de la lutte armée un contentieux est né que le temps n’a
pas aidé à résoudre.

L’Organisation Spéciale de la Fédération de France du FLN était-elle
un détachement de l’organisation civile contrôlé par le comité fédéral ou une organisation
militaire dépendant d’autres centres de décision?

Pour les membres de la Spéciale, il n’y a
pas l’ombre d’un doute, ils étaient des djounoud de l’ALN.

Cet ouvrage restitue la parole des principaux acteurs qui, par leurs témoignages, apportent des
éclairages sinon des faits que ni les rapports de la Fédération de France du FLN, ni ceux de
la police française n’ont révélés.

En faisant l’effort douloureux pour se remémorer et trouver
les mots pour dire les faits, les membres de la Spéciale racontent leur histoire.

Leur identité
est dans cette histoire, elle est cette histoire.

Indissolublement liées, se combinent leur origine
sociale, leurs relations personnelles, mille rencontres et avatars de leur existence ; on y trouve
le pays, la famille, l’école, le travail, le milieu dans lequel ils ont évolué.

Le projecteur de l’historien Daho Djerbal a été installé au ras du concret et de l’agir social, en
déconstruisant la position de surplomb du «savant» afin de mieux restituer les compétences
communes des acteurs.

En mettant de l’ordre dans la relation des faits, les récits des uns et des
autres produisent du sens pour eux-mêmes et pour toutes celles et tous ceux qui aujourd’hui
en prennent connaissance.

Maître de conférences en histoire contemporaine au Département d’Histoire, Université
d’Alger 2, Daho Djerbal est, depuis 1993, directeur de la revue Naqd, d’études et de critique
sociale.

Après une dizaine d’années de travaux en histoire économique et sociale, il s’oriente
vers le recueil de témoignages d’acteurs de la lutte de libération nationale en Algérie.

Il
travaille aussi à la relation entre Histoire et Mémoire.


PARIS, le 14 JUILLET 1953

_____________________________________________________

Le 14 JUILLET 1953, la France coloniale disperse dans le sang la manifestation pacifique organisée à Paris par les travailleurs français et algériens.

Au moment du retour des corps dans les régions d’origine, l’ensemble des formations politiques nationales, de façon concertée et organisée, rendit hommage sur place en Algérie aux victimes du 14 juillet 1953.

../… L’accueil des cercueils sur l’esplanade du port d’Alger fut particulièrement impressionnant par l’assistance massive sous ce soleil de juillet et un service d’ordre impeccable des dockers qui avec évidence étaient sur leur terrain.

Plusieurs des convois funéraires furent bloqués par la police colonialiste au niveau des différentes destinations du pays pour empêcher l’expression d’un large mouvement de protestation patriotique du genre de celui qui avait donné naissance au FADRL deux ans auparavant. [ [Se référer à l’article de Liberté, du jeudi 2 août 1951 : « LE FRONT ALGÉRIEN POUR LA DÉFENSE ET LE RESPECT DE LA LIBERTÉ », Premier pas décisif dans la voie de l’union pour L’INDÉPENDANCE NATIONALE accessible ici … ]]

Le convoi vers la région de Mchedallah, du côté de Tasmalt, en hommage à Abdallah Bacha ne put être bloqué et a connu au cimetière du village natal, en pleine montagne, un accueil populaire inoubliable : femmes dont les parentes de la victime avec bouquets de fleurs, jeunes du mouvement scout et leurs chants patriotiques à l’arrivée de la large délégation au sein de laquelle figuraient aussi des européens responsables d’associations.
En présence de Oulebsir, responsable MTLD de la région, des allocutions ont été prononcées dans un bel esprit unitaire par Abdelhamid Mehri (dirigeant MTLD) en arabe, Sadek Hadjerès (représentant le PCA) en kabyle, Youcef BriKi (représentant des Syndicats Algériens CGT) en français et d’autres…/…


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14 JUILLET 1953

la France coloniale disperse dans le sang

la manifestation pacifique organisée à Paris par les travailleurs

français et algériens à l’appel de la CGT, du PCF

et de la délégation
permanente du MTLD.

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[

Défilé les travailleurs algériens manifestations CGT

Paris 14 juillet 1953 DR-IHS CGT

->http://fnme-cgt.fr/pages/cahier_ihs_illustration.php?img=img51_g&num=27-28#]

L’ordre imposant et impeccable des Nord-Africains marquait bien leur intention d’éviter tout désordre: leur groupement, par bloc de 300 environ, leur encadrement par deux files en brassards vert, la liaison des chefs de groupe, tout était sérieux, imposant et magnifique [[Thèse histoire de Emmanuel BLANCHARD, le 23 octobre 2008 “«Encadrer des “citoyens diminués” – La police des Algériens en région parisienne (1944-1962) »” – page 502 – extraits donnés en document joint.]].

Lors de la célébration des fêtes du 14 juillet 1953 [[ Qui se souvient des fusillés du 14 juillet 1953? article de Nacer Haniche – Bouira, publié dans “La Tribune” 2006, article signalé et adressé à socialgerie par Leila N.]] , des centaines de travailleurs, français et algériens, défilent de la Bastille à la Nation, en clamant dans l’union totale, leur volonté de liberté et paix.



La police [[Le préfet de police est Jean Baylot, qui a réintégré de nombreux policiers révoqués en 1945; Maurice Papon est secrétaire général de la Préfecture de Police ; Lire : Rajsfus, « 1953, un 14 juillet sanglant» )]] ouvre le feu sur les manifestants en tuant à balle réelles sept manifestants, six algériens et un français et en blesse une centaine d’autres.

Les sept manifestants assassinés sont :

  • Abdellah Bacha (Bahalil – commune d’Aghbalou, daïra de M’chedallah),
  • Larbi Daoui (Oran),
  • Abdelkader Trari (Nedroumah),
  • Mouhoub Illoul (Oued Amizour),
  • Tahar Madjine (Lafayette),
  • Amar Tadjadid (Tigzirt-sur-Mer)
  • Maurice Lurot (militant syndicaliste Paris – XVIIIème arrondissement).

Cette fusillade a été dénoncée dans le monde entier.

En France et en Algérie, pendant plusieurs jours, voire des semaines, des motions de
protestations contre les provocations de la police lors de cette manifestation ont été adressés au ministre de l’Intérieur …
[[En outre, des réactions d’indignation et de dénonciation d’intellectuels, comme celles de l’écrivain Albert Camus et du Comité
d’action des intellectuels pour la défense des libertés
, ont été rapportées.
]] … notamment de la part des travailleurs des briqueteries Bizot à Constantine, des carrières de Bekeira, des comptoirs numidiens, des mineurs de Beni Rasdoun, des métallos, du syndicat des ouvriers métallurgistes de Bône, des dockers de Jijel, des conseillers municipaux du 2ème collège de Souk Ahras, de la cellule Pierre Sermard du PCA à Oran, de l’UDMA et des Ouléma, des postiers d’Alger, des ouvriers des ateliers Terrain et, enfin des sections locales MTLD et PCA de Cherchell.

En France, plusieurs arrêts de travail en signe de protestation ont été observés au niveau de différentes villes, notamment à Lesconil, port de pêche, et à la fosse 9 d’Escarpelles, pendant 24 heures, par 200 Nord Africains. Plusieurs autres marches au niveau de plusieurs autres villes… [[“Alger Républicain” daté du 22 juillet 1953]]

… Pendant la manifestation, les messalistes avaient aussi des revendications économiques et sociales dont témoignaient de nombreuses banderoles (« À travail égal, salaire égal», «Prestations sociales pour tous, extension de la Sécurité sociale en Algérie»). Ils réclamaient la libération de Messali Hadj et de tous les « prisonniers politiques » [[
« Encadrer des “citoyens diminués” – La police des Algériens en région parisienne (1944-1962) » Thèse d’histoire de Emmanuel BLANCHARD, le 23 octobre 2008 , note 247, page 502, extraits donnés en document joint: Les messalistes avaient aussi des revendications économiques et sociales dont témoignaient de nombreuses banderoles (« À travail égal, salaire égal», «Prestations sociales pour tous, extension de la Sécurité sociale en Algérie»). Ils réclamaient la libération de Messali Hadj et de tous les « prisonniers politiques » mais s’abstinrent de toute revendication et banderole nationalistes ou « sécessionnistes ». Rapport des RGSN (section Afrique du Nord) au sujet de la manifestation du 14 juillet 1953, 15 juillet 1953. ANOM FM 81F/194.]]

“Alger Républicain” daté du 22 juillet 1953, rapporte les noms des sept fusillés et les circonstances de leurs enterrements émouvants qui ont eu lieu en présence de foules nombreuses à travers plusieurs régions du pays et même en France.

Témoignage d’un témoin d’époque: [[Témoignage de Sadek Hadjerès, éléments détaillés à D. Küpferstein pour le film qu’il prépare.]] sur l’hommage rendu sur place en Algérie aux victimes du 14 juillet 1953 à l’occasion de l ‘inhumation des corps dans les régions d’origine:

L’hommage fut rendu de façon concertée et organisée par l’ensemble des formations politiques nationales, à l’initiative du PCA et avec le soutien médiatique d’Alger républicain et pratique des organisations syndicales CGT .

L’accueil des cercueils sur l’esplanade du port d’Alger fut particulièrement impressionnant par l’assistance massive sous ce soleil de juillet et un service d’ordre impeccable des dockers qui avec évidence étaient sur leur terrain.

Plusieurs des convois funéraires furent bloqués par la police colonialiste au niveau des différentes destinations du pays pour empêcher l’expression d’un large mouvement de protestation patriotique du genre de celui qui avait donné naissance au FADRL deux ans auparavant.

Le convoi vers la région de Mchedallah, du côté de Tasmalt, en hommage à Abdallah Bacha ne put être bloqué et a connu au cimetière du village natal, en pleine montagne, un accueil populaire inoubliable: femmes dont les parentes de la victime avec bouquets de fleurs, jeunes du mouvement scout et leurs chants patriotiques à l’arrivée de la large délégation au sein de laquelle figuraient aussi des européens responsables d’associations.

En présence de Oulebsir, responsable MTLD de la région, des allocutions ont été prononcées dans un bel esprit unitaire par Abdelhamid Mehri (dirigeant MTLD) en arabe, Sadek Hadjerès (représentant le PCA) en kabyle, Youcef BriKi (représentant des Syndicats Algériens CGT) en français et d’autres.

À un moment donné, une escorte à dos de mulet représentant les autorités a fait son apparition et s’est tenue à distance. Sans doute le fait qu’elle était conduite par un caid connu pour sa neutralité bienveillante (il était le père d’un dirigeant nationaliste), s’ajoutant au rassemblement massif d’une population motivée, a-t-il contribué au bon déroulement de l’hommage, qui fut le plus souvent contrecarré ailleurs.

Ahmed Bencherif lors d’une conférence donnée au musée du Moudjahed de Naama le 05 juillet 2011: «La répression de la manifestation pacifique du 14 juillet 1953 à Paris» rappelle dans une brève introduction le contexte de la politique de répression poursuivie par la France contre le peuple algérien qui se prolongeait jusqu’en Métropole où elle visait spécialement les immigrés algériens de plus en plus nombreux… [[Évocation rapide de la participation des 134000 soldats algériens (tirailleurs spahis zouaves…) qui combattirent au coté de la France pendant la seconde guerre mondiale, et dont 11200 périrent dans ce conflit; du massacre du 8 mai 1945; de l’augmentation des chiffres de la main d’œuvre émigrée algérienne en France: 100000 travailleurs en 1930, et 210000 travailleurs en 1954. Sont aussi évoqués l’audience grandissante des mouvements nationalistes et l’organisation et l’implantation du MTLD, alors que la répression devenait de plus en plus féroce…]], avant de décrire la manifestation pacifique du 14 juillet 1953

…Ce jour-là, 14 juillet 53, comme tous les ans depuis 1936, le PCF et la CGT organisent une manifestation à Paris pour célébrer les idéaux de la République et depuis 1945 ceux de la Résistance. Près de 10 000 personnes y participent et parmi elles 2 000 manifestants défilent derrière les banderoles du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) le principal mouvement nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. La plupart sont algérien(ne)s, mais on y trouve aussi des Tunisien(nes) et des Marocain(e)s qui se battent pour la fin du colonialisme français dans leur pays. Les militant(e)s nord-africains y brandissent des drapeaux algériens et scandent des slogans hostiles au colonialisme et en faveur de la libération de Messali Hadj et de l’indépendance. Autant de symboles qui vont entraîner une répression sanglante de la police française à l’encontre des Nord-africains lors de l’arrivée du cortège sur la place de la Nation.

La manifestation était pacifique et il n’y eut aucune provocation. Mais la police ouvrit le feu. Le bilan était lourd : 7 morts (6 ouvriers algériens et un ouvrier français, militant de la CGT) et une centaine de blessés dont quarante dans un état grave. L’un de ces blessés était Abdelhamid El Mokrani qui, entré dans le coma, fut soigné et eut la vie sauve.

Le gouvernement de Joseph Laniel, président du Conseil, couvrit la répression et soutint les policiers assassins qui ne furent jamais inquiétés. Pire, le journal le Figaro, dans son édition du 17 juillet, criminalisa les manifestants et les accusa d’avoir commis des actes barbares, pris des armes blanches (couteaux, barres de fer et des pavés, des chaises et des bancs), provoqué et agressé des policiers.

Longtemps, la responsabilité des violences exercées le 14 juillet 53 fut imputée aux manifestants ; mais les travaux d’historiens ont récusé ces accusations.

ENTRE AUTRES TÉMOIGNAGES

parcours de DAOUI LARBI

DAOUI LARBI est né en 1924 à Ain-Sefra. Avant de partir en France, il a travaillé chez plusieurs patrons européens à Ain-Sefra comme serveur, puis veilleur de nuit à l’hôtel le Progrès. Il habitait avec sa mère et ses frères au ksar de Sidi Boutkhil ; Il immigra en 1950 en France et milita au MTLD.

Il était simple et modeste, avait une grande ferveur militante ce qui le faisait apprécier par son entourage. Il mourut comme martyr le 14 juillet 53 lors de cette grande manifestation pacifique.

La fédération de France du MTLD ramena les restes de Daoui Larbi dans un cercueil et couverts du drapeau algérien, par bateau à Oran qui arriva vers le 21 juillet de la même année. À la mosquée Turque de la rue Philippe, on officia pour lui la prière des morts. De là, la dépouille fut transportée à Ain-Sefra. L’administrateur de la commune mixte était déjà avisé par sa hiérarchie. Des notables et le frère de la victime allèrent lui demander le permis d’inhumer. Mais il refusa et leur ordonna de l’enterrer au cimetière de Tiout et sans public, presque dans le secret et l’anonymat absolu pour ne pas en faire un symbole de la liberté. Ainsi les obsèques se déroulèrent comme l’avait décidé l’administrateur, Maison. Trois mois, la mère de Daoui reçut un mandat de 35000 francs émanant de la direction du MTLD.

Témoignage Abdelhamid Mokrani

… J’ai été témoin ce jour-là; la manifestation était pacifique les militants n’avaient aucune arme blanche; ils n’avaient pas provoqué la police. Ils marchaient en ordre et revendiquaient la libération de Messali et la liberté. Harbi Mohamed et Hajd Harchouch étaient avec moi. Quand les agents de sécurité virent les banderoles qu’ils brandissaient, ils les chargèrent et tirèrent des coups de feu. Là il y eut une grande échauffourée. Moi-même j’ai été tabassé et j’étais tombé dans le coma et transféré à l’hôpital. Je fus soigné et sauvé.

Quand fut déclenchée la guerre de libération nationale, je rejoignis les rangs du FLN à Paris.[ [conférence donnée au musée du Moudjahed de Naama par Ahmed Bencherif le 05 juillet 2011
]]

Jean-Michel Krivine
… De 1936 à 1953 il était devenu de tradition pour le PCF et la CGT d’organiser un grand défilé populaire dans l’après-midi du 14 juillet afin de célébrer les idéaux des grands ancêtres qui prirent la Bastille et d’en profiter pour clamer les revendications du moment.

Celui de 1953 devait être le dernier car il fut l’occasion pour la police de provoquer un véritable massacre de travailleurs algériens. Qui se souvient aujourd’hui des sept morts, dont six Algériens ? La presse, passés les premiers jours, est demeurée muette sur l’évènement et la plupart des auteurs qui écrivent sur cette période n’en soufflent mot.

… Indiscutablement, comme l’affirme un des témoins interrogés, « on peut dire que, ce 14 juillet 1953, ont été tirés les premiers coups de feu de la guerre d’Algérie ». Que s’est-il donc passé?

Si l’on tient compte de tous les témoignages honnêtes et des récits des journalistes ne se limitant pas aux affirmations de la Préfecture de police, le déroulement des faits est à peu près le suivant : c’est en fin de défilé qu’arrive le cortège de plusieurs milliers d’Algériens. Ils viennent de la rue du Faubourg Saint Antoine et se dirigent vers la place de la Nation où se trouve la tribune des « officiels » (les dirigeants du PCF et de la CGT). Les manifestants sont bien organisés, encadrés par un service d’ordre avec brassard vert du MTLD (Mouvement nationaliste dont le chef, Messali Hadj, vient d’être incarcéré). Ils scandent divers mots d’ordre et notamment la libération de Messali. Ce que réclame également leurs pancartes, en même temps que la fin de la répression colonialiste et l’indépendance de l’Algérie. C’en est trop pour la police. Alors que le cortège s’apprête à se disloquer un groupe de flics se précipite pour arracher les pancartes et banderoles subversives ainsi que les drapeaux algériens. Les agressés vont réagir violemment en se saisissant de tout ce qui leur tombe sous la main pour se défendre puis contre-attaquer (les barrières en bois disposées le long des trottoirs, les hampes des drapeaux, les manches des pancartes). Désarçonnés par la détermination des Algériens, les policiers vont alors délibérément tirer sur eux à bout portant et sans sommation. Six Algériens et un Français, communiste et trésorier du syndicat des métaux du 18e arrondissement, trouvèrent la mort. Il y eut de nombreux blessés.

Il se trouve que, jeune étudiant en médecine membre du PCF, je me trouvais avec ma femme place de la Nation quand les coups de feu ont retenti. Après nous être allongés sur le sol nous avons vu un Algérien ensanglanté non loin de nous. Nous nous sommes précipités et avons pu le pousser dans un taxi. Il saignait d’une plaie du cou que nous avons comprimée jusqu’à l’arrivée à l’hôpital St Louis. Nous n’avons pas su s’il figurait parmi les 4 morts répertoriés dans cet hôpital…[[http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=678]]



Courrier du fils de Maurice Lurot, à l’Humanité-Dimanche le 21 septembre 1995: «chaque année, alors que chacun danse, c’est les larmes aux yeux que je cherche un mot qui réchauffe dans l’HD. Chaque année, mon père est de nouveau assassiné par les camarades, par leur oubli».


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Qui se souvient du 14 juillet 1953?

LE LIVRE DE MAURICE RAJSFUS

« 1953, UN 14 JUILLET SANGLANT »

Editeur Agnès Viénot

Collection Moisson Rouge

2003, 237 p., 14 euros

ISBN : 2914645325

« Le 14 juillet 1953, comme chaque année depuis 1936, le Parti communiste et la CGT organisent une grande manifestation de rue pour célébrer les valeurs de la République et les idéaux de la Résistance.
Mais ce mardi-là, un important cortège de travailleurs algériens s’est formé, encadré par le MTLD de Messali Hadj, qui scande

« Non au colonialisme »

et – pour la première fois –

« Nous voulons l’indépendance ! »

Place de la Nation, les forces de l’ordre chargent violemment. Les Algériens résistent, des policiers tirent alors dans le tas, tuant six jeunes ouvriers algériens et un métallurgiste français, syndicaliste CGT. Et de cet épisode, pas de trace dans la mémoire officielle de la Préfecture de Police…

(…) Ce livre, véritable enquête, s’efforce de reconstituer ce crime dissimulé et de faire revivre cette page d’histoire inconnue. Il rapporte les réactions des témoins, des journalistes, des parlementaires et des hommes politiques dans les jours qui ont suivi. Il évoque le contexte d’alors, cette main d’œuvre immigrée bienvenue dans les usines mais en butte au racisme quotidien, la montée d’une revendication indépendantiste qui déplaît fort à la gauche française… » (présentation de l’éditeur) [[http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/article-14-juillet-1953-qui-s-en-souvient-54574113.html]]


UN FILM DOCUMENTAIRE

sur les événements tragiques du 14 juillet 1953 est en cours de réalisation

(réalisateur : Daniel Kupferstein)


SOURCES

• « Qui se souvient des fusillés du 14 juillet 1953 ? » article de Nacer Haniche – Bouira, publié dans “La Tribune” en 2006.

• « La répression de la manifestation pacifique du 14 juillet 1953 à Paris» conférence donnée par Ahmed Bencherif au musée du Moudjahed de Naama le 05 juillet 2011,

http://bencherif.unblog.fr/2011/07/20/la-repression-de-la-manifestation-pacifique-du-14-juillet-1953-a-paris-ahmed-bencherif/

• Autour du livre de Maurice Rajsfus : «1953, un 14 juillet sanglant» – Agnès Viénot éditions – 2003 – 239pages, 14 euros.

Maurice Rajsfus [[Maurice Rajsfus met en lumière et dénonce, depuis de nombreuses années les basses œuvres de la police française tout au long de l’histoire et jusque dans leurs développements les plus récents, les crimes policiers, appelés plus communément «bavures» et qui restent largement impunis.]] dans ce livre, revient sur un épisode encore méconnu, la répression de manifestants nord-africains le 14 juillet 1953 à Paris, qui s’inscrivait pleinement dans la politique coloniale de l’Etat Français.

http://www.cbl-grenoble.org/2000/14juillet1953.php

http://eldiablo.over-blog.org/article-qui-se-souvient-du-14-juillet-1953-53375216.html

http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/article-14-juillet-1953-qui-s-en-souvient-54574113.html

http://libertaires93.over-blog.com/article-14-juillet-1953-qui-s-en-souvient-53923971.html

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article2544&var_recherche=%2014%20juillet%201953

• Danielle Tartakowsky : Les manifestations de rue en France – Sept morts à l’issue d’une manifestation à Paris le 14 juillet 1953.

Danielle Tartakowsky, dans Les manifestations de rue en France, 1918-1968 a pu écrire (p. 634): …la répression s’inscrit dans une logique de guerre avant même qu’il n’y ait guerre.

Voir aussi «Associations et syndicats dans les cortèges de Premier mai – 1945-2004»

• “Allons enfants… pour l’Algérie”, documentaire produit par la République Démocratique Allemande, réalisé par Karl Gass, sorti en 1962.

• Témoignage du Abdelhamid Mokrani (Ancien Moujahid), cité par Ahmed Bencherif.

• « 14 juillet 1953: A Paris, la police tire sur des Algériens, six morts» (Algérie) par Benjamin Stora, Le Monde, 14 février 1999, page 8 : Des Algériens du MTLD de Messali Hadj terminent le défilé de la CGT, place de la Nation, pour célébrer la Révolution française. Les Algériens sont dignes et disciplinés, ils ont des banderoles. A la fin de la manifestation, les policiers se précipitent sur les porteurs de banderoles et les matraquent. Ceux-ci se défendent. Les policiers reculent puis font feu. Il y a six morts algériens, tués par balles et quarante quatre blessés graves. Le 22 juillet 20 000 personnes se rendent aux obsèques des victimes. Le préfet de police est Jean Baylot, qui a réintégré de nombreux policiers révoqués en 1945; Maurice Papon est secrétaire général de la Préfecture de Police.

Sources : http://jacques.morel67.pagesperso-orange.fr/ccfo/crimcol/node64.html

• Encadrer des “citoyens diminués” – La police des Algériens en région parisienne (1944-1962)
Thèse de doctorat d’histoire de Emmanuel BLANCHARD, le 23 octobre 2008 – Université de Bourgogne – UFR d’histoire; mise en ligne, version 1, le 16 septembre 2011 –

voir le chapitre 8, «Le 14 juillet 1953, un maintien de l’ordre colonial?», page 500. Des extraits (pages 493 à 514 sont donnés en document joint).


CINQUANTENAIRE: UNE CONTRIBUTION DE MOHAMED HARBI

N’ayant pu se déplacer à Alger pour prendre part au colloque organisé par El Watan à Alger du 5 au 7 juillet 2012, pour des raisons de santé, l’historien Mohamed Harbi, a fait parvenir aux organisateurs la contribution suivante.


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Contribution de Mohamed Harbi au colloque d’El Watan

Je me propose dans cette intervention d’aborder quelques points, tout d’abord, un bref bilan de la colonisation, en second lieu, les pesanteurs du passé sur le développement politique et en dernier lieu, une brève esquisse sur les luttes de classes.

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1) Bilan de la colonisation

Il est difficile de contraindre les réponses sur la colonisation dans un jugement univoque. Comme tout fait social et historique, le phénomène colonial est une réalité complexe. Les grandes figures du nationalisme qui l’ont combattu, l’Emir Khaled, Cheikh Abdelhamid Ben Badis, Messali Hadj et Ferhat Abbas l’ont compris et réservé la flèche aux colons et au parti colonial en France.

S’il est vrai que le développement du pays a répondu aux intérêts de la colonisation, il est également vrai que tous les segments de la société algérienne n’ont pas également souffert de sa domination. Une sociologie des élites politiques et sociales de l’Algérie indépendante, révélerait sans ambigüité que ce sont les enfants des familles qui ont fait leur ascension dans le sillage de la colonisation qui ont été les principaux bénéficiaires de l’indépendance. La promotion d’élites plébéiennes que ce soit par l’armée nationale de libération, par l’école ou par l’usine ne peut dissimuler ce fait.

Le retour sur la colonisation nous est utile que s’il nous permet dans notre pratique politique de rejeter tout ce qui touche à notre dignité et nous rappelle le passé colonial. Ses justifications par le développement des infrastructures (transport, santé, enseignement…) trouvent de moins en moins d’audience dans les jeunes générations en France.

Cette argumentation est «analogue à la justification du fascisme par les autoroutes du nazisme par la résorption du chômage et du stalinisme par l’industrialisation…» écrit Jean Frédéric Schaube exprimant par là, le sentiment des adversaires de la loi du 23 février 2003 sur la positivité de la colonisation dont le legs ne peut se réduire ni à des infrastructures ni à ce capital culturel qui a marqué les élites nouvelles.

En détruisant les institutions et en accentuant les contrastes entre le littoral et l’intérieur du pays, la colonisation a sa part dans la division nationale. Elle a par ailleurs, été un obstacle à la communication entre les Algériens, et a constitué un obstacle à l’émergence d’une société civile.

Les spécialistes de la guerre définissent le conflit franco-algérien qui s’est déroulé entre 1830 et 1962 comme un conflit de «basse intensité».

Cette définition omet la lourdeur des pertes humaines car la guerre avec la France s’est doublée de luttes civiles.

En aménageant par les armes l’établissement de la population hors de la portée de l’ALN et en engageant à cet effet des milliers de supplétifs algériens, la France a bouleversé les termes du conflit en lui donnant une forme plus violente. Cette violence s’est exprimée en dehors de tout respect des normes convenues et a alimenté le désir de vengeance des Algériens qui n’ont prêté attention aux formes qu’il a pris que dans les années 90 quand les islamistes l’ont utilisé contre la population.

Un tableau des héritages sociaux est indispensable pour mieux situer au niveau anthropologique le phénomène de la violence.

Celle-ci nous parait aussi liée à des facteurs contingents: l’urgence ressentie pour répondre aux menaces, le défaut de direction, la multiplicité des acteurs en lice à un moment où les chefs de la résistance ne disposaient pas du pouvoir qu’on leur prêtait et essayaient de l’obtenir en négociant avec des forces incontrôlées. Des recherches approfondies sur cette situation contribueraient sans nul doute à une avancée de procès de civilisation et inciterait les acteurs de la guerre de libération à faire face à leurs responsabilités.

La question soulevée par l’engagement des Algériens aux côtés de la France se rattache au problème de la violence. L’assimilation de cet engagement à la collaboration française avec l’Allemagne nazie fausse la démarche. Cent trente deux années de colonisation ne peuvent être comparées en termes d’expérience historique à cinq années d’occupation allemande.

Si on veut la restituer, on doit s’abstenir de ruser avec les faits et reconnaître comme l’a fait Mostefa Lacheraf que la collaboration n’a pas été un phénomène marginal. Au-delà, de l’utilisation qu’en font des idéologues qui ignorent ce qu’est une situation coloniale, il reste que l’attitude des Algériens fut surtout caractérisée par le refus de l’humiliation, de la servitude et l’invention d’une multitude de tactiques pour empêcher l’Etat colonial de parfaire sa domination.

Il ne faut pas oublier que c’est le refus du peuple algérien d’accepter les solutions françaises qui ont fatigué l’adversaire, et, l’action armée aidant, l’ont contraint à négocier l’indépendance.

Il faut donc se pencher autrement sur cette zone grise des accommodements quotidiens et des stratégies sociales où eurent à s’opposer la conscience nationale et les nécessités de la survie.

À l’aube du cinquantenaire le patriotisme algérien n’en sortira que grandi.

Quoi qu’il en soit, les troubles qui suivirent la libération, dans une période de transition mouvementée (crise du FLN, action de l’OAS ont rendu la maîtrise des représailles difficiles à assurer. Le nombre des victimes a été gonflé non sans cynisme par ceux-là même qui ont entraîné des Algériens contre d’autres. Certes, les vertus civiques n’étaient pas au rendez-vous. Sur ce point, la responsabilité de la résistance, ne peut être éludée.

2) Les pesanteurs du passé

Il me semble évident, chacun le sait aujourd’hui, que la conquête coloniale n’a pas été ce bouleversement qui aurait fait table rase de toute l’expérience acquise avant 1830. Le développement économique, social et culturel, qu’a généré le capitalisme n’a pas connu suffisamment d’extension et d’intensité pour transformer la société dans son ensemble.

Entre la frange urbanisée et la société rurale, massive et hétérogène formée de corps, de fidélités et d’acteurs collectifs presque totalement étrangère à la modernité, il existe un écart énorme.

Il y a bien entendu des liens étroits entre les deux mondes mais leur regard sur la nouvelle société diverge. Les uns la voient comme une pale imitation de l’Occident, les autres, plus ouverts au monde extérieur, la vivent comme une manière proprement algérienne d’aborder le monde moderne.

Bien sûr, les regards ne sont pas aussi tranchés que je l’exprime car l’afflux incessant des migrants tend à ruraliser en renforçant à l’ombre des coutumes et de la religion le rôle des solidarités traditionnelles.

Les couches cultivées et les possédants quant à eux, cherchent à s’aligner sur le modèle urbain cosmopolite. Ces couches faibles et peu nombreuses avant novembre 54 témoignent du caractère embryonnaire du système bourgeois. Le caractère double des structures sociales a déterminé la nature de la révolution, une révolution plébéienne à l’instar des révolutions d’Amérique latine au XIXe siècle, surgie du sol national.

Tout dans le processus révolutionnaire en Algérie, incite à la comparaison avec le Mexique, la participation du peuple, l’origine sociale des chefs et leur fonction, la revanche sociale des éléments les moins favorisés contre les éléments les plus favorisés, le décalage enfin entre la vision des activistes et celle des secteurs politisés de l’intelligentsia.

Particularité algérienne: avec l’engagement dans la lutte armée, les organisations et les institutions des couches cultivées et des possédants furent éliminées d’un seul coup.

L’État algérien en marche, c’est-à-dire les forces armées, se constitua sur une base purement plébéienne. La structure de la société plébéienne devint à travers les guérillas le noyau et la structure du nouveau système du pouvoir. Les intellectuels n’existaient que comme alliés ou subordonnés des activistes. Aucun d’eux, n’a joui de leur pleine confiance ni réussi à se forger une force politique propre. Ceux qui s’y sont essayés, comme Abane Ramdane l’ont payé de leur vie. Avec lui, la prépondérance civile mais à Alger seulement a duré moins de deux ans.

Après la sortie du CCE à l’étranger l’examen des mécanismes du pouvoir permet de repérer les caractéristiques valables pour tous les appareils: l’importance des relations personnelles, la prééminence des processus informels sur le fonctionnement officiel.

La structure politique centrale ne contrôle pas l’ensemble. Chacun de ses membres contrôle un segment. Cela rend la prise de décision rarement lisible. Les rapports horizontaux de classes en gestation cèdent le pas à des rapports sociaux verticaux où prédominent patronage et clientélisme.

Les tentatives d’accaparement du centre politique, c’était l’intention de Krim Belkacem, sont vouées à l’échec. Une coopération minimale s’impose mais la patrimonialisation du système est différée. Il faudra attendre l’indépendance et l’unification totale des guérillas pour la voir se dessiner.

La tendance à renouer avec le passé et à enjamber le moment colonial comme en rêvaient les oulémas se profile mais elle ne trouve pas un interprète légitime pour la prendre en charge. Quand au style de commandement et d’autorité c’est celui du caïd et du notable. Il n’exclut ni la réprimande publique ni la brutalité, ni la morgue et la suffisance.

3) Les luttes de classes

Un mot sur les classes. Depuis les événements d’octobre 1988, les élites politiques qui gouvernent le pays ont perdu leur légitimité. Les mythes de la résistance n’opèrent plus. Les héros sont fatigués. Après l’autogestion et le socialisme étatiste, l’Etat algérien n’a rien à proposer sauf la réforme du système. Les factions qui s’approprient l’Etat n’y sont pas toutes prêtes. Leurs conflits vont mener l’Algérie à l’aventure. La crise de représentation a pour théâtre la ville. La distance sociale entre ses différentes composantes montre que la structuration en classes commence à atteindre un seuil critique. Nous ne sommes plus dans les années 60 où sous couvert d’un socialisme fictif s’affirmait l’espérance d’une vie meilleure.

Le développement de la bureaucratie a progressivement favorisé une classe dirigeante formée d’un segment politico bureaucratique et d’un segment économique lié entre eux. Larbi Belkheir a incarné leur interpénétration. Désormais hommes d’affaires et hommes politiques maîtrisant des réseaux de patronage se forment à l’ombre de la lutte contre l’islamisme. Ces nouveaux acteurs maîtrisent des réseaux de patronage et disposent de moyens suffisants pour se faire des clients et élargir leur influence en se dotant d’une presse à leur dévotion. Mais, si à l’intérieur du pays le clientélisme reste une ressource, dans les villes il atteint ses limites. Sa force vient de ce que la classe ouvrière à la recherche de dirigeants capables de lui ouvrir des perspectives n’arrive pas encore à atteindre ses buts.

Il est clair que la société urbaine, les élections l’ont prouvé, ne se reconnait pas dans les représentants qu’on lui propose. Si le conflit de classes ne s’exprime pas institutionnellement, c’est parce que le pouvoir parvient encore, malgré des émeutes à répétition, à contrôler les canaux d’expression de la contestation. On en mesure le potentiel à Alger par exemple, et sur les stades ailleurs, lors de manifestations sportives.

Il y a une autre raison à cette panne du conflit entre classes. Les exclus et les marginaux de la société urbaine ne forment pas une classe en soi et sont inaptes à s’ériger en classe pour soi. Leur inaptitude à devenir des acteurs conscients de leur histoire constitue un facteur favorable au maintien du système politique et ce, d’autant plus que les classes moyennes traumatisées par la violence des islamistes et des militaires vivent dans la hantise d’une explosion populaire et craignent une aventure.

Parallèlement, ce monde d’exclus faute de pouvoir proposer une alternative se réfugie dans des modes d’expressions détournés tels la criminalité, le pillage, l’engagement dans des opérations aventureuses, que ce soit au profit de l’opposition ou du pouvoir.

Ce sont là des mouvements apolitiques dans leur forme mais politiques dans leur signification.

Difficulté de la classe dirigeante travaillée par le jeu des factions et l’incapacité d’une société urbaine fragmentée se conjuguent pour fermer la voie à toute solution démocratique fondée sur un compromis social.

Dans ces conditions, la classe dirigeante continue à fonctionner sur le mode de la coercition tout en se préparant à une épreuve de force. (Recrutement massif de policiers, achat de matériels modernes, etc.).

Son État n’est que l’incarnation de l’impuissance de la société à se comprendre et à s’orienter. Cette question mérite un examen particulier dénué de tout dogmatisme.

Pour finir, j’attire l’attention sur les pièges que recèle l’idée d’une opposition entre l’Etat et la société civile. Dans bien des analyses, la société civile est définie comme ce qui n’est pas l’Etat. La seule qualité qui lui est reconnue serait l’inertie qu’elle oppose aux interventions du pouvoir.

Dans le contexte algérien, la pertinence de cette opposition est à rejeter. Elle suppose que les sphères économique, sociale et politique sont distinctes. C’est loin d’être le cas. L’Etat est le lieu principal de l’accumulation et de l’enrichissement. Sa capacité de nuisance pour quiconque cherche à s’élever dans l’échelle sociale est réelle. Il est donc illusoire de poser en principe l’autonomie de la société civile. Des liens continuent à l’attacher à l’Etat. La vigueur des rapports de parenté, de clientèle interdisent à ses administrations de se constituer en acteurs autonomes comme dans les pays occidentaux.

Dans ces conditions, l’Etat n’est un démiurge qu’en apparence. Il emprisonne la société et il en est aussi prisonnier.

Un dernier mot en conclusion. La révolution algérienne a accompli sa mission, celle de débarrasser le pays d’une domination étrangère, mais ce que le peuple juge aujourd’hui, ce n’est pas seulement cette domination mais la domination dans le temps et les constructions intellectuelles qui ont favorisé le retour de représentations et de pratiques du passé.

À bien des égards, la révolution a été un banc d’essai pour la pratique de l’avenir mais ce qui frappe l’observateur c’est sa stérilité intellectuelle. Elle n’a pas augmenté le patrimoine d’idées que lui a léguées le nationalisme populiste. Tout se passe comme si le principe de ses dirigeants était de donner l’espérance au peuple pour la lui ôter aussitôt.

C’est bien la preuve que le despotisme plébéien produit les mêmes effets que celui des familles «de grande tentes» et des notables qui dans leur morgue et leur arrogance ne toléraient que les âmes serviles.

Mohamed Harbi, 8 juillet 2012. El Watan


Sources:

El Watan du 8 juillet 2012


repris sur le blog algerieinfos-saoudi.com – le 8 juillet 2012


Réactions de lecteurs:

… / …
la contribution est édifiante, elle mérite, par l’auteur ou d’autres, un approfondisement notamment du mimétisme socio-anthropologique entre les élites populistes du pouvoir actuel et les élites des grandes tentes (époque coloniale). Même fonction historique, ce qui fait dire aux citoyens que rien n’a changé- d’autant que cette élite renforce le trait chaque fois qu’elle est confrontée à sa « re »mise en cause. les dernières élections et toutes les manifestations de rue réprimées violemment en sont une preuve par neuf.

la peur des couches moyennes de l’incertain – le pouvoir au fait de la chose agit de manière opportune et intelligente pour fracturer d’avantage la société. il en fait des couches moyennes un allié malgré elles. Il joue allégrement de la rente pour assoir « virtuellement » sa domination.

l’auteur marque pertinemment l’absence d’une élite dirigente au sein de la classe ouvrière ou de ce qui se dessine- n’est ce pas que s’en est certainement le talon d’Achille du front du changement ou de ce qui se dessine.

Saci Belgat, le 10 juillet 2012
.


“NOUS FÊTIONS LA VICTOIRE DANS LA GUEULE DU LOUP”

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HOCINE BELLALOUFI

JOURNALISTE

ET ÉCRIVAIN

par : Hafida Ameyar

“Liberté”– le 7 juillet 2012

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Le 5 Juillet 1962, je me trouvais dans une ville ouvrière de la banlieue parisienne où vivait une importante communauté d’ouvriers algériens. C’est là que nous habitions. Mes parents étaient commerçants. J’avais neuf ans et il me reste quelques souvenirs épars de cette journée. Ce jour-là, nous avions mis nos habits de fête. Nous nous sommes rendus, mes parents, ma sœur, âgée de quatre ans de plus que moi, et moi, dans un restaurant de la ville, tenu par un compatriote… A l’époque, l’émigration algérienne était essentiellement masculine et célibataire. Le centre de la vie sociale, en dehors de l’usine, était constitué par les cafés et hôtels garnis. C’est, donc, là que nous avons célébré l’Indépendance.

Nous éprouvions un fort sentiment de fierté, de joie et de soulagement, mais tempéré par une retenue mêlée d’appréhension. C’est du moins ce qui m’apparaît aujourd’hui. Retenue, parce que nous fêtions la victoire dans la “gueule du loup”. Il n’était pas concevable de sortir dans la rue, drapeau algérien déployé, car nous vivions au cœur même de l’Etat qui subissait la défaite et qui était en pleine crise franco-française, provoquée par le retour massif et inorganisé de centaines de milliers de Français d’Algérie. Il fallait, donc, faire preuve de retenue.

Nous avions en même temps des appréhensions, car l’OAS pouvait frapper à tout moment, par désespoir et dépit, plus que par capacité à modifier le cours de l’Histoire. Un comité de vigilance s’était d’ailleurs mis en place aux alentours du restaurant et à la porte même de l’établissement, afin de veiller à notre sécurité et de faire face à toute provocation ou tentative.
C’est donc dans un climat assez spécial que nous avions fêté cette journée.

Un regard lucide s’impose aujourd’hui

Comme pour l’ensemble des Algériens, la date du 5 juillet représente pour moi la fin d’un cauchemar colonial de 132 années. Près d’un siècle et demi de massacres, de spoliations, d’atteintes à la dignité… Le 5 juillet vint sanctionner la victoire du peuple algérien sur la deuxième plus grande puissance coloniale, soutenue par ses alliés de l’OTAN. Il vint matérialiser la volonté de la nation algérienne, qui s’est forgée dans la résistance, puis dans l’offensive contre un système colonial, que certains ont encore l’audace de présenter comme un projet civilisateur!

Cette victoire, sanctionnée par ce jour du 5 juillet 1962, n’est pas anodine. Elle aura un impact considérable sur la lutte des autres peuples du Sud pour leur indépendance, particulièrement en Afrique et en Asie. Elle contribuera à améliorer le rapport de forces vis-à-vis des grandes puissances impérialistes et contribuera à la formation et au renforcement du mouvement des pays non-alignés.

Cette date constitue, donc, un repère extrêmement positif en Algérie et dans le monde.

Il n’est pas aisé de dresser un bilan un tant soit peu objectif en quelques lignes, sans tomber dans un certain schématisme.

Un regard lucide s’impose, éloigné des discours apologétiques du type “tout va bien”, mais éloigné également des discours nihilistes du type “si le colonialisme revenait, je me plaindrais auprès de lui de tout ce que m’a fait subir l’indépendance”. Aucune concession ne doit être faite au discours qui affirme ou qui sous-entend pernicieusement que la crise que nous traversons justifierait, quelque part, l’ordre colonial. La défense de l’ordre colonial n’est pas une opinion innocente, c’est une prise de position criminelle à combattre.

Sur la base de cette mise en garde, le bilan de l’Algérie en tant que nation – pas en tant que pouvoir ou opposition, Etat ou peuple – apparaît globalement positif. Nous aurions certainement pu faire beaucoup mieux, mais nous aurions pu faire également beaucoup moins, voire disparaître en tant que nation. Tout danger n’est d’ailleurs pas écarté, au vu de la nouvelle crise du capitalisme international et de l’attitude, plus impérialiste que jamais, des grandes puissances du G7 et de leur bras armé de l’OTAN.

La priorité va à la conquête de la démocratie

Si nous allons plus loin dans la réflexion, je dirais que l’Algérie a connu deux grandes étapes.

La première, qui s’étend sur les deux premières décennies de l’Indépendance, s’inscrivait en droite ligne de la Guerre de Libération nationale et visait à étendre au plan économique l’Indépendance conquise au plan politique.

Une véritable dynamique de développement industriel national fut lancée, à l’époque, en vue de remettre en cause les rapports de domination économique, qui subordonnent le développement des pays du Sud à celui d’une poignée de puissances capitalistes d’Europe et d’Amérique. Cette dynamique permit à notre peuple, dont la majorité vivait dans la misère sous la colonisation, de goûter enfin aux bienfaits des richesses du pays et de la politique de l’Etat: amélioration des conditions de vie, accès au marché de l’emploi, médecine gratuite, éducation massive, logement… Et ce, en dépit des limites et autres faiblesses de l’époque.

La seconde étape, ouverte au début des années 1980, s’étend jusqu’à aujourd’hui. C’est celle de la remise en cause de cette dynamique de développement et de résistance aux grandes puissances politiques (Etats du G7) et d’argent (Banques, multinationales…). La politique d’infitah a constitué une véritable contre-révolution économique, sociale, politique et idéologique.

Au cours de ces deux étapes historiques, les régimes en place ont été dictatoriaux (1962-1988) ou autoritaires à façade démocratique (1989-2012). Cette absence de liberté a permis justement la remise en cause des acquis de la Guerre de Libération nationale et des deux premières décennies de l’Indépendance.

Les catégories populaires n’ont pas été en mesure de se défendre et de porter leur propre projet politique et social.

C’est pourquoi la situation actuelle implique la conquête de la démocratie, pour que le peuple algérien soit enfin l’unique et véritable souverain du pays et qu’il choisisse, en toute liberté, la marche à suivre, dans les domaines économique, social…

Rien ne sera octroyé aux classes populaires : ni la liberté, ni le bien-être, ni les acquis…

L’avenir du pays ne dépend ni du prix des hydrocarbures, ni de l’importation clés en mains d’un modèle de développement sud-coréen ou autre, mais du peuple algérien qui doit se mobiliser, à partir de ses propres revendications quotidiennes, pour élaborer un projet de développement national, démocratique et social qui profite à la majorité et non à une minorité, étroitement liée aux intérêts des grandes puissances politiques, économiques et financières étrangères.

H. A.


CINQUANTENAIRE : LA FIN DU BLOC HISTORIQUE FLN

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La guerre d’indépendance algérienne de même que la période post-indépendance ont été conduites sous le drapeau du FLN.

Ce qui se tenait derrière ce drapeau, en réalité, c’était la petite bourgeoisie rurale et urbaine. Appelons, pour la commodité, ce segment historique «le bloc historique FLN». La petite bourgeoisie rurale et urbaine a, en effet, établi son hégémonie sur la masse du peuple par le truchement de ses propres intellectuels ainsi que par celui de ses alliés démocrates-bourgeois, communiste et clercs religieux. « L’hégémonie », dans le concept d’Antonio Gramsci, est la domination culturelle (idéologique) qu’exerce un groupe social -ou une classe sociale- sur le reste de la société. La visée ultime de cette domination culturelle est évidemment la conquête du pouvoir politique. Mais pour ce faire, la domination idéologique, si elle est une condition nécessaire, n’est pas suffisante: il faut encore en passer par la case politique, c’est à dire nouer des alliances complexes avec d’autres groupes sociaux -constituer un bloc historique dans la terminologie de Gramsci-, ce qui ne peut pas aller sans compromis. Souvent, les nécessités de l’alliance obligent le groupe hégémonique à faire passer au second plan -voire à les masquer- ses intérêts économiques stricts. Cette phase de latence, durant laquelle les intérêts véritables des différents groupes qui s’agrègent dans le bloc historique demeurent latents, cachés, peut durer des décennies. Mais il arrivera toujours le moment où les choses se décantent et où se produit le dévoilement, l’Alétheia, cet instant idoine où la vérité de la graine éclate dans la fleur, où les masques tombent, où les intérêts bornés et égoïstes délogent les prétentions universalisantes et morales, où «le négociant à tête de lard succède à César», comme dit Marx.

À cet instant tombent également les illusions et les mythes; à cet instant s’évanouit le fantasme de l’unité nationale.

L’identification des chefs de la guerre d’indépendance permet d’esquisser le contour de cette petite bourgeoisie rurale et citadine qui a réussi, par la persuasion idéologique mais aussi par la contrainte, à agglomérer les masses populaires autour d’elle. Ce sont, pour l’essentiel, des notables ruraux et des petits fonctionnaires de l’administration coloniale, qui ont fait leurs classes politiques auprès de Messali Hadj et qui ont pris la mesure de ses limites idéologiques. Ils ont fait, pour la plupart d’entre eux, également leurs classes militaires dans l’armée coloniale. Pour un certain nombre d’entre eux, leur filiation koulouglie est un facteur d’engagement supplémentaire: à cause de l’invasion française du pays, les Koulouglis (enfants issus d’un Ottoman et d’une algérienne) n’ont pu se constituer en dynastie régnante à l’instar de la Tunisie et de l’Égypte. Le Koulougli pense qu’il appartient, par un côté, à la «race des seigneurs» promise au commandement -en réalité à la caste des Janissaires qui étaient majoritairement des «Renégats», anciens Chrétiens capturés et islamisés par les Turcs.

Ces chefs de guerre réussirent à rallier à eux, non seulement une majorité d’éléments plébéiens avides de revanche sociale mais également et surtout la bourgeoisie citadine et ses élites -Ferhat Abbas, Boumendjel, Francis, Benkhedda…-, la classe ouvrière et son organisation politique, le PCA et enfin l’intelligentsia religieuse en la personne des Oulémas. Le bloc historique FLN était ainsi constitué dès 1956, sous la houlette d’un génie politique, Abane Ramdane. Il pouvait se dire le représentant unique de la société algérienne, celui qui avait le droit de parler en son nom. Ce dont il ne se privera pas. La présence des Ferhat Abbas et consorts garantissait, en apparence, le pluralisme et la démocratie; la présence des combattants communistes, la dimension sociale de la future république algérienne; la présence des Oulémas, l’éthique des futurs gouvernants et le retour à la vraie foi. C’est pour cela que la rhétorique du FLN de guerre paraissait si unitaire et si démocratique.

Un petit bémol est de mise ici: sans la férocité et l’aveuglement des tenants racistes ultras de la colonisation et sans la lâcheté du pouvoir central parisien, les choses se seraient passées autrement. En tout cas pas avec cette rapidité et cette efficacité. Il suffit de rappeler qu’en 1936, la délégation du Congrès musulman algérien -front comprenant les Oulémas, les communistes et les bourgeois-démocrates- reçue par Léon Blum et Maurice Violette -gouverneur général de l’Algérie- ne demandait pas autre chose que l’égalité des droits pour tous, avec conservation du statut personnel pour les musulmans. Si l’on avait accédé à cette demande et maté les ultras qui poussaient de grandes clameurs en traitant Maurice Violette d’Arabe, on eût sans doute épargné à ce pays et à ses populations les affres d’une guerre particulièrement cruelle.

Les affrontements de l’été 62 entre l’armée des frontières et les combattants de l’intérieur,

furent suivis par l’élimination des composantes bourgeoise-démocratique (mise à l’écart de Ferhat Abbas) et communiste (interdiction du PCA), ainsi que par la mise au pas des Oulémas, livrés à leur frange inculte et rétrograde. Dès lors, le bloc historique FLN ne renfermait plus, du point de vue social, que la composante plébéienne, celle formée par les millions de déclassés ruraux et urbains, produit de la déstructuration de la société par la guerre.

C’est pour cette raison que le discours socialisant et égalitaire était le seul que pût tenir le pouvoir politique. Du point de vue politique, par ailleurs, le bloc historique FLN s’était transformé en parti hégémonique prétendant toujours représenter la société tout entière.

La confusion entre bloc historique FLN et parti FLN avaitcommencé qui allait durer une génération, soit vingt-cinq années. Ce qui nous amène à 1988.

Le complot d’octobre 1988

-que l’on s’ingénie encore à présenter comme une révolte de la jeunesse, après l’avoir qualifié «d’émeutes de la farine»- a été le révélateur de la montée en puissance de la composante compradore du bloc historique FLN.

Cette dernière, avant de découvrir que la mainmise sur l’appareil d’État lui ouvrait des possibilités immenses d’enrichissement, avait de qui tenir: elle perpétuait, en effet, au sein du bloc historique FLN l’esprit boutiquier du petit commerçant, incapable de se détacher des rapports marchands simples, ceux de l’achat et de la vente, incapable de saisir l’essence des rapports de production modernes, fondés justement sur la production de la valeur par le travail. Cette tendance se trouvait en parfaite congruence avec l’idéologie islamique primaire, celle qui valorise les rapports marchands simples.

La décennie 80

fut, de fait, marquée par une véritable explosion du petit commerce et du marché noir -que l’on a élevé à la dignité d’économie informelle. Cette tendance boutiquière a été encouragée objectivement par le discours révisionniste du pouvoir qui larguait à toute vitesse son passé socialiste sous la pression du FMI et du courant dominant à l’échelle mondiale, celui du libéralisme débridé à la Milton Friedman. Elle n’allait pas manquer de trouver son expression idéologique adéquate dans les mouvements islamistes regroupés au sein du Front Islamique du Salut.

La suite est connue: arrangement entre la Présidence et le FIS pour ouvrir la voie du pouvoir à ce dernier; accord tacite de la haute hiérarchie militaire qui ne dit mot jusqu’à ce que la Sécurité militaire s’en mêle et passe alliance avec une partie de la hiérarchie militaire -les anciens officiers du cadre français essentiellement qui par tradition et par culture ne pouvaient pas imaginer l’entrée des Islamistes au pouvoir- pour casser l’accord de tous les dangers et mener une terrible répression contre les Islamistes.

L’affrontement vit la réactivation de toutes les techniques utilisées par l’armée française durant la guerre contre le FLN : création de faux maquis, enlèvements, torture, exécutions sommaires… La tuerie n’épargna pas les personnalités de gauche, les militants des droits de l’homme, d’éminentes figures de la culture.

À l’évidence, les deux belligérants avaient un égal intérêt à voir disparaître cette intelligentsia moderniste, laïque, démocratique et sociale. Programme mené à bien par la mort ou l’exil des concernés. Et dès lors que la fraction plébéienne égalitariste des mouvements islamistes fut réduite, rien ne s’opposait plus à l’entrée au pouvoir des Islamistes boutiquiers.

Aujourd’hui,

et quelle que soit l’étiquette politique sous laquelle le pouvoir veut la dissimuler en multipliant les partis, c’est la tendance compradore, grassement enrichie par l’import-export et la fabuleuse corruption générée par la passation des marchés, qui domine l’appareil d’État.

Elle pourra toujours consentir, ici ou là, quelques miettes aux quémandeurs, mais là s’arrête sa liberté de manœuvre:

elle a désertifié le terrain politique par une répression qui ne s’est jamais démentie;

elle ne peut avoir d’autre horizon idéologique que celui, boutiquier, de l’islamisme primaire, et elle se trouve donc condamnée à une alliance d’airain avec cet islamisme-là;

à l’abri de la grande terreur qui maintenait les gens dans la sidération,elle a liquidé le tissu des entreprises publiques sur injonction du FMI;

d’un même mouvement, cependant, elle contrecarrait systématiquement l’émergence d’une classe de capitalistes nationaux;

elle a, ainsi et au total, empêché l’émergence d’une véritable société civile. Et comme la « société civile est la vraie scène de l’histoire » -selon le mot de Marx- il n’est pas étonnant que l’Algérie semble hors du temps, figée.

Le pays est dans une impasse

dont rien ne le sortira sinon une longue et patiente «guerre de position» (au sens gramscien), c’est à dire la conquête de l’hégémonie culturelle sur la bourgeoisie compradore.

Pour le dire autrement, il faut construire une véritable contre-société en redéfinissant les valeurs sur lesquelles elle pourrait se fonder .

L’Algérie a besoin d’une profonde réforme morale.

Et comme l’Histoire ne repasse pas les plats, sinon sous forme de farce, il n’y aura ni Oulémas éclairés à la Benbadis, ni parti communiste, ni bourgeois démocrates à la Ferhat Abbas pour éclairer la voie.

En d’autres termes, il ne faudra pas singer. Il faudra inventer.

“Hommes de demain soufflez sur les charbons

À vous de dire ce que je vois.” (Aragon)

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L’ÉPÎTRE DE LA COLÈRE (9)

50ème ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE: LISTE D’UNE PARTIE DES RENCONTRES COLLOQUES… ANNONCÉS SUR SOCIALGERIE


[ORAN : Amulli wis-50 n timunent (uzarug) n Dzayer – jeudi 5 juillet 2012
Tiddukla tadelsant Numidya n Wehran ad tessudes tafilt tagnennayt s yezwel : “Tamaziɣt d umussu aɣelnaw Adzayri”->br537]


[ALGER – COLLOQUE EL-WATAN : CINQUANTE ANS APRÈS L’INDÉPENDANCE, QUEL DESTIN POUR QUELLE ALGERIE?

Les 5, 6 et 7 juillet 2012

ALGER – RIADH EL FETH – SALLE COSMOS->br535]


[1er à 3 JUILLET – ALGER

ALGÉRIE, 50 ANS APRÈS : LIBÉRER L’HISTOIRE Bibliothèque Nationale El Hamma, Alger

PROGRAMME…->br534]


[ALGER – 2 au 4 juillet 2012

Esprit Frantz Fanon

Rencontres d’Alger

Complexe culturel Laâdi Flici. Boulevard Frantz Fanon->br533]


[22 JUIN au 8 JUILLET 2012 – PARIS – IMA et Maghreb des Films
« 50ème ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE DE L’ ALGÉRIE » – PROGRAMME DES FILMS->br531]


26 JUIN – LYON- CONFÉRENCE : ALGÉRIE 50 ANS APRÈS !


[18 JUIN 2012 – PARIS – CONFÉRENCE – DÉBAT:

RENCONTRE AUTOUR DU LIVRE DE RACHID ZEGGAGH“PRISONNIERS POLITIQUES FLN EN FRANCE
PENDANT LA GUERRE D’ALGERIE
1954-1962 – La prison un champ de bataille”
– Espace Louise Michel – 42 ter rue des Cascades – 75020 Paris->br532]


[IREMMO – PARIS – 22 au 25 MAI 2012 : SEMAINE SPÉCIALE ALGÉRIE
Programme->br517]


[9 MAI 2012 – SAINT FONS – RENCONTRE DÉBAT : « À LA LUMIERE DES COMBATS PASSÉS,TRAÇONS LA ROUTE DE L’AVENIR »

MALAAK SHABAZZ (fille de MALCOLM X) – MIREILLE MENDES FRANCE (fille de FRANTZ FANON) – et NKOSINATHI BIKO (fils de STEVE BIKO)->br521]
.


[50 ème ANNIVERSAIRE DE L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE

du mercredi 11 avril au dimanche 14 avril 2012 – aux 3 Luxembourg


RENÉ VAUTIER AU « MAGHREB DES FILMS » – 12 séances et 19 films->br481]


17 MARS – ÉVIAN: « LES ACCORDS D’ ÉVIAN: LA PAIX EN ALGÉRIE? »thème retenu par l’ASSOCIATION LES AMIS DE MAX MARCHAND, DE MOULOUD FERAOUN ET DE LEURS COMPAGNONS dans le cadre de son assemblée générale annuelle;


12, 13, 14 MARS : TROIS JOURS POUR L’AMITIÉ FRANCO – ALGÉRIENNE – CINQUANTENAIRE DE L’INDÉPENDANCE – Siège du Parti communiste français – 2 place du Colonel Fabien – Paris;


11 MARS – PARIS: RENCONTRE DES « AMIS DE L’HUMANITE » AVEC H.ALLEG, Cdt AZZEDINE, P.PRADEL, N.BOUDIAF.


PCA-CDL (Combattants de la libération) et FLN-ALN DANS LA GUERRE D’ INDÉPENDANCE: LIENS UTILES SUR SOCIALGERIE »


10-11 mars 2012 – NÎMES: « LA FÉDÉRATION DE FRANCE DU FLN 1954 – 1962 »


[ MAGHREB DES FILMS – PROGRAMME MARS – AVRIL 2012

10 mars – Paris – La Pagode « Le Soleil assassiné » de Abdelkrim Bahloul – projection organisée par “CinéHistoire” en partenariat avec “Maghreb des Films”;

14 mars- Paris – 3 Luxembourg : « OAS, un passé très présent» – de Djamel Zaoui;

11 au 17 avril: “HOMMAGE À RENÉ VAUTHIER”->br465]


3 MARS – DOUARNEMEZ: 1962-2012 – CINQUANTENAIRE DE L’ INDÉPENDANCE DE L’ALGERIE


29 Février – CENTRE CULTUREL ALGÉRIEN – PARIS : «LES RESISTANCES FRANÇAISES A LA GUERRE D’ALGÉRIE»


RÉPONSES DE ANDRÉ NOUSCHI & BERNARD DESCHAMPS À QUELQUES PROVOCATIONS DE NOSTALGIQUES DU COLONIALISME


[10-11 février 2012 COLLOQUE NICE : 50e ANNIVERSAIRE DE LA FIN DE LA GUERRE D’ALGÉRIE

vendredi 10 février à 18h30 : représentation de “Le contraire de l’amour”, d’après le Journal (1955-1962) de Mouloud Feraoun

samedi 11 février de 9h à 17h30 – colloque: “POURQUOI UNE FIN DE GUERRE SI TRAGIQUE”.->http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4820]


7 février 2012 – ODÉON“LE CONTRAIRE DE L’AMOUR” – MOULOUD FERAOUN À L’ODÉONarticle de Arezki Metref – Le Soir d’Algérie


LE CHANT DE LA HONTE


26 JANVIER – PARIS : « MAURICE AUDIN, LA DISPARITION » FILM DE FRANÇOIS DEMERLIAC – DISPONIBLE EN DVD


21 JANVIER 2012 – MALAKOFF – RENCONTRE-DÉBAT : 50ème ANNIVERSAIRE DE LA FIN DE LA GUERRE D’ ALGÉRIE


11 JANVIER 2012 – PARIS – CINÉMA LA CLEF PROJECTION / DÉBAT : « LA BATAILLE D’ALGER »


28 décembre 2011HENRI ALLEG – LES JEUNES COMMUNISTES DU 15ème – PARIS – & SON LIVRE : « MÉMOIRE ALGÉRIENNE – SOUVENIRS DE LUTTES ET D’ESPÉRANCES ».


19 JANVIER 2012 – CENTRE CULTUREL ALGÉRIENPARIS : TABLE-RONDE SUR LA GUERRE DE LIBÉRATION NATIONALE


DANS LES MEDIAS

TELEVISION


[Témoignages, documentaires historiques, reportages, mais aussi rendez-vous festifs: TV5MONDE met l’Algérie à l’honneur pour commémorer le Cinquantenaire de son indépendance.

Parmi les programmes à retrouver au fil de l’année (…)->http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/cinquantenaire-independance-algerie-fevrier-2012/p-20418-TV5MONDE-une-programmation-aux-couleurs-de-l-Algerie.htm]


« حزب الإتحاد الديمقراطي للبيان الجزائري بمدينة وهران » (**)

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بعض الآراء حول مداخلة المؤرخة الجزائرية ملكة رحال (*) بعنوان

contribution – débat d’idées sur la communication

 » l’UDMA à Oran  »

de l’historienne Malika Rahal (*) de l’IHTP

يتضح لنا من خلال هذه المحاضرة القيمة تحكما كبيرا في الموضوع من طرف الباحثة التي و بدون شك تعمق أطروحتها الجامعية حول تاريخ حزب إ.د.ب.ج بدراسة مزدوجة المصدر, ميدانية و مبنية على التوثيق خاصة المخابراتي و الصحفي, مع إندثار الأدبيات الحزبية. و يمكن أن توسع هذه الدراسة إلى كل المنطقة الغربية حتى تكتمل النتائج و الإستنتاجات مستقبلا.[[ـ فعلا الوثائق الحزبية إندثرت للأسباب التي ذكرت مثل إخفاء الإنتماء الحزبي السابق لحرب الإستقلال الوطني التي أصبحت مؤسطـرة نوعا ما و ظروف نظام الحزب الحاكم الواحد… ـ كان القطاع الوهراني بمختلف مدنه يعكس توسعـا في تجذر حزب إ.د.ب.ج مما ساهم في تبلور الوعي الوطني المعاصر و الإمتزاج البشري. و كانت المنطقة مكان وفود للجزائريين من الشرق و بلاد القبائل و الجنوب… نظرا لتمركز المعمرين و أوربتها و توفـر فرص العـمل نسبيا. ]]

إن المقاربة بالمقارنة بين مدينتي وهران و قسنطينة تساعد كثيرا على إدراك خصوصيات هذا الحزب المحلية و المنفردة عن باقي المدن الأخرى, لتميزها بالطابع الشعبي للقاعـدة , والإندفاع البدني للمناضلين في مختلف التظاهرات الشعبية و النقابية خلافا لما يروج عادة,ولكن دون مبالغة. [[استطاعت المؤرخة أن تعيد لذاكرتنا الجو السياسي السائد في بعـض ملامحه في الفترة الممتدة ما بين 1946 و 1954 بفضل ما جمعته من إستجواباتها الميدانية للأعضاء البارزين لهذه الحركة السياسية مثل معاشو عـبد القادر و راشد
عـبد الله…في الأحياء الشعبية مثل الحمري و المدينة الجديدة و سيد الهواري .

ـ لعبت وهـران دور ا فعالا في التضامن مع ضحايا مجازر 8 ماي 1945 بما فيه التـكفل ( التبني) بالأطفال اليتامى , و أورد شاعـرها الباسل الهواري حناني المنادي للكفاح المسلح في 1930, قبل وفاته بقليل في 1946, قصيدة بمناسبة الذكرى الأولى للأحداث الدامية يصف فيها ما جرى و يحث على النضال من أجل الحرية. ]]

إن المحاضرة تعـيد النظر في الكثير من الأفكار المسبقة حول هذه الحركة الموصوفة عادة بالبورجوازية والنخبوية العلمانية و الفرنكوفونية بأمثلة حية تدل على صلتها بحركة جمعية العلماء المسلمين و المساهمة في تشييد بعض المدارس مثل نادي السعادة. كما توضح صلتها بفئة الشباب عن طريق تنظيم خاص بهم و بعض النسوان رغـم قلة عـددهن بمشاركة طالبات الثانويات.[[ ـ إن هذا الحزب يمثل في حقيقة الأمر الفئات المتوسطة بما فيها الفلاحية و النخبة المثقفة( أنظر بن عـلي بوكرط, نفس الظهرة, م.و.ك, الجزائر 1986 , ص.117 ).هذا الأخير إنتقل من الحزب الشيوعي إلى حزب البيان في أول وهـلة.

ـ كان مطلب العلمانية ( فصل الدين عن الدولة) مشتركا بين كل أحزاب الحركة الوطنية, إضافة إلى جمعية العلماء المسلمين التي رفع فيها رئيسها مذكرة للمطالبة بتطبيق قانون 1905 الذي كان يقتصر فقط على المسيحية و اليهودية ( أنظر كلود كولو و جون روبيرت هنري , الحركة الوطنية بالنصوص 1912ـ1954 , د.م.ج , الجزائر 1981). ]]

تناولت المؤرخة تجربة العمل الوحدوي مع باقي الأحزاب مثل حركة إنتصار الحريات الديمقراطية والحزب الشيوعي في إطار « ج.ج.د.إ.ح.د » , لكن دون أن تشير إلى حركة إنتقال المناضلين من حزب إلى آخر مثل محمد بن أحمد الذي إنتقل في سنة 1952 إلى حزب سويح الهواري .و الروابط العائلية و العصبية القبلية بين مناضلي مختلف الأحزاب والجمعيات التي تفسر التقارب رغـم الإختلاف الطبقي.كما أدى هذا الأمر إلى التحالف الإنتخابي خاصة في المجلس البلدي سنة 1953 خلافا للعاصمة التي عاشت التناحر و الإنفراد الحزبي. ويرى بعض أعضاء م.خ أن حزب البيان إرتاح لأزمة حزب مصالي الحاج.[[ ـ لم يكن هناك حاجـزا مانعا لتنقل المناضلين من حزب إلى آخر حسب الظروف داخل الحركة الوطنية إضافة إلى الروابط الودية التي سهلت العـمل الوحدوي. مثلا كان محروز بن عمر له إبن عمه في حزب البيان في عين تموشنت. و لعل مثال سبدو كان نموذجا للوحدة في العمل خاصة بين حزب البيان بقيادة قرموش محمد و الحزب الشيوعي بقيادة برحو مجدوب و طاهر غمري ( شهادة برحو). أما جمعية العلماء غـير السياسية كانت مشتركة للجميع بفضل دور بوشامه عبد الرحمان سابقا.

ـ محمد بوضياف, التحضير لأول نوفمبر 1954, دار النعمان , الجزائر 2011 ,ص.68]]

ورد تدخل الأستاذ عـبيد أحمد في تفسير هذه الخصوصية لمدينة و هران التي تعود للغليان الإجتماعي من خلال الحركة النقابية و العمالية النشطة , بل و كل القطاع الوهراني عموما , كأرضية إجتماعـية ـ سياسية. و ملاحظته فيما يتعلق بمطلب الإستقلال الوطني في البرنامج السياسي في محلها بالنسبة لكل الأحزاب المعتمدة رسميا التي كانت محكومة بسياسة دستور  » الوحدة الفرنسية  » كإطار للعمل السياسي و الإنتخابي العلني.إلا أن هذا المطلب الجوهري لكل فصائل الحركة الوطنية أخذ يتصدر البرامج السياسية رغـم إختلاف النظر في الوسائل لبلوغه ( كفاح مسلح, نضال سياسي سلمي… [[ـ أنظر أطروحته الجامعـية و تحليل محفوظ قداش حول بوادر نوفمبر 1954 الذي يتكلم في كتابه حول تاريخ الحركة الوطنية, الجزء الأول, عـن  » الحراك الإجتماعي في المنطقة الوهرانية « .

ـ البديل السياسي للإستقلال الوطني توفر مع إندلاع الحرب العالمية الثانية في سبتمبر 1939 , و لم يكن وهما كما قال أ. عـبيد , بل شروط تحقيقه في شمال إفريقيا لم تكتمل نظرا لموازين القوى التي ترتبت عن نتائج مؤتمرات الحلفاء مع نهاية الحرب. و لكن فتحت نافذة للتاريخ لم يستحسن إستغلالها كما تم في مناطق أخرى من العالم.و كان إحتمال إستقلال بمضمون إجتماعي آخر أقل جذرية ممكنا لو تماسكت الجبهة الداخلية وموقف الإتحاد السوفياتي بسياسته الستالنية المدعـمة لإستراتيجية الحزب الشيوعي الفرنسي الوهمية و الشمولية التي كانت تربط مستقبل الجزائر » بفرنسا شيوعـية » بحجة إمكانية سقوطها تحت النفوذ الأمريكي.

ـ إن الوهم كان و ظل الإتكال على مساندة أمريكية عـند العديد من الوطنيين و القوميين أثناء حرب التحرير و حتى الآن.]]

كذلك ملاحظة الأستاذ دلاي أمين كانت موفقة لما إسترشد بمثال البحوث و الإهتمام بالشعر الملحون و التراث الشعبي لبعض المثقفين المنتمين لحزب البيان مثل أحمد الطاهر و عزة عبد القادر و غـيرهما ليبين تجذر هذا الحزب في الثقافة الوطنية و الذاكرة الجماعية والمخيال الشعـبي. [[ ـ أحمد طاهر أنجز كتابا يبحث عن النظام العروضي و الأوزان الخاصة بالشعـر الملحون . أما عـزة عـبد القادر فقدم أطروحة عـن الشاعـر مصطفى بن ابراهيم. إضافة إلى بودالي سفير الذي لعـب دورا في النهوض بالموسيقى الجزائرية بكل أنواعها…و الإلتحاق المتأخر للمؤرخ عـلي الحمامي المقيم في المشرق , والذي من المحتمل جدا أنه أغـتيل برفقة ممثلي تونس و المغرب الأقصى في حادثة طائرة عند العـودة من المؤتمر الإسلامي المنعقد في باكستان في ديسمبر 1949. ]]

ولعـل إندماج هذا الحزب في الكفاح المسلح ,الموصوف بالمتعـقل, بعد إنسداد كل الأبواب السلمية أمام تعنت الإستعمار الفرنسي خير دليل على وطنيته, رغـم محدوديته و نسبية جذرية مواقفه السياسية. إذ أعطى العديد من الإطارات لجيش و جبهة التحرير الوطني و تولى قائده رئاسة أول حكومة مؤقتة للجمهورية الجزائرية في إطار تحالف و طني واسع بين قواه الوطنية و الإجتماعـية.[[ ـ هناك العديد من المراجع الجزائرية تناولت موضوع حرب الإستقلال الوطني ( حربي محمد, تقية محمد, سليمان الشيخ,…).

ـ أنظر قي برفيي , الطلبة الجزائريين للجامعـة الفرنسية 1880ـ1962 , منشورات القصبة, الجزائر 2004.]]

والمفارقة التاريخية هي أنه من كان يوصف بالإصلاحي اللين, أي فرحات عباس, سبق من كان يوصف بالثوري الجذري, أي مصالي الحاج, في الإنضمام إلى صفوف الثورة و كان دوره متميزا رغـم تناقضاته.[[ ـ عـرفت الفترة الأخيرة إصدار مؤلفات كثيرة حول السيرة الذاتية للشخصيتين و مذكراتهما إضافة إلى إعادة طبع بعض الكتابات لفرحات عـباس. كما أعـيد لهما الإعـتبار رسميا من طرف السلطة , لكن التاريخ لا يمكنه أن يكشف عـن كل جوانب المرحلة الحاسمة إلا بتوفر الوثائق و المصادر الأولية و لا يخضع لأوامر السلطة السياسية و النزعـة الذاتية.]]

إن كتابة التاريخ السياسي لتنظيم مثل حزب البيان أو آخر لا يقتصر على دراسة المواقف الواردة في بياناته بل يرتكز على رصد و تحليل نشاط قاعدته التي غالبا ما تكون سباقة في اتخاذ الموقف الصحيح في الظرف الحاسم مثل ما حصل في المنطقة الوهرانية لهذا الحزب مع إندلاع شرارة فاتح نوفمبر1954.[[ ـ عـبد الرحيم طالب بن دياب, كتابة التاريخ ( دراسة نقدية من أجل كتابة تاريخنا الوطني) مطبوعة, الجزائر , ماي 1981.

ـ إن قواعد كل من حركة إنتصار الحريات الديمقراطية و الحزب الشيوعي الجزائري , و الإتحاد الديمقراطي للبيان الجزائري, و جمعـية العـلماء المسلمين كانت سباقة في إشعال الكفاح المسلح أو الإ لتحاق به مبكرا قبل القيادات, و دفعها إلى دعـم الموقف و التشجيع على تعميمه. هذا ما يتجلى من خلال الدراسة الميدانية للحدث بالمنطقة الوهرانية منذ ليلة أول نوفمبر 1954. ]]

لشلاش بومدين

وهران 10 جوان 2012.

باحث في التاريخ.

ــــــــــــــــــــــــــــــــــــ

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(**) ملاحظة حول عـنوان المحاضرة.

كان عـنوانها كاملا  » المقر, المدرسة, الشارع و الأجمة. سياسة إ.د.ب.ج بوهـران « .بما أن مضمون المحاضرة كان يدور حول ما يميز نشاط هذا الحزب بمدينة وهـران , كان يمكن إضافة عـبارة  » الخصوصية المحلية  » لهذا العـنوان المركب ( كعـنوان فرعي) و فعلا كانت المحاضرة ثرية بالأمثلة الحية و الروايات الشفوية التي تنزع جفاف الوثائق الصماء رغـم قلة الحاضرين.


(*)
هي باحثة في معهد تاريخ الزمن الحاضر في باريس, و صاحبة كتاب حول الشهيد علي بومنجل, و الأطروحة الجامعية حول تاريخ حزب فرحات عباس إ.د.ب.ج.ولقد ألقيت المحاضرة في المركز الأمريكي للدراسات المغاربية في الجزائر بوهران يوم 4 جوان 2012 على الساعة العاشرة صباحا. والآن تبحث حول تاريخ حزب الطليعة الإشتراكية.

(*) auteur d’un livre sur le chahid Ali Boumendjel , et d’une thése sur l’histoire de l’UDMA.


IL REVIENT SUR L’AFFAIRE DES FAUX MOUDJAHIDINE

MELLOUK ÉCLAT

Éclate leur à la figure !

Ces faussaires de l’espoir,

Ils n’oseront démentir

Mon ami mon frère !

Ta traversée est dure,

Ô ! Palmier fou !

Apprends-nous à ne fuir

Et rester debout !

Apprends-nous l’honneur,

D’être homme qui ne casse !

Dessine nous cette peur,

À bannir sans cesse !

Dessine nous les martyrs

De trahisons drapées !

Et les sbires se nourrir

De leur épopée !

Dessine nous ces lambeaux

À qui on achète silence

Et qui vivent que de faux

Conteneurs et licences !

On te dessinera grenade !

Homme, comme éclat,

À la face des malfrats !

On te dessinera honneur

Homme avenir, homme combat !

À la face des spoliateurs

FATEH AGRANE

05 06 20012


MELLOUK INTERPELLE LES HISTORIQUES

Par : Hafida Ameyar

Mardi, 05 Juin 2012

Liberté

À un mois de l’anniversaire du cinquantenaire de l’Indépendance politique de l’Algérie, Benyoucef Mellouk interpelle les “historiques” et les “moudjahidine authentiques”.

“Je suis venu ici pour interpeller les historiques et les moudjahidine authentiques, pour qu’ils disent la vérité sur le dossier des magistrats faussaires — faux moudjahidine — ; c’est leur devoir”, a déclaré, hier, au siège du journal, l’ancien fonctionnaire au ministère de la Justice, qui affronte depuis 20 ans les magistrats faussaires et ceux qui les soutiennent de l’intérieur de l’appareil de l’État.

Pour M. Mellouk, “nous devons rester fidèles envers le serment donné aux martyrs et envers le peuple algérien”. Aussi, insistera-t-il sur l’implication des véritables combattants de la Révolution algérienne, citant, entre autres, des noms de moudjahidine rencontrés mercredi dernier à l’hôtel Safir (Alger), lors du Forum de la mémoire nationale, organisé par l’association Machaâl Echahid: Omar Boudaoud, Réda Malek, Ali Haroun, Lakhdar Bouragaâ, respectivement président de la Fédération de France du FLN, négociateur des accords d’Évian et ancien Premier ministre, membre de la Fédération de France
et ex-ministre, et ancien responsable de la Wilaya VI.

En 1992, l’ancien chef de service du contentieux au ministère de la Justice, pour rappel, a indiqué qu’il détenait des preuves de l’existence de magistrats faussaires: 132 dossiers de magistrats faussaires, ainsi que 328 noms de personnes dont les dossiers avaient disparu. À l’époque, Benyoucef Mellouk ne se doutait pas que de telles révélations allaient leur coûter cher, à lui et sa famille. Il avait été licencié, puis emprisonné, et continuait à subir intimidations et menaces.

Aujourd’hui encore, il subit des menaces de la part “de certains hauts cadres politiques et de magistrats, concernés directement ou indirectement par l’affaire”. “Les historiques de la Révolution et les moudjahidine authentiques connaissent le dossier. Il faut qu’ils se prononcent tant qu’ils sont vivants”, a souligné, hier, M. Mellouk. Non sans rappeler qu’à l’issue de l’hommage rendu, le 30 mai dernier, à l’hôtel Safir, à Omar Boudaoud, il a interpellé certaines figures emblématiques de la Révolution, en particulier celles qui l’avaient soutenu dans un passé récent, en leur demandant de briser le silence, surtout d’“assainir les rangs des moudjahidine”. “Je leur ai dit aussi que j’étais victime du régime de la hogra, de l’injustice de la mafia politico-financière”, a-t-il poursuivi.

D’après notre interlocuteur, des copies du dossier relatif aux magistrats faussaires ont été transmises à tous ceux censés pouvoir influer sur le cours de l’affaire, c’est-à-dire non seulement la présidence de la République, les Premiers ministres du temps de Belaïd Abdeslam, le ministère des Moudjahidine et l’Organisation nationale des moudjahidine, mais aussi les acteurs de la guerre de Libération nationale, à l’exemple des colonels Khatib, Bencherif et Laâbid.

À la veille de la commémoration du 50e anniversaire de l’Indépendance politique de l’Algérie, Benyoucef Mellouk est toujours déterminé à faire la lumière sur un dossier commandé par sa hiérarchie. Une affaire encore pendante devant la Cour suprême.


« POURQUOI LE 1er NOVEMBRE 1954 ? »

Autour du thème proposé: Pourquoi le 1er Novembre 54?

par Sadek Hadjerès

Texte présenté à Table ronde de L’IREMMO

(avec Gilbert Meynier et Sylvie Thénault)

le 22 Mai 2012[ [IREMMO – PARIS – 22 au 25 MAI 2012 : SEMAINE SPÉCIALE ALGÉRIE – socialgerie – brève 517]]

dans la semaine consacrée au cinquantenaire de l’indépendance

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(RÉFLEXION SUR LA PORTEE ET LA SIGNIFICATION

DU DÉCLENCHEMENT DE L’INSURRECTION ARMÉE ALGÉRIENNE)

La question « pourquoi le 1er novembre 54 » peut être abordée sous de multiples facettes, dont plusieurs ont été exposées sur mon site « socialgerie ». Pour aujourd’hui et ces 20 minutes d’exposé, mon angle d’approche sera plutôt celui de la subjectivité des acteurs. Pourquoi les Algériens ont-ils rapidement fait masse autour d’une voie, qui au départ avait les apparences de la fragilité ?

Pour paraphraser la métaphore de Jean Jaurès, les éclairs de la Toussaint 1954 avaient tonné dans un ciel lourdement chargé des nuées d’un colonialisme séculaire impitoyable. L’orage de l’insurrection était inévitable.

Dans sa généralité, cette explication est juste. Dans les faits, des questionnements surgissent : quels sont les mécanismes, les spécificités historiques et psycho-culturelles, qui avaient rendu concevable le soulèvement de 1954 et l’ont marqué de ses particularités?

Pourquoi en effet le premier novembre 54 n’avait pas été comme les orages méditerranéens, violents mais suivis rapidement d’un soleil éclatant ?

Pourquoi , à la différence des insurrections du siècle précédent, les premiers coups de feu de 1954 , certes suivis d’une accalmie et d’un passage à vide de quelques semaines, avaient débouché sur une tempête politico-militaire de sept longues années, qui a fini par abattre l’édifice colonial présenté en 1930 comme éternel, lors de la célébration du centenaire ?

Une autre spécificité de cette entrée dans une guerre asymétrique : pourquoi le peuple algérien avait – il dû consentir tant de sacrifices prolongés, là où d’autres peuples dans l’espace maghrébin et sur le continent africain étaient parvenus presque sans coup férir, à la reconnaissance formelle de leur droit à l’autodétermination, en grande partie il est vrai, grâce au contexte du soulèvement algérien?

Le premier novembre était certes un pari, celui d’une avant-garde nationaliste restreinte, avec une part d’improvisation pour sortir d’une crise politique interne. Pourquoi a-t-il fini par déboucher sur une rupture et un point d’inflexion entre deux époques historiques, pour l’Algérie et pour une grande partie du monde colonisé?

Plus tard, après l’indépendance, l’évènement emblématique était devenu une référence pour les générations suivantes, il avait même suscité des répliques et des imitations. Elles s’étaient avérées fondées pour les mouvements de libération de certains pays. Elles avaient été moins judicieuses et avortées dans d’autres , lorsque l’esprit s’en était réduit à la théorie de la greffe de « focos » implantés de l’extérieur pour créer un nouveau ou plusieurs Viêtnams, comme on le disait avant l’équipée de Bolivie, glorieuse mais inaboutie de Che Guevara.

En Algérie même, de temps à autre quand se faisait sentir le besoin d’un changement radical, se sont élevés des appels : « Vivement un nouveau 1er novembre ! ». Pour l’anecdote, vous le savez peut être, les supporters du président Bouteflika ont osé avancer que les élections législatives allaient être aussi importantes que le 1er Novembre.

Tout cela repose la question de fond: si l’option de la résistance armée était devenue presque inévitable en 1954, pourquoi les conditions qui l’avaient rendue possible et productive dans l’Algérie du milieu de 20ème siècle, ne sont pas reproductibles n’importe où et n’importe quand ?

Je rappelle que si dans mon intervention, je mets les facteurs subjectifs au centre de l’explication, ce n’est pas à l’encontre du socle déterminant des facteurs géopolitiques.

Les conditions objectives ont été relayées par les motivations d’ordre psychologique et culturel. Cette greffe compatible, cette adéquation entre l’objectif et le subjectif était la condition irremplaçable du succès.

Quelles avaient été en effet ces motivations ?

L’insurrection du 1er novembre avait été certes un pari audacieux sur la suite des évènements mais en aucune façon un miracle. Je sais que dans les opinions du monde arabe sensibles aux interprétations mythiques, on avait souvent parlé, d’abord avec admiration et plus tard avec un brin d’ironie, de « Al Djazaïr Bilad al mou’djizat », le pays des miracles. Mais le succès final n’avait pas relevé du seul volontarisme ; à lui seul, il n’aurait accouché que d’une tentative glorieuse mais tragiquement avortée.

La vérité est que, d’abord dans le cadre d’un rapport de force objectif national et international de plus en plus favorable, le potentiel subjectif interne s’y prêtait. Le 1er novembre avait été le fruit d’une longue maturation dans les opinions algériennes. La conjonction s’est réalisée entre deux facteurs complémentaires qui s’étaient forgés l’un et l’autre dans le cours du processus historique.

Il y a eu d’une part, les imaginaires, le profil psychoculturel avec les représentations dominantes dans la société opprimée et exploitée.

D’autre part, il y a eu les prises de conscience politiques , elles ont été le résultat d’efforts difficiles et pas toujours à la hauteur, mais elles avaient été suffisantes pour féconder et soutenir la continuité d’une initiative audacieuse et risquée à la fois.

Quel bilan ?

La jonction de la subjectivité populaire et du combat politico-associatif avait pesé d’un grand poids, malgré les insuffisances d’un champ politique nationaliste entré en crise. Ceux qui avaient initié l’insurrection ou les courants politiques qui l’avaient ralliée comprenaient ou ressentaient cette double maturation. Ils s’étaient reconnus dans la tonalité de l’appel du 1er novembre qui reflétait cette maturation.

Toute autre était la vision d’un certain nombre d’esprits français naïfs ou embrumés par les a priori de la domination coloniale.

Très peu avant l’insurrection, le quotidien français Le Monde pontifiait sous un gros titre en affirmant que l’Algérie restait une oasis de paix dans un Maghreb en flammes. Il faisait allusion au Maroc et surtout à la Tunisie avec les actions croissantes des fellagas.

À cette allégation, notre camarade Bachir Hadj Ali répliquait en substance, sur deux pages de l’hebdomadaire communiste algérien “Liberté”: Non, l’Algérie, corps central du grand oiseau qu’est le Maghreb, ne peut échapper à l’incendie qui a enflammé ses deux ailes.

Sur quoi reposait la certitude de notre camarade? Le rédacteur du Monde aurait été mieux inspiré de méditer un avertissement lancé en 1913 par le député français radical Abel Ferry. Comme son oncle Jules, le fondateur de l’école laïque, et comme lui succombant aux effets du virus colonialiste, il rappelait au nom des intérêts et de la grandeur supposée de la France , que deux éléments constituaient un mélange hautement explosif quand ils se conjuguaient: la misère et l’humiliation sociale d’un côté , les sensibilités identitaires et religieuses de l’autre.

Ces données géopolitiques de base échappaient aux spécialistes de la communication et aux hautes sphères dirigeantes coloniales, car pour diverses raisons elles se complaisaient à prendre leurs désirs pour des réalités. Elles ignoraient que l’apparente passivité des «indigènes» n’était qu’une posture les aidant à survivre.

Or , n’importe quel Algérien peut attester que le rêve de la délivrance massive par les armes, pour peu que l’occasion s’en présente, était une obsession qui habitait la majorité de mes compatriotes de leur enfance jusqu’à à l’âge le plus avancé.

Encore gamin, je voyais couler les larmes sur le visage ridé de ma grand-mère maternelle, dès qu’elle évoquait comment après l’insurrection de 1871, toutes les terres de sa famille avaient été volées et occupées par les Alsaciens Lorrains fuyant l’Allemagne de Bismarck (peut être y verrez-vous une anticipation des mécanismes racistes internationaux qui au 20ème siècle, ont débouché sur la nakba palestinienne?).

À l’évocation de ce désastre, ma mère renchérissait. Comme pour apaiser sa colère, elle nous racontait dans une espèce de revanche verbale, les exploits djihadistes de Sidna Ali (un des compagnons du Prophète) pourfendant les kouffars, les infidèles. Un épisode que nous rappelaient aussi les contes en prose rimée des meddahs, ces sortes de troubadours en qachabya et guennour, qui chaque mercredi sur la place du village exaltaient les exploits représentés sur les estampes naïves posées à même le sol. Ma mère ajoutait avec amertume: mais nous les musulmans, nous ne savons pas «an-nafeq», comploter. Là était le hic , car le seul obstacle au passage à l’acte, à la révolte était le manque de confiance dans la concertation collective.

Encore enfants, nous exprimions entre nous cette préoccupation de façon simpliste et arithmétique : nous musulmans, sommes dix fois plus nombreux qu’eux. Si chacun de nous ne s’occupait que d’un seul français , nous disions ‘’ kafer’’ ou “gaouri”, le problème serait facilement réglé.

Je signale en passant que la même recette géniale habitait les fantasmes de nombreux pieds-noirs et adeptes de l’OAS, «y ’a qu’à les tuer tous», recette qui connut plusieurs débuts d’application.

Mais nous devions nous contenter de ruminer nos incapacités à engager des actions concertées, nous apprenions à garder le secret de nos états d’âme contre les mouchards.

Qu’est -ce donc qui avait fait progresser ensuite les mentalités dans toute la société, leur avait donné plus d’assurance et d’espoir, leur avait appris à jauger avec plus de réalisme le contenu et les orientations de l’action violente et non violente, la combinaison des divers moyens d’action possibles, l’adhésion à des formes d’organisation nouvelles greffées sur les traditionnelles structurations patriarcales?

Cette évolution s’est réalisée à travers l’émergence progressive de noyaux associatifs et politiques d’abord minoritaires. Puis à un rythme plus rapide et plus massif à partir de la fin des années trente, sous l’influence des évènements internationaux de grande importance. Ces derniers avaient pénétré la scène algérienne par de multiples canaux jusqu’aux bourgades et douars reculés d’où étaient originaires les habitants des villes ou les travailleurs émigrés en France porteurs d’une culture syndicale et politique minimum.

La courte période du Front populaire en France, malgré le refus du gouvernement socialiste de faire droit aux revendications démocratiques algériennes les plus élémentaires, montrera aux organisations encore minoritaires qu’il était possible d’accéder aux activités associatives, syndicales et politiques en dépit des barrages répressifs. La combativité sociale et politique est ainsi montée d’un nouveau cran.

Mais c’est surtout le séisme de la 2ème guerre mondiale et des résistances à l’occupation nazie qui nous éveillera à la dynamique des luttes pacifiques et non pacifiques. Après sa défaite de 1940, l’armée française n’était plus considérée comme invincible. Après le débarquement anglo-américain de 1942, pour nous elle faisait piètre figure par rapport au spectacle des troupes motorisées américaines. Les Algériens sont devenus partie prenante plus consciente de l’usage des armes dans les campagnes de libération d’Italie et de France.

Face au repli temporaire de la grosse colonisation qui avait collaboré avec Vichy, la revendication nationale et de liberté s’était déployée à travers le large regroupement des Amis du Manifeste et de la Liberté. Un très large réseau associatif culturel , religieux et de jeunesse scout ou sportive, s’exprimait et activait de façon imbriquée et parallèle sur deux registres pas forcément contradictoires quant à l’objectif commun, l’un pacifique et légaliste, l’autre para-légal, tourné vers des horizons d’actions plus radicales impliquant le recours aux armes.

Ainsi nos chants patriotiques en arabe classique et populaire ou en berbère évoquaient sans ambages l’idée du sacrifice de la vie pour la patrie et appelaient à ne pas craindre les balles. Les causeries et les prêches des cercles culturels et religieux exaltaient les victoires de l’islam à sa naissance en dépit de l’inégalité des forces, comme lors de la fameuse bataille de ‘’Badr’’. Dans le mouvement scout musulman, dans l’esprit d’ailleurs de son fondateur anglais Baden Powell, l’engagement envers l’idéal scout était de mettre un savoir-faire technique et paramilitaire au service de la patrie et de ses concitoyens. Quand un avion miliaire allié s’était écrasé sur la montagne voisine, ou dans nos contacts avec les troupes US cantonnées près du village , la recherche d’armes était l’une de nos préoccupations.

L’attrait pour la perspective de lutte armée allait de pair avec la politisation croissante du mouvement nationaliste même si celle-ci ne s’accompagnait pas d’une réflexion articulant mieux dans les esprits , les luttes militaires et les luttes pacifiques syndicales , électorales , associatives etc. Cette insuffisance s’était ressentie plus tard dans les sphères dirigeantes nationalistes par l’improvisation (ordres et contre-ordres d’insurrection) après les massacres du 8 mai 45 , ou la façon dont les couches de la paysannerie pauvre du Constantinois avaient réagi spontanément à cette répression, faute d’orientations assez claires .

La carence dans l’évaluation des stratégies et rapports de force politico-militaires s’était révélée après la défaite arabe dans la première guerre contre l’Etat sioniste. Elle eut l’effet d’une douche glacée sur les rodomontades nationalistes polarisées sur la puissance supposée d’un Ligue arabe idéalisée à outrance.

Le 8 mai 1945 avait eu deux sortes d’effets : la division et le pessimisme avaient été assez rapidement surmontés dans la majeure partie de l’opinion grâce en particulier à la campagne pour l’amnistie initiée par les communistes, qui bénéficia d’un rapport de force favorable sur la scène politique française. En même temps, le 8 mai consolida l’opinion que le colonialisme ne nous laissait d’autre issue que la violence armée pour se libérer.

Certains courants nationalistes moins convaincus ou sensibles aux séductions de colonialistes dits « libéraux » concevaient les voies politiques comme opposées et non pas complémentaires avec l’option armée. Mais celle – ci marquera des succès chez les plus résolus avec la décision du congrès du PPA-MTLD de 1947 de créer l’Organisation Spéciale (OS).

Le démantèlement de l’OS en 1950 n’a pas interrompu l’élan et le débat entre les avantages et les inconvénients de chaque option.

Deux évènements précipiteront les projets de recours aux armes.

D’abord l’échec du FADRL (Front algérien pour la Défense et le Respect des Libertés Démocratiques)[[ [1951 Création du Front Algérien pour la Défense et le Respect e la Liberté -FADRL-

scan de « Liberté » du 2 août 1951
->http://www.socialgerie.net/IMG/jpg/FADR.jpg] ]] constitué en été de 1951 par l’ensemble des partis politiques qui ont eu ensuite chacun leur part de responsabilité lorsqu’il s’est effiloché les mois suivants.

L’échec de cet élan politique et populaire renforça le courant des partisans de l’activisme armé. Mais ce fut de façon assez perverse et dépolitisée, selon l’idée fausse chez nombre de gens déçus, que c’était la lutte politique en elle-même et non pas l’absence d’une saine politisation qui était stérile et contre-productive.

L’autre facteur fut, sur la scène régionale et internationale, une série encourageante de changements tels que l’arrivée au pouvoir de Nasser en Egypte, qui mit fin à l’aura trompeuse d’une Ligue arabe impuissante et complaisante envers les puissances coloniales. Cette évolution ascendante trouvera plus tard son apogée avec le grand rassemblement intercontinental de Bandoeng, cependant que l’option militaire va s’inviter davantage avec l’entrée en lice des fellagas Tunisiens et surtout la grande victoire de Diên Biên Phû. Le 8 mai 1954 fut ressentie chez nous comme une revanche éclatante sur la tragédie du 8 mai 45 : les Algériens se répandaient en congratulations traditionnelles et souhaits d’un nouvel Aïd, une grande fête de libération à venir.

Dès lors, l’évolution vers la préparation de l’insurrection ne pouvait surprendre même les observateurs les moins avertis.

Comment croire dans ces conditions aux affabulations selon lesquelles les communistes ont été surpris, ou même auraient réagi de façon hostile à la survenue de l’insurrection?

C’est bien mal connaître cette période que se fier aux allégations propagandistes et partisanes qui s’expliquent par les enjeux politiciens du temps de guerre, avec l’esprit hégémoniste et sectaire de certains dirigeants FLN et ALN. Ce genre d’allégations, bien que peu crédibles à des esprits curieux ou avertis, ont été malheureusement reprises plus tard en boucle et sans vérification par des media ou même des historiens dont le mouvement communiste n’était pas le thème principal de recherche.

Fort heureusement, depuis la dernière décennie, nombre d’historiens anciens ou nouveaux, soucieux d’investigations ouvertes et responsables, se dégagent de plus en plus des raccourcis sommaires et idéologisants que favorisait par surcroît la désinformation ambiante.

Pour exemple lié au premier novembre, je signale un article fortement documenté de l’historien hongrois Laszlo Nagy[EXTRAITS D’UN OUVRAGE PARU RÉCEMMENT À BUDAPEST – [LA GUERRE ALGÉRIENNE DE LIBERATION ET LES PAYS COMMUNISTESPAR L’HISTORIEN ET UNIVERSITAIRE HONGROIS J NAGY LAZLO – article 286 socialgerie – mise en ligne octobre 2010.

LE 1er NOVEMBRE 1954, VU PAR UN HISTORIEN HONGROIS – LES „ÉVÈNEMENTS” ET LES PREMIÈRES RÉACTIONS – article 862 socialgerie – mise en ligne mai 2012.
]], qui détaille un épisode significatif et pourtant occulté. L’appel du 1er novembre fut presque aussitôt répercuté par une station radio émettant en arabe dialectal depuis Budapest en direction du mouvement indépendantiste d’Afrique du Nord. Cette station était animée et dirigée par notre camarade William Sportisse, lui même envoyé pour cette mission depuis le milieu de l’année 54 par le PCA et les autres partis communistes maghrébins. Il avait diffusé le communiqué du 1er novembre avant qu’il ne lui soit envoyé par la délégation du FLN au Caire, qui en son temps et en la personne de Aït Ahmed, le remercia et le félicita de cette initiative.

Pour préciser les choses, la direction du PCA n’a pas été surprise par la survenue de l’insurrection, politiquement dans l’air et prévisible pour les mois ou l’année à venir. Ce qui nous a surpris dans la semaine qui précéda l’insurrection et au cours de laquelle nous avons compris son imminence, ce fut l’accélération de son timing, en plein aiguisement de la crise du PPA-MTLD. Car nous prêtions davantage de perspicacité politique aux initiateurs de l’insurrection, à qui Abbane Ramdane libéré de prison après le début de l’insurrection et comme les historiens le sauront plus tard, reprochera en termes très durs à ses compagnons d’armes, la précipitation avec laquelle l’insurrection fut déclenchée dans des conditions aussi précaires.

Là où par contre, sans développer ici davantage, j’estime que la direction du PCA aurait dû et pu faire mieux, c’est après Dien Bien PHû, anticiper organiquement sur les probabilités d’évolutions en cours et préparer des structures parallèles du type des Combattants de libération avant que l’insurrection ne survienne, ce qui nous aurait facilité les dispositions organiques après l’insurrection et un certain nombre de développements politiques ultérieurs dans l’intérêt aussi bien des courants nationalistes et communistes que de la population.

Le temps qui m’est imparti ne me permet pas d’aller plus loin.

Je conclus donc en soulignant que la question du 1er novembre 54 dépasse de loin son timing et son accomplissement pratique et militaire. L’essentiel réside dans la finalité et le contenu politiques des soulèvements.

Deux remarques me paraissent d’actualité quant à l’utilisation qui est faite de la symbolique du 1er novembre:

  • 1°. Un prétendu « novembrisme », passéiste et s’en tenant à l’apologie désincarnée de la lutte armée, a servi de couverture idéologique à des dérives antidémocratiques de la part de cercles nationalistes, officiels ou non. Ils se sont mis à invoquer pour eux seuls la légitimité révolutionnaire et le label clientéliste de la « famille révolutionnaire ».

    La traduction néfaste en a été la crise de l’été 1962 qui vit instaurer par la violence le socle militaro-policier du nouveau système de pouvoir.
    Les vertus faussement attribuées à la violence armée sans évaluation critique de son contenu politique sont aussi à l’origine des fautes désastreuses qu’ont été les affrontements armés en Kabylie de 1964, puis dans tout le pays durant la sombre décennie 90.

    Ce constat prend de nouveau une résonance particulière en cette saison non pas de printemps mais de tempêtes arabes et africaines, où quelques cercles s’étonnent en le déplorant, de ce qu’ils appellent «l’exception algérienne». Ils caressent, par mimétisme envers le 1er novembre 54, le calcul dangereux d’allumer un feu purificateur par internet, rumeurs-intox ou tout autre scénario planifié. C’est ignorer que ce qui a donné du souffle à l’insurrection algérienne en 1954, ce fut avant tout une orientation politique bien en phase avec les aspirations, le ressenti et la sagesse populaires. C’est cela qui fut fondamental et porteur de succès et non pas les instruments pratiques qui ont véhiculé efficacement ce contenu, depuis le bouche à oreille ou «téléphone arabe» ,«radio trottoir ou café de quartier» jusqu’aux postes radios transistor récemment arrivés et transmettant les émissions de l’étranger.
  • 2°. Un deuxième enseignement, lié au précédent, a été rendu plus éclairant par les malheurs qui se sont abattus sur les peuples libyen, syrien et malien, venant après la tragédie du peuple irakien. C’est la militarisation artificielle des conflits internes.

    Elle recouvre souvent des tentatives suspectes d’embrigadement émotionnel de l’opinion, d’anesthésie de la conscience politique, de l’analyse et du sens critique dans des buts non avoués dont profitent les cercles réactionnaires locaux et internationaux qui encouragent et suscitent ces dérives.

    Dans des conflits internes encore plus que dans les luttes de libération nationale, la lutte armée ne devient légitime et porteuse d’avenir que si elle engagée en dernier recours, quand les moyens et voies pacifiques ont réellement épuisé leurs effets. Alors seulement le recours aux armes, avec un large appui populaire, peut ouvrir la voie à des solutions pacifiques et démocratiques, dénouer et non pas aggraver l’écheveau compliqué des situations où s’entremêlent les représentations identitaires, les enjeux économiques et stratégiques.

    En ce sens, novembre 54 avait ouvert la voie aux accords d’Evian.

    En sens inverse, l’épreuve de force de l’été 1962 a préparé les impasses et tragédies survenues un quart de siècle plus tard : massacre d’octobre 1988, les années noires de la décennie 90, la répression algéroise sanglante des jeunes marcheurs du 14 juin 2001 et le marasme, la fragilité nationale actuelle.

À cinquante ans de distance, il est à souhaiter que ces enseignements croisés préparent un vrai printemps démocratique et social, tel que souhaité par l’appel du 1er novembre 54.

C’est l’enjeu, encore en balance, des luttes en cours.


LIENS consultables pour la table ronde IREMMO :

Rencontre Ouamrane avec Jean Jacques Galland à Djemaa Saharidj cinq mois avant l’insurrection:
(http://www.socialgerie.net/IMG/pdf/1954_06_2005_01_17_Ouamrane_et_Galland-extts_fin_juin_1954_-_912_-_921.pdf)

Les communistes et leur attitude au 1er nov (réponse au journal Le Monde du 5 nov2005)
L’HISTOIRE PAR LE BOUT D’UNE LORGNETTE IDÉOLOGIQUE
(http://www.socialgerie.net/spip.php?article75)

Opération Maillot-CDL
4 Avril 1956 : OPERATION C.D.L-HENRI MAILLOT, PRÉLUDE AUX ACCORDS PCA – FLN
(http://www.socialgerie.net/spip.php?article1)

Rencontre PCA- FLN : 1956, FLN ET PCA : RENCONTRES ET PREMIERS
ACCORDS
(http://www.socialgerie.net/spip.php?article31)

Lettres du PCA au GPRA (1958-59)
LETTRES ADRESSÉES AU G.P.R.A. AU COURS DE LA GUERRE POUR L’INDÉPENDANCE AU NOM DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE ALGÉRIEN
(http://www.socialgerie.net/spip.php?rubrique17&debut_articles=30#pagination_articles)

Le militaire et le politique, par Sadek Hadjerès : (dans numéro hors série de L’Huma mars 2012 pour le cinquantenaire de l’indépendance) : pages 33-34


Citations d’historiens:

Ce qu’avait écrit il y a dix ans un historien français, Gilbert Meynier, par ailleurs consciencieux et acquis à la cause algérienne de libération tant qu’il s’agissait du mouvement nationaliste. Je pense que, depuis, son opinion a évolué à partir d’une meilleure information :

« …Le 1er novembre fut apprécié par le P.C.A. comme une entreprise aventuriste irresponsable. A plusieurs reprises il stigmatisa l’ « individualisme » des actions armées de l’A.L.N. Sur le fond , le P.C.A. n’était pas un parti indépendantiste et il ne militait pas pour l’indépendance… » C’est ce qu’avait écrit Gilbert Meynier il y’a dix ans .
(Reference: Gilbert Meynier , Histoire intérieur du F.L.N. 1954-1962 , Editions Fayard ,Paris 2002;pages180 ( Chapitre sous-titré :  »LES COMMUNISTES: ALLIÉS DOUTEUX OU RALLIÉS INCERTAINS? ) » .

Avis de Boumediene LECHLECH, historien algérien
A propos de l’effet de « surprise » qu’aurait eu le 1er novembre 54 pour les communistes algériens, cela concerne uniquement le choix de la dernière date par les initiateurs de l’action armée programmée simultanément sur l’ensemble du territoire national et gardée secrète. Mais tout le monde savait, qu’en général, on se préparait pour l’insurrection qui avait déjà embrasé ‘’ les deux ailes ‘’ de l’Afrique du Nord Française.(4)

Par contre parler d’hostilité à l’insurrection armée des communistes algériens, du PCA est de la pure calomnie dans les luttes politico-idéologiques d’aujourd’hui par divers courants, y compris lorsqu’elles prennent la forme d’écrits d’histoire falsifiée.

(allusion est faite ici à un chapitre d’un ouvrage tout récent de Stora et Rochebrune, modèle d’un genre périmé, qui reprend tous les poncifs des hégémonistes du FLN d’une autre époque


50ème ANNIVERSAIRE
DE LA FIN DE LA GUERRE DE LIBÉRATION EN ALGÉRIE

[

LIENS UTILES sur
www.socialgerie.net

se référer à la brève 435

->br435]


LE 1er NOVEMBRE 1954, VU PAR UN HISTORIEN HONGROIS

Les ”événements” du premier novembre et les premières réactions

Dans la nuit du 1er novembre 1954, des attentats secouaient le territoire algérien, en premier lieu l’Est du pays: attaques de poste de police ou de gendermerie, lignes téléphoniques coupées, incendies. L’épicentre des attentats était la montagne des Aurès. Il n’y avait pas de dommages considérables, les bombes de fabrication artisanale n’ont même pas souvent explosé. Par contre, il y avait 8 tués et 12 blessés. Le fait le plus stupéfiant pour les autorités et surtout pour les Européens fut l’assassinat de l’instituteur Guy Monnerot.

Le jeune homme de 23 ans d’esprit julesferryste s’engagea pour aller enseigner en Algérie …

NAGY László

Professeur d’histoire contemporaine

Université de Szeged (Hongrie)

LES “ÉVÈNEMENTS” DU PREMIER NOVEMBRE

ET LES PREMIÈRES RÉACTIONS

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Dans la nuit du 1er novembre 1954, des attentats secouaient le territoire algérien, en premier lieu l’Est du pays: attaques de poste de police ou de gendermerie, lignes téléphoniques coupées, incendies. L’épicentre des attentats était la montagne des Aurès. Il n’y avait pas de dommages considérables, les bombes de fabriquation artisanale n’ont même pas souvent explosées. Par contre, il y avait 8 tués et 12 blessés. Le fait le plus stupéfiant pour les autorités et surtout pour les Européens fut l’assassinat de l’instituteur Guy Monnerot.

Le jeune homme de 23 ans d’esprit julesferryste s’engagea pour aller enseigner en Algérie. Il était en train de se rendre avec sa femme à Arris, son premier lieu de travail, quand les insurgés armés arrêtèrent leur autocar lequel se déplaçait toujours à heures fixes. Hadj Sadok, l’un des passagers fut forcé de descendre et comme c’était un fidèle serviteur du pouvoir colonial, il fut tué sur le champ. Ensuite, l’un des insurgés mis le feu au couple européen. Les rafales de balles tuèrent Guy Monnerot tandis que sa femme était grièvement blessée. L’assassinat de ce jeune instituteur avait des conséquences très lourdes au détriment de la cause du mouvement de libération national algérien. Toute la durée du conflit les autorités et les partisans de l’Algérie française et une large partie de l’opinion publique pouvaient stigmatiser d’une manière très efficace les patriotes algériens comme des bandits, des barbares, des terroristes, des aventuriers d’hors-la-loi. Cela fut un argument devant l’opinion française et internationale [[Henri Alleg: La guerre d’Algérie. Temps Actuels Paris 1981. 1. k. 430.]] .

D’un point de vue militaire, les actions violentes n’étaient pas d’une importance particulière. Par contre, leurs effets psychologiques étaient spéctaculaires. Ce qui surprit le plus les autorités coloniales était la coordination des attentats et le fait que personne n’était au courant jusqu’à la dernière minute. Les autorités ont eu connaissance de l’éclatement du soulèvement la veille [[Rapport de police. Renseignements généraux. 1954. november 2. Archives de la Wilaya d’Alger]].

Les services de renseignement civile et militaire avaient des informations indiquant que le CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action), les anciens membres de OS (Organisation spéciale – groupe paramilitaire du MTLD) et des jeunes nationalistes se préparaient à des actions volentes contre l’ordre établi. Jean Vaujour, le préfet signalait en vain à Paris que les actions militaires pourraient se produire à tout moment dans le pays. Les milieux gouvernementaux n’ont pas pris au sérieux ses avertissements [[Fabienne Mercier-Bernadot: La „Toussaint rouge”: que savaient les pouvoirs publics? La guerre d’Algérie Magazine. 6. sz. 35. ]] .

Selon Paris, les actions armées ne furent que les conséquences de la crise du MTLD et elles devaient vite cesser à cause des troubles au sein du parti [[Le Monde, le 7 novembre 1954.]] .

Le gouvernement et tous les partis politiques – sauf le PCF et le PCA- considéraient l’insurrection comme des actions terroristes mettant en danger l’intégrité territoriale de la France. Ainsi ils le traitèrent comme un problème policier et non politique: «Algérie c’est la France et des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule, nationale”– a déclaré le ministre des Affaires Etrangères à l’Assemblé Nationale [[Journal Officiel de la République Française, le 13 novembre 1954. p. 1967.]]. La déclaration de Pierre Mendès-France, radical de gauche, chef du gouvernement, exprima non seulement la position de son gouvernement mais la philosophie de la politique algérienne des forces politiques dominantes, enracinée dans la culture politique de la IIIème République: «Les départements d’Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps et d’une manière irrévocable… Jamais la France, aucun gouvernement, aucun parlement français, quelles qu’en soient d’ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental.”[[Ibidem pp. 4960-4961.]]

Selon l’opinion générale, exprimée au cours des discussions au sein de l’Assemblée nationale, l’insurrection était l’oeuvre commune du communisme international et des nationalistes arabes dirigée de l’étranger [[Ibidem pp. 4945-4947.]] .

À cause de la propagande radiophonique soutenant l’insurrection, deux pays ont été surtout attaqués: l’Egypte et la Hongrie. Au cours du mois, le ministre de l’Intérieur et le Premier minisitre citaient plusieurs fois les stations radio de Budapest et du Caire, dont “la propagande systématique incite jours après jours les populations d’Afrique du Nord à la violence” [[Le Monde, les 21-22. novembre 1954.]] .

La Voix des Arabes du Caire, fonctionnant depuis 1953, faisait le commentaire suivant au jour de l’insurrection: “L’Algérie a engagé aujourd’hui une lutte grandiose pour la liberté, l’arabisme et l’islam… a commencé à vivre une vie digne et honorable… ce n’est pas là une révolte passagère, mais le déclenchement d’un mouvement de libération qui ira en s’intensifiant.”[[ Centre d’Archives d’outre-mer (CAOM) Radio-Télévision, Affaires générales Radios étrangères Voix des Arabes 1.11.1954. 18 h. 93/4514. ]]

À Budapest, la station appelée La voix de l’indépendance et de la Paix, rédigée par les communistes de l’Afrique du Nord fonctionnait depuis mai 1954. Son rédacteur en chef William Sportisse fut membre du comité central du PCA. Sa durée d’émission était d’une heure et 30 minutes par jour (le matin de 7h à 7h30, le soir de 18h à 18h30 et la nuit de 23h30 à 24h) L’équipe de quelques membres reçurent les informations à diffuser de la direction du PC français par l’intermédiaire de la Légation de Hongrie à Paris. La nuit ils les traduirent en arabe dialectal pour pouvoir diffuser le matin. L’émission était très écoutée au Maghreb, mais au Proche-Orient aussi.

La radio transmit l’appel du FLN du 1er novembre, et Ait Ahmed résidant au Caire l’en remercia.[[Entretien avec William Sportisse, Paris, le 15 decembre 1999.]] L’émission de cette station en langue arabe provoqua une complication diplomatique entre la Hongrie et la France.

Paris contacta les autorités hongroises après le 1er novembre. Le ministre français de Budapest intervint plusieurs fois auprès du Ministère Hongrois des Affaires Etrangères En plus, une délégation parlementaire française lors de sa visite à Moscou en septembre de 1955, en parla à Khrouchtev. Dans sa réponse, le secrétaire général du PCUS ne refusa pas l’intervention de Moscou. Cependant, l’émetteur n’a pas cessé de fonctionner pour autant.

Le 28 septembre 1955, le ministre français demanda une audition au Ministre hongrois des Affaires Étrangères, János Boldoczki. Le ministre français demanda la suppression de l’émetteur en se référant à l’atmosphère internationale moins tendue et à la demande d’admission de la Hongrie à l’ONU: «Ces émissions sont d’ailleurs contraire à cet esprit international que les dirigeants hongrois dans leurs discours et dans leurs écrits manifestent le désir de promouvoir. Cette contradiction apparaît d’autant plus frappants en ce moment où la Hongrie sollicite son admission à l’ONU.» [[Magyar Országos Levéltár (MOL les Archives nationales hongroises), XIX-J-1-j Franciaország 1945-1964. 4. doboz 4/of-18/a. Delalaude francia követ látogatás Boldoczki elvtársnál (La visite du Ministre français chez le camarade Boldoczki) 28 septembre 1955.]] Le Ministre hongrois des Affaires Etrangères niait l’existence de l’émetteur, ce qui était complètement inutile. Tout le monde était au courant de son existence depuis le 7 juillet 1954, quand le quotidien Alger républicain se référant au journal marocain Vigie Marocaine, communiqua non seulement l’existence de l’émetteur mais aussi ses coordonnées. Cependant, les arguments du ministre français se révélèrent plus convaincants cette fois-ci. Une semaine plus tard, lors de sa séance du 6 octobre, le Bureau poltique du Parti des Travailleurs Hongrois (PC) décida de supprimer l’émetteur. Cela s’explique par le fait que l’admission du pays à l’ONU aurait pu être bloquée par la France, membre du Conseil de Sécurité [[Voir aussi notre article L’affaire de l’émission en langue arabe de la Radio Budapest. Revue d’histoire maghrébine, nº. 116. (2004) pp. 169-173.]].

La presse hongroise rendit compte des actions armées le lendemain des événements: le 3 novembre Magyar Nemzet (Nation Hongroise) et le 5 Szabad Nép (Peuple Libre). Le même jour la Pravda commenta aussi les événements sans mentionner le FLN. Par la suite et jusqu’à la fin de l’année 1956, le journal du parti soviétique ne s’en occupait pas vraiment. En septembre 1955, Khrouchtev déclara devant une délégation parlementaire française: «La question de l’Afrique du Nord est française. Les Français auront, je le pense, la sagesse de la résoudre».[[Albert Gazier: Autour d’une vie militante. L’Harmattan Paris, 2006. p. 209.]]

La radio nationale publique de Budapest parlait également de l’insurrection. En ce temps-là, l’attention des dirigeants politiques était focalisée sur les traités de Paris, signés les 19-23 octobre, créant l’Union d’Europe Occidentale et préparant ainsi l’adhésion de la République Fédérale d’Allemagne à l’OTAN. Mentionnant ce fait, le rapport de la Légation hongroise à Paris sur l’insurrection ne peut pas être qualifiée d’insignifiant, à plus forte raison car la presse et les émetteurs des pays arabes ne la mentionnèrent pas non plus en premier lieu.

Seuls les yougoslaves étaient au courant de la préparation de l’insurrection.

Les insurgés avaient beaucoup de respect pour la guerre de libération antinazie des Yougoslaves au cours de la deuxième guerre mondiale. L’ambassadeur yougoslave au Caire fut “la seule personnalité européenne à être dans le secret des événements du premier novembre 1954” [[Les notes 2138/232 (október 1.) és 2630/232 (november 30.). CAOM 81 F 1005 Fonds ministeriels. Les pays socialistes et l’Afrique du Nord, Présidence du Conseil.]]. Ces propos recoupent les informations des services secrets français qui constatent de visites fréquentes des nationalistes algériens (parmi eux Mohamet Kider) à l’ambassade yougoslave au Caire au cours des mois d’octobre et de novembre 1954 [[Les notes 2138/232 (október 1.) és 2630/232 (november 30.). CAOM 81 F 1005 Fonds ministeriels. Les pays socialistes et l’Afrique du Nord, Présidence du Conseil.]].

Les services français interceptant les émissions arabes (mêmes celles des pays socialistes) et analysant la presse, écrirent dans un rapport du 22 novembre: «Contrairement à ce qu’on attendait, les événements d’Algérie n’ont pas encore donné lieu, dans la presse du Moyen-Orient, à une campagne anti-française de grande envergure” [[Afrique du Nord (Articles et documents), Sécretariat général du gouvernement. Présidence du Conseil. 42. sz. CAOM, 36H1.]] .

La Ligue Arabe et les pays arabes indépendants commencèrent à s’intéresser davantage à la question algérienne à partir du mois de décembre. Ils votèrent une aide financière au début de l’année 1955 [[Cahiers de l’Orient contemporain, 1955. p. 154. ]] .

Dans les rapports de la Légation de Hongrie à Paris, en mai 1955 on retrouve le nom du pays de l’Afrique du Nord, dans un document ayant comme titre : «Les événementss qui explosèrent à Alger à la fin de 1954” [[MOL XIX-J-1-j Franciaország 1945-1964. 5. doboz 003027/1 (1955. május 28) sz. irat]].

Il mentionna la situation coloniale comme cause des actes violents, mais il mit l’accent sur les agissements des agents de la Ligue Arabe, dominée par les Anglais. Une partie des armes mais également des agents arrivaient directement d’Angleterre! Le rapport ne faisait aucune mention du FLN. Concernant les insurgés, on peut y lire les phrases suivantes: «Il s’agit des éléments paysans et nomades, poussés plus par le fanatisme religieux que par les idées politiques. Pour eux, les agissements organisés par les agents britanniques offrent un terrain favorable à la révolte. C’est parmi ces éléments qu’on retrouve les premiers maquisards algériens.” [[Ibidem.]]. Cette analyse très schématique relevant de la doctrine Jdanov est tout à fait éloignée de la réalité.

Le rapport envoyé en automne de la même année donnait une image plus réaliste de l’insurrection. Il souligna que le problème algérien pourrait provoquer une crise sérieuse: «En analysant le problème dans une perspective à long terme, on peut dire que la crise de l’empire colonial français est en mesure de provoquer tôt ou tard une crise très grave de la politique intérieure.” [[Ibidem. 12. doboz 11/4 – 009549.]].

Le manque d’intèrêt par rapport aux événements du début de novembre, s’explique d’une part, par le fait que pendant plusieurs semaines il n’y avait plus d’autres actions d’une telle intensité. Et d’autre part, parce qu’en Tunisie et au Maroc ces événements se produisaient régulièrement, presque quotidiennement depuis un an.

Les Américains se forgèrent une opinion suivant la logique de la guerre froide. Selon Clark, le consul américain à Alger il ne faisait aucun doute que: ”les terroristes, membres du MTLD, agirent sous la pression de la Ligue arabe” [[Samya el Machat: La question algérienne en 1954 à travers les archives du Département d’État. Revue d’histoire maghrébine, nº 61-62.p. 42.]] . Cependant, lors de la rencontre entre Dulles et Mendès-France, fin de novembre, le Sécrétaire d’Etat américain exprima ses craintes à propos des événements d’Algérie. Il considérait la situation comme dangereuse, car elle aurait pu forcer le retrait des forces armées de l’Europe, territoire stratégiquement le plus important de la guerre froide. Dulles refusa la participation des Etats-Unis et de l’OTAN à la résolution du problème algérien en expliquant que Washington ne pourrait suivre la situation que comme observateur extérieur [[Samya el Machat: Les Etats-Unis et l’Algérie. De la méconnaissance à la reconnaissance 1945-1962.L’Harmattan Paris 1996. p. 36.]].

Les partis du mouvement national algérien nommèrent le régime colonial comme cause de l’insurrection. Toutefois en analysant leur discours, il était évident qu’ils ne partageaient pas les mêmes méthodes que les insurgés.

Selon Ferhat Abbas, l’utilisation de méthodes violentes ne prévaut pas à la résolution du problème, il essaie encore de convaincre les autorités coloniales de changer de politique, parce que : «l’ère coloniale est définitivement close» [[République algérienne, le 12 novembre 1954.]]. Il exprima directement ses idées lors de sa visite au préfet de la ville de Sétif le lendemain de l’insurrection: «Il m’a expliqué que lui n’était pas dans ce mouvement. UDMA ne participait pas à ce mouvement insurrectionel. Il considérait même que c’était une faute énorme. Je suis pour l’indépendance de l’Algérie mais pas comme ça, Votre régime français est si déliquescent que nous allons inexorablement à l’indépendance…Comme le régime colonial ne peut pas se tenir par la force il a proposé deux solutions pour sortir de la crise [[L’une serait la constitution de la République Algérienne où les diverses ethnies vivraient en paix et le moteur de la société serait la communauté française. L’autre pourrait être le système de college unique qui assurerait l’égalité de tous les hommes.]]. …. Choisissez une des deux solutions. Choisissez vite. Et moi Ferhat Abbas je me batterai pour cette solution qui restera dans le cadre français avec un drapeau français. Mais si vous ne choisissez pas nous allons nous obliger à nous battre contre vous. Et moi qui ne suis pas dans l’insurrection j’y entrerai. L’insurrection gagnera et je vais être du côté des vainqueurs. Mais dites vous bien (et dites autour de vous) que le jour où je me batterai contre vous je le ferai (et c’est sa phrase textuelle) le dos au mur et les larmes pleines des yeux” [[Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) Archives contemporaines, Témoignages sur la guerre d’Algérie. Jacques Lenoir;]]. Les mots du nationaliste algérien le plus français sont très touchants et traumatisants. Cependant, ils n’avaient aucun effet.

Le MTLD, dans une déclaration datée du 5 novembre, dénonça le gouvernement comme responsable des actions violentes: sa politique de force et le refus total de la volonté d’autonomie du peuple algérien ont conduit à la violence. Le MTLD considérait que le problème algérien avait atteint sa phase finale et que sa résolution ne pouvait être que politique , et en aucun cas militaire [[Algérie libre, le 5 novembre 1954.]] . Le lendemain de la parution de l’article, le ministre de l’Intérieur dissoud le parti.

Les Oulémas publièrent le même jour une déclaration dans laquelle ils ne prirent pas position sous prétexte que peu d’informations étaient accessibles. Ils ne commentèrent ainsi pas les événements.

Cependant en se référant à la tolérance de l’Islam, ils condamnèrent toutes les actions violentes. Ils pensaient qu’en négociant avec “les représentants véritables du peuple algérien” il serait possible d’arriver à l’instauration de l’autonomie interne. Ainsi, ils ne protégèrent ni les moyens d’action (la lutte armée) ni les objectifs (l’indépendance) du FLN [[Ahmed Nadir: Le mouvement réformiste algérien et la guerre de libération nationale. Revue d’histoire maghrébine, nº 4. (1975) pp. 175-176. ]].

C’était la prise de position des communistes algériens et français qui avait suscité – et continue toujours de susciter – le débat le plus grand et le plus pasionant. En France, ce fut le Parti Communiste Français qui analysait d’une manière complexe le problèmne algérien, les racines de l’insurrection quoi qu’il ne fût pas vraiment convaincu qu’il s’agissait d’une insurrection nationale. La première réaction du parti fut d’estimer qu’il s’agissait d’une provocation car les actions armées s’étaient déroulés pendant la période durant laquelle le MTLD en pleine crise était au bord de l’éclatement.

Le PCF craignait que le pouvoir colonial ne réitèrerait la répression terrible de mai 1945 et écraserait les nationalistes. C’est pour cela qu’on peut retrouver dans leur prise de position officielle la phrase la plus fréquemment citée : ”en de telles circonstances, fidèle à l’enseignement de Lénine, le Parti Communiste Français, qui ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux” [[L’Humanité, le 09 novembre 1954.]]. La critique des actes de violence individuels exprimait évidemment une certaine méfiance. Néanmoins, le jour de l’insurrection la direction du PCF reçevait des informations sur l’existence du FLN de Pierre Lentin, l’envoyé spécial du journal Libération à Alger, mais toutefois, il ne les considéra pas authentiques [[Annie-Rey Goldzeiguer: La gauche française et le 1er novembre 1954. In Retentissement de la Rèvolution algérienne. (Dir.: Mohamed Touili) Alger-Bruxelles 1985. p. 254.]]. Les données connues se réfèraient à une insurrection de type blanquiste, d’une base restreinte ce qui surpris les Algériens et ne provoqua point leur activité souhaitée.

La déclaration du Parti Communiste Algérien, adoptée au jour de l’insurrection «estime qu’à l’origine de ces événements, il y a la politique colonialiste d’oppression nationale, d’étouffement des libertés et d’exploitation, avec son cortège de racisme, de misère et de chômage” [[Alger républicain, le 2 novembre 1954.]].

Dans cette déclaration, il ne s’agissait point des «actes individuels” ni de méfiance vis-à- vis de ces actes. Cependant, dans sa prise de position du 14 novembre et du 9 janvier 1955 le PCA exprima clairement ses doutes par rapport aux: ”slogans et aux actions individuelles irréfléchis.” [[ Liberté , le 18 novembre 1954., le 13 janvier 1955.]]. Par la suite, le PCA fit son autocritique: il expliquait sa position erronée par le fait qu’il jugea la situation sociale et politique d’une manière trop schématique intérpretant trop rigidementet les conditions décrites par Lénine dans son article „Le marxisme et le soulèvement”. [[Basir Hadzs Ali: Az algériai felszabadító harc néhány tanulsága.(Quelques enseignements de la lutte de libération nationale algérienne ) Béke és szocializmus (Paix et socialisme, mensuel du mouvement communiste international) nº. 1. 1965. p. 111.]]. Le PCA, comme tous les partis communistes de l’époque, soutenait les mouvements anticolonialistes.

Cependant, il avait une certaine méfiance vis-à-vis de ceux qui n’étaient pas dirigés par des communistes. L’opinion des membres d’origine européenne contribua à la formation de cette position eronnée:«Ils trouvèrent la politique des dirigeants trop compréhensive envers les nationalistes et pour cette raison ils quittaient en nombre grandissant le parti.” [[Rapport de police. Renseignements généraux le 14 décembre 1954. Archives de la Wilaya d’Alger]]

Cependant, plusieurs membres du parti, par leur propre volonté, épousaient les idées des insurgés, aux premiers jours du soulèvement. La direction ne les retenaient pas. Bien au contraire, elle prit également contact avec le FLN. (Ce fut le seul parti qui le fît si tôt.)

Les 7 et 8 novembre puis le 12, Mohamed Guerouf, le membre du comité central, puis son secrétaire Paul Caballero menaient des négociations avec Mostafa Ben Boulaid, le chef de la première wilaya ainsi qu’avec son adjudant. Ils se mirent d’accord que les communistes apporteraient une aide financière aux insurgés [[Henri Alleg, vol. 1.p. 478. Les insurgés ont partagé le pays en six arrondissements, en six zones : 1) Aures-Nemencha 2) Constantine 3) kabilia 4) Alger et ses environs 5)le département d’ Oran 6) Les territoires du Sud(Sahara) La nomination wilya est utilisée à partir de 1956.]]. Il y avait aussi un rapprochement de la part du FLN. Pendant les jours suivant l’insurrection, l’adjudant de Mostafa Ben Bulaid contacta Abdelhamid Benzine, le rédacteur en chef d’Alger républicain, quotidien à tendance communiste. C’était un choix volontaire, car Benzine était membre du PPA dans les années 1940 et, même après son départ, il garda de bons contacts avec les nationalistes. Au cours de ce rendez-vous clandestin, ils se mirent d’accord sur le fait que Benzine serait le contact entre le PCA et le FLN-ALN [[Henri Alleg: Mémoire algérienne. Stock Paris 2006. p. 183.]].

Ce qui est frappant dans toute la littérature critique de la position des communistes est qu’elle ignore complètement la position du mouvement communiste international (“la ligne de Moscou”) envers les mouvements de libération nationale des colonies. Jusqu’au milieu des années 1950 la politique de Moscou était déterminée par le Kominform («petit Komintern») qui réprouvait toute forme du nationalisme (gandhisme, panarabisme) dans les colonies. Moscou – les pays socialistes et les partis communistes – attaquaient surtout violemment les partisans de la troisième voie (p. ex. Nehru) qui voulaient rester neutres dans la lutte entre le “camp de la paix” et “celui de la guerre”. La véritable indépendance ne pouvait être réalisée que par la lutte des ouvriers et des paysans dirigée par les PC et aboutissant à la révolution democratique et populaire (socialisme). La bourgeoisie nationale n’y était pas capable, elle était considérée comme le laquais de l’impérialisme [[Joukov: Les problèmes des luttes nationale et coloniale après la deuxième guerre mondiale. (en russe) Voprossi économiki, 1949. no 9.]].

Cette position commence à subir un changement après la disparition de Staline. Moscou s’engage de plus en plus dans les affaires extareuropéennes et dévoloppe une doctrine à vocation globaliste. attribuant une importance grandissante – même exagérée – aux nouveaux Etats appelés “ses alliés naturels”. Ce sont les résolutions du 20ième congrès du P.C.U.S. (février 1956) qui consacre officiellement cette ouverture vers les pays et mouvements non communistes. La bourgeoisie nationale y est réhabilitée et considérée comme force politique autonome et antiimpérialiste.

Mais la consécration triophale de cette nouvelle stratégie tiresmondiste eut lieu à la conférence internationale des 81 partis communistes à Moscou en novembre 1960.. «L’écroulement du système de l’esclavage colonial sous la poussée du mouvement de libération nationale est un phénomène qui, pour son importannce historique, vient immédiatement après la formation du système mondial du socialisme”. [[Pour la paix, pour l’indépendance nationale, pour la démocratie, pour le socialisme (Les actes de la conférence, en hongrois) Budapest Kossuth Könyvkiadó 1961. p. 23.]]

Dans cette nouvelle stratégie communiste les mouvements de libération nationale reprennent la 2ème place des forces révolutionnaires internationales devant les communistes des pays développés. En moins de dix ans la bourgeoisie nationale parcourut une carrière foudroyante: du traître, du laquais de l’impérialisme elle devint l’alliée privilégiée.

Pour apprécier l’attitude des communistes vis à vis du déclenchement de la guerre de libération et du FLN il faut replacer le problème dans ce contexte-là. Ce qui veut dire que le PCA n’était pas dans «la ligne de Moscour” en novembre 1954 (au contraire du PCF). Par ses activités réelles il la devança! Ce qui était son erreur c’était son hésitation: est ce qu’il devrait s’engager ouvertement et sans équivoque pour la lutte armée? Il attendait encore quelques mois pour franchir le Rubicon: en été de 1955 il constituait les Combattants de la Libération, son unité armée.

En résumant notre analyse: les partis du mouvement national avaient compris et expliqué les raisons provoquant les événements, ils sympathisaient quelques fois avec les insurgés, mais en fin de compte, mis à part quelques cas particuliers, ils ne privilégièrent pas encore la lutte armée. Ils pensaient encore que la possibilité de résoudre le problème par voie légale n’était pas disparue totalement.

À cause de cela, et de l’offensive armée du pouvoir colonial, le FLN se retrouva dans une situation très difficile. Par conséquent, son existence et sa survie n’étaient pas du tout garanties fin 1945.