REPORT DE LA RENCONTRE – DÉBAT DU 18 JANVIER 2014 D’ ALGER (L’ISLAMISME EN ALGÉRIE) À UNE DATE ULTÉRIEURE

afaqichtirakiya perspectives socialistes

afaqichtirakiya  perspectives socialistes


RECTIFICATIF

Les membres du Rassemblement de Gauche (RdG) d’Alger ont le regret de vous
annoncer le report de la rencontre-débat sur l’islamisme en Algérie initialement prévue pour le 18 janvier 2014 à Alger.

Une nouvelle date vous sera adressée
dès que possible.


RENCONTRE – DÉBAT

“L’ISLAMISME EN ALGÉRIE”

Samedi 18 janvier 2014

à 14 h

Le Rassemblement de gauche (RdG)

a le plaisir de vous inviter

à la rencontre-débat mensuelle

programmée au cours de l’année 2013-2014

La séance du samedi 18 janvier 2014

portera sur la question

de L’ISLAMISME EN ALGÉRIE AUJOURD’HUI

Elle sera animée par FETHI GHEERASS


EN SOUVENIR DE MOHAMED ARKOUN

Sur le mur de Wassyla Tamzali

le 23 août 2013

Salut Mohamed. Depuis trois ans déjà. Le monde est plus que jamais fou. Où est cette critique de la raison islamique à laquelle nous rêvions pour t’avoir tant de fois entendu. Quand s’en viendra-t-elle? Nous sommes dans les ténèbres. Et ce n’est pas d’hier.

Souviens-toi. C’était en juillet 1980 à une de ces conférences de la pensée islamique qui façonna l’internationale islamique. Y avait-il déjà un prince qatari caché derrière le président de séance? Peu probable et pourtant tu quittas la salle sous les huées des invités de Mouloud Kacem.

La curée était conduite par l’Egyptien El Quaradahoui, – Asma Benkada, son ex-répudiée, dirige aujourd’hui la Commission sur la culture et l’enseignement supérieur de l’Assemblée; je te l’avais dit, un monde de fous!

«Kafer ! Kafer !», l’excitation était à son paroxysme, et l’estocade a été portée dans le silence complice des organisateurs: «Faites-le sortir! Faites sortir l’athée!»

Il y avait là aussi Mohamed El Ghazali, un autre Egyptien, nommé par Chadli aux commandes du Conseil scientifique de l’université islamique Emir Abdelkader de Constantine, celui-là même qui condamna à la mort l’intellectuel Farag Foda assassiné le 8 juin 1992 dans une rue du Caire.

L’instigateur sera appelé à la barre du procès du meurtrier comme témoin de moralité! Un monde de fous.

Tu devais parler 20 minutes, au bout de 5 minutes tu quittas la salle.

C’était ta dernière conférence publique en Algérie, me semble-t-il.

Dans ce séminaire de la pensée islamique, on a mis la pensée à la porte. On a laissé une place au fanatisme, à la bêtise noire, de cette couleur du fascisme, de la mort.

Le ministre des Affaires religieuses ne s’est pas levé. Les travaux ont repris.

Ce juillet 1980, c’était ta pensée, ton travail, ta science, les espoirs que tu soulevais chez des centaines et des centaines d’étudiants, et chez tes lecteurs encore plus nombreux de voir les Lumières et la religion réconciliées – ta grande idée – qui étaient piétinés dans ce palace d’ambition moderniste, image trompeuse de l’ère Boumediène.

J’ai retrouvé sur un blog le témoignage du cheikh El Djilali dans une émission de radio de Djilali Khellas, (1990). Il courut derrière toi, et essaya en vain de te convaincre de rester. Il dit que tu avais les larmes aux yeux et que tu éclatas en sanglots. Que c’est émouvant, beau et admirable un homme qui pleure parce que la barbarie envahit le monde et son pays. Qu’est-ce un homme, s’il n’est pas un humaniste ?

www.facebook.com/wassylatamzali

SAUVONS LE PATRIMOINE DE L’ISLAM

4872_ramadan-preparations-continue-in-masjid-al-haram_m_1_460x230.jpg

4872_ramadan-preparations-continue-in-masjid-al-haram_m_1_460x230.jpg

pétition

pour arrêter ces démolitions

des sites musulmans

avant qu’il ne soit trop tard!

[Pétition avaaz.org

30 avril 2013->http://www.avaaz.org/fr/stop_the_demolition_in_mecca_a/?bVtckbb&v=24629]

C’est inacceptable! Le gouvernement saoudien détruit sans pitié d’importants sites musulmans pour y construire des hôtels de luxe et des centres commerciaux pour les plus aisés.

La maison d’Abou Bakr a été démolie pour construire un fastueux hôtel Hilton et celle de Khadija a été remplacée par des toilettes publiques! La maison de naissance du Prophète est la prochaine sur la liste.

Mais ensemble nous pouvons faire cesser ces destructions et sauver notre héritage!

Des millions de personnes se rendent en Arabie Saoudite pour, une fois dans leur vie, réaliser le hajj, le pèlerinage à la Mecque et visiter ces monuments historiques, mais le gouvernement détruit ces sites de manière irréversible pour les remplacer par des hôtels haut de gamme et des centres commerciaux accessibles aux plus riches.

serdgxcverera1.jpg
Par le passé, le roi Abdallah a déjà répondu aux protestations de l’opinion publique en changeant ses plans de développement.

Ensemble levons une grande mobilisation pour le convaincre d’arrêter ces ravages!

L’horloge tourne. Chaque jour qui passe, des monuments sacrés tombent sous les coups des bulldozers.

Montrons au roi Abdallah que nous ne laisserons pas le gouvernement saoudien effacer ces monuments irremplaçables et emplis d’histoire pour les musulmans du monde entier.

Signez cette urgente pétition maintenant et partagez-la autour de vous.

Lorsque nous atteindrons les 50 000 signatures, nous placerons des encarts publicitaires dans les publications destinées aux pèlerins du hajj afin de faire pression sur le roi.

http://www.avaaz.org/fr/stop_the_demolition_in_mecca_a/?bVtckbb&v=24629

Le gouvernement saoudien explique que ces destructions sont nécessaires pour que la ville s’étende et puisse accueillir plus de pèlerins, mais les experts déclarent qu’il est possible d’étendre la ville tout en préservant les sites.

Nombreux sont ceux qui pensent que la véritable raison derrière ces destructions est que les wahabites saoudiens craignent que ces sites ne fassent l’objet de vénérations.

Mais pour la plupart des musulmans, apprécier un lieu historique n’a rien à voir avec la prière et ces sites irremplaçables font partie de l’histoire de l’islam.

Un plan récemment publié indique que si nous ne faisons rien, la maison du Prophète sera très bientôt détruite.

Il n’y a pas de temps à perdre pour préserver le patrimoine de l’islam. 95% des bâtiments millénaires de La Mecque et de Médine ont été démolis dans les vingt dernières années, mais il n’est pas trop tard pour sauver ce qui reste.

Signez cette urgente pétition maintenant et partagez-la avec tous vos amis:

http://www.avaaz.org/fr/stop_the_demolition_in_mecca_a/?bVtckbb&v=24629

lamecque.jpg
Les membres d’Avaaz s’associent dans le monde entier pour obtenir la justice et préserver ce qui doit l’être. Unissons-nous maintenant pour protéger le patrimoine mondial qui réside à La Mecque avant que ces lieux sacrés ne disparaissent pour toujours.

Avec espoir et détermination, Dalia, Rewan, Luis, Mais, Bissan, Mohammad, Ricken et toute l’équipe d’AvaazP.S.

POUR EN SAVOIR PLUS:

Les photos que l’Arabie Saoudite veut cacher – et la preuve que les reliques les plus saintes de l’Islam sont détruites à La Mecque

“The Independent”, (en anglais);

“L’Arabie saoudite détruit des vestiges de l’Islam dans l’indifférence” (Slate);

“ Le cinquième pilier”(Le dessous des cartes);

LA CONVERSION DES FRÈRES AU NÉO-LIBÉRALISME

FM_islam1.jpg

FM_islam1.jpg

pdf-3.jpg

LA CONVERSION DES FRÈRES AU NÉO-LIBÉRALISME

(Partie I)

[

Ridha Khaled

Enseignant – Belgique

8 avril 2013

nawaat.org

->http://nawaat.org/portail/2013/04/08/la-conversion-des-freres-au-neo-liberalisme-partie-i/]

Les transformations politiques et économiques, nées après le premier choc pétrolier, ont influencé en profondeur l’approche économique et sociale des Frères. Le désengagement de l’Etat et l’enrichissement des exilés ont suscité l’émergence d’un capitalisme Frère.

La naissance d’un capitalisme islamiste

La fin du Nassérisme et la nouvelle politique économique libérale de «l’Infitah», offrent aux Frères l’opportunité de se lancer à l’assaut de l’économie. Les capitaux accumulés durant les années d’exil dans les pays du Golfe vont être massivement investis dans la construction, dans l’immobilier, dans les secteurs d’éducation et de santé, et dans les transports.[[Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

Les entreprises économiques gérées par les Frères vont se multiplier: réseau de PME, institutions de mobilisation de l’épargne, branches islamiques du système bancaire, … qui au nom de l’Islam mobilisent une clientèle fidèle et nombreuse.

Cette conquête de l’économie, se double d’un foisonnement des associations religieuses socio-éducatives, piétistes et/ou caritatives.[[François Burgat Les refuges du politique Egypte 1990 Annuaire de l’Afrique du Nord Tome XXIX 1990 Ed CNRS]]

Ce phénomène, né en 1980, va se constituer dans les décennies qui suivent en un véritable tissu économique Frère occupant les espaces laissés vacants par un État en phase de dégraissage.[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

L’islamisation gagne tous les secteurs: négoce de vêtements islamiques, institutions financières islamiques, mais aussi action humanitaire, bienfaisance, financement d’écoles privées.[[Olivier Roy. Les trois âges de la révolution islamiste in Revue L’Histoire n° 281 novembre 2003 numéro consacré aux islamistes]]

Cette conquête de l’économie, a engendré des tensions au sein de la Confrérie et favorisé un certain divorce entre la cause politique des Frères et les intérêts économiques de ses représentants dans les milieux d’affaires. Tel est le cas de ces sociétés qui se lancent dans la construction frénétique de villages touristiques dans le Sinaï!

Les PME vont suivre la loi du marché et non plus les objectifs dictés par des stratégies de prédication, comme c’est le cas dans le monde de l’édition.[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

Le développement d’un capitalisme lié aux Frères a mis en veilleuse la question sociale. Si dans les années 1980, les islamistes (surtout les Chiites*) prétendaient défendre les intérêts des classes opprimées et prônaient une étatisation de l’économie, et une redistribution de la richesse[[Olivier Roy Révolution post-islamiste/ * Mohamed Baquer Assadr. Souratoun ‘an iqtisadi al moujtama’ al islami 10]], les Frères sont devenus adeptes du libéralisme et de l’anti-étatisme. Abandonnant le discours socialisant des islamistes traditionnels, ils considèrent que l’enrichissement personnel est légitime, si l’argent est «bien acquis» et s’il est purifié par l’impôt et l’aumône islamique. Un discours bien reçu par la petite bourgeoisie montante, qui a profité (en Egypte, en Turquie, en Iran, au Maroc) ou voudrait profiter (en Syrie, en Algérie) de la crise des grands systèmes monopolistiques d’Etat.[[Olivier Roy. Les trois âges de la révolution islamiste in Revue L’Histoire n° 281 novembre 2003]]

Ainsi, devenus conservateurs quant aux mœurs et libéraux quant à l’économie, les Frères musulmans ne sont plus porteurs d’un autre modèle économique ou social.[[Olivier Roy Révolution post-islamiste]]

Le culte de la richesse

Les Frères musulmans sont passés d’une vision austère de la religion à un culte effréné de la richesse. Si l’embourgeoisement d’une bonne partie de leurs cadres y est pour quelque chose, il y a également la quête de légitimation religieuse de la richesse de la part d’une partie de la bourgeoisie égyptienne. Le succès du prédicateur Amr Khaled en est la confirmation.

Avec un discours calqué sur celui des télé-évangélistes américains, cet homme est devenu le gourou des classes supérieures égyptiennes, celui qui leur permet de concilier leur mode de vie moderne et leur identité religieuse.[[Le Vif/L’express 5/9/2003 Tangi Salaün La bourgeoisie revient à l’Islam]]

Ses bonnes manières, son langage simple, la douceur de sa voix, son visage imberbe et sa tenue moderne et modeste contrastent avec les prédicateurs traditionnels. Maniant humour et sentimentalisme, il s’adresse à un public composé de jeunes branchés et de femmes de la moyenne bourgeoisie égyptienne. « C’est le cheikh de l’élite qui les rassure sur leur propre statut social et qui constitue une garantie qu’elles n’auront aucun contact avec les classes populaires ».

Et puisqu’il s’attache avant tout à ce que les riches n’aient pas de problèmes de conscience par rapport à leur richesse, les pauvres sont absents de son discours[[Amr Khaled, le gentil cheikh de la jeunesse dorée Issandr el-Amarani et Tjitske Holtrop Le Courrier international Hors-série politique : Islam, le terroriste, le despote et le démocrate juin-juillet 2003]]

Sa prédication se construit dans le cadre de la culture d’entreprise et de la réalisation de soi. Dans la droite ligne des pamphlets de psychologie de boulevard américain, il invite son public à réagir de manière individuelle en appliquant à soi-même les principes de la réussite et en fortifiant la confiance en soi.

C’est une prédication branchée et décomplexée dans son rapport à la richesse. Dès lors, l’ambition devient une preuve de l’amour de Dieu pour la personne ambitieuse et la richesse un moyen de faire aimer la religion. Dans un de ses prêches, il déclare : « Je veux être riche…Je veux avoir de l’argent et les meilleurs vêtements pour faire aimer aux gens la religion de Dieu »

Face aux critiques populaires, mettant en cause l’accumulation par les possédants des richesses durant l’infitah, le discours Frère fait de la richesse un moyen d’exceller en religion. Cette valorisation de la richesse, au nom de la religion, devient le leitmotiv de tous les ambitieux. Elle est justifiée comme une gratification divine : « La richesse est un cadeau du ciel et le musulman fortuné est le favori de Dieu » ou bien comme le véritable pouvoir : « Je veux avoir de l’argent, beaucoup d’argent, de l’argent ostentatoire. L’argent c’est le pouvoir » « Je veux être comme Othman ibn Affan ou Abdul Rahmân ibn Awf …Je veux être un grand homme d’affaires avec une énorme fortune, je veux influencer la société grâce à cette richesse, grâce à ce statut » parce que « les gens n’écoutent que les puissants…

La chose la plus importante c’est ton métier et tes revenus»[[Patrick Haenni et Husam Tammam « Penser dans l’au-delà de l’islamisme » Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée n°123-juillet 2008 mis en ligne le 12 décembre 2011]]

Ainsi de nouvelles dispositions se développent au sein des Frères, valorisant accumulation de richesse et distance sociale. Un proche connaisseur des Frères déclare :

« Les Frères ne parlent jamais de justice sociale ou de redistribution. Leur revendication est qu’ils doivent être riches pour être de bons islamistes»[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

sources nawaat.org

repris sur algerieinfos-saoudi.com


LA CONVERSION DES FRÈRES AU NÉO-LIBÉRALISME

(Partie II)

Ridha Khaled

11 avril 2013

nawaat.org

FM_islam1.jpg

Le culte de la richesse s’accompagne d’une apologie de l’individu face aux institutions et à l’Etat. C’est ce qui explique le succès de la culture managériale américaine au sein des Frères.

Le Management comme culture

La répression des années 90 renvoyait aux calendes grecques la prise de pouvoir islamiste. Par substitution au grand rêve islamique, une culture néo-libérale se diffuse parmi les Frères, axée sur le retrait de l’Etat, la valorisation du privé, une focalisation sur l’individu et une reprise des valeurs du monde de l’Entreprise. L’Occident, honni auparavant, devient la référence consacrant les valeurs individualistes: confort, hédonisme, bien être et consumérisme.

Avant les années 1980, le religieux, horizon exclusif de toute utopie, était appréhendé en termes de programme, et la Shari’a était sensée guérir tous les maux.

À la fin des années 1980, et en dépit de son ancrage clair dans la culture d’entreprise américaine, le concept de management connaît un grand succès.

Son introduction est le fait d’Etudiants islamistes en management, qui sont revenus des Etats Unis après la guerre du Koweït.

Prédicateurs et auteurs, ils tentent de mettre leur nouvel enseignement au service de la cause islamiste: accroître l’efficacité de leur organisation. On islamise le discours managérial dans les formes mais l’enseignement reste américain dans ses contenus.

Articulant islamisation, mondialisation et dépolitisation, le discours se fixe sur l’individu. Une pensée hybride où se croisent psychologie, pensée managériale et un discours sur les valeurs, connaît un essor éditorial. Confort spirituel et quête de bonheur deviennent les nouveaux idéaux. Certains martèlent qu’il n’y a plus «de conflit entre l’Occident et nous» et que le dialogue devient «une obligation humaine et un devoir religieux».

Le conflit n’est plus d’une civilisation contre une autre, il est réduit aux rapports entre individus: gestion des conflits d’opinions, maîtrise du stress et manière de devenir une personne à succès. Même la vie du Prophète est traitée dans cette optique!

D’autres, déçus de l’islamisme militant, valorisent le changement au détriment des permanences: «On dit toujours que l’Occident veut changer nos constantes. C’est faux, c’est nous qui en avons fait des constantes»

Le «travail islamique» est alors amputé de toute action collective et redéfini en termes de réalisation de soi: «L’objectif c’est l’individu». En adoptant la littérature managériale américaine, la mouvance islamiste quitte le politique, pour s’inscrire dans un discours individualiste et néo-libéral. Le bon musulman aujourd’hui, c’est le winner pieux.

Le succès de la culture de management, le repli sur l’individu, le consumérisme et l’ouverture sont le reflet des transformations de fond affectant la société égyptienne.

À l’idéal de justice sociale succède celui de la richesse vertueuse, le point d’imputation du religieux c’est désormais l’individu. «Il faut libérer la force de l’individu et en finir avec l’illusion des institutions (l’organisation des Frères musulmans)»

Le culte de l’individu et de l’argent remettent en cause le modèle d’austérité proposé par le Salafisme, et la «psychiatrie islamiste» s’emploie à balayer toutes les sources de frustration avec la volonté de construire un hédonisme islamique, où le souci moral ne signifie pas pour autant le refus des plaisirs. À des degrés divers, folie, chanson, art et humour sont intégrés dans l’imaginaire religieux, parfois dans les styles de prédication.

Et en lieu et place de l’austérité et de la sévérité islamiste anciennes, se hisse peu à peu le modèle de la famille conservatrice mais ouverte sur le monde.

La construction d’une alternative à l’hégémonie occidentale est abandonnée au profit d’une American way of life pieuse, dans le prolongement de l’individualisme libéral, véhiculé par le nouvel imaginaire religieux. La référence à l’islam n’est plus sollicitée dans un projet collectif parce qu’on s’en désintéresse et l’islam est réduit à l’état de contenant neutre.[[Patrick Haenni et Husam Tammam «Penser dans l’au-delà de l’islamisme» Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée

Patrick Haenni. Quand l’Islam s’approprie la pensée positive. Revue: Sciences humaines n°160 mai 2005]]

La traduction des textes fondateurs de la culture managériale américaine influencera en profondeur certains écrits clés des dirigeants des Frères durant les années 1990 et fera en sorte que la Confrérie adopte les fondements du Credo libéral, défendu par le régime.[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

La défense du néo-libéralisme

Depuis la fin du Nassérisme, une vision libérale s’est imposée au sein des cadres dirigeants de la Confrérie. Ils ont soutenu les politiques d’ouverture économique, la libéralisation des marchés et les plans d’ajustement structurel. Un lobby d’affaires se structure au sein du leadership des Frères. Ses positions traduisent l’affirmation d’un éthos capitaliste, et au sein de la strate des Frères intégrée au monde de l’entreprise et à ses valeurs.[[Idem]]

En 1997, les Frères ont approuvé la contre-réforme agraire, qui restitue aux anciens propriétaires les terres nationalisées sous Nasser, et le droit d’augmenter les baux et de renvoyer leurs fermiers.[[Olivier Roy Révolution post-islamiste]] S’appuyant sur le droit religieux, ils déclarèrent que grâce à cette mesure, typique des recettes du FMI, l’on «revenait ainsi à la loi de Dieu»!

Et lors du débat de 2006, ils n’ont émis aucune objection aux amendements consacrant le revirement vers l’économie capitaliste de marché.[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]
Durant les grèves ouvrières de 2005 et 2009, leur attitude a été des plus équivoques, appelant en 2009 à ne pas y participer.

En 2008 lors de la grande manifestation ouvrière de Mahalla, le député Frère de ce gouvernorat était lui-même un des propriétaires des usines où les ouvriers faisaient grève.[[Rapports entre mouvements islamistes, nationalistes et de gauche au Moyen-Orient arabe Nicolas Dot Pouillard publié in Etat des résistances dans le Sud-Monde arabe]]

Partisan du dégraissage de l’Etat au profit du secteur privé, le conseiller économique des Frères affirme qu’il faut «restructurer la main d’œuvre gouvernementale pour se développer. Le gouvernement peut fonctionner avec le tiers de ses employés et se passer des deux autres. Ainsi, on peut réduire les dépenses publiques et garantir un nombre élevé de main-d’œuvre pour le secteur privé»

Et lorsque les Frères évoquent le rôle social du capital, ils ne le font pas par souci de justice sociale, mais seulement dans une optique morale et religieuse. Pour eux, et dans une perspective néo-libérale, la sortie de la crise passe par un rééquilibrage des rapports entre l’Etat et la «communauté».

C’est ce qui motive leur appel à la privatisation des secteurs de la santé et de l’éducation (qui seraient pris en charge par les institutions musulmanes de charité) «On est en plein dans l’esprit du charity choice: incantations à la société civile, délégation du Welfare State aux pratiques de bienfaisance religieuse, plaidoyer pour un Etat minimum, privatisation des secteurs de la santé et de l’éducation»[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

Le bon vouloir caritatif, le mécénat et les œuvres de bienfaisance sont présentés comme une alternative au prélèvement obligatoire de la fiscalité.

Dans le droit fil de la conception paternaliste et moralisatrice, la vertu des hommes est sensée se substituer à la contrainte étatique pour assurer l’ordre public. La question sociale est ainsi posée en termes de morale et non de droits sociaux. La pauvreté ne doit pas être combattue par une lutte politique touchant la redistribution des richesses. C’est la générosité des riches qui réduit les effets de la pauvreté, ces riches sensés secourir les pauvres par obligation religieuse et par piétisme. Mais cette générosité est également perçue comme une alternative à l’interventionnisme étatique.

Ainsi une vision théologique de la société fait le jeu du libéralisme économique. La question sociale se trouve expulsée hors du politique. Elle devient tributaire de la vertu des hommes. En dépit de la paupérisation accrue de la population égyptienne, les Frères préfèrent viser l’étage supérieur et «remettre en place la classe moyenne»[[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

Et comme le constate Olivier Roy: «Les sociétés arabes restent plutôt conservatrices, les classes moyennes qui se sont développées à la suite des libéralisations économiques veulent la stabilité politique: elles protestent avant tout contre la nature prédatrice des dictatures» Ainsi, l’idéologie islamiste dans sa version néo-libérale s’accorde avec cette demande d’enrichissement dans la stabilité et le conservatisme.[[Olivier Roy. Révolution post-islamiste/ Les trois âges de la révolution islamiste L’Histoire 281 novembre 2003]]

Les Frères se désintéressent de plus en plus des aspirations des couches populaires car comme le disent Husam Tammam et Patrick Haenni: «La plèbe, non seulement les Frères n’en font pas partie, la Confrérie est peu implantée dans les quartiers pauvres et/ou ouvriers, mais en plus il existe à leur tête une classe d’affaire qui a largement bénéficié du libéralisme économique et qui pèse fortement sur leur vision socio-économique» [[www.religion.info Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

Les Frères et la classe ouvrière

Ce qui frappe dans la littérature des Frères, c’est l’absence remarquée de la classe ouvrière! Ce fait traduit à la fois une méfiance et un malaise à son égard. Cela est dû à plusieurs raisons, certaines sont théologiques et d’autres politiques.

Prisonniers d’une vision théologique héritée qui évacue les contradictions[[Le sunnisme aime à réunir les contraires : deux camps opposés sont jugés justes tous les deux.]] et qui a en horreur la division[[Une Oumma réunie derrière un despote vaut mieux qu’une Oumma divisée dirigée par des Justes.]], les Frères refusent tout clivage entre dominants et dominés. Ce refus les empêche de se positionner clairement dans les conflits sociaux qui traversent la société.

Idéalisant la communauté des croyants, une et indivisible, ils se placent délibérément en dehors des luttes sociales quitte à être en porte à faux avec la réalité concrète.

Par peur de la Fitna, ce désordre qui menace de dislocation le tissu social, ils voient dans les conflits sociaux des troubles nuisibles à l’unité des croyants et une menace contre l’idéal d’un Etat islamique fédérateur dans lequel règnent l’harmonie, l’ordre et la stabilité.

Leur vision corporatiste de la société ne peut intégrer l’idée de conflits d’intérêts entre dominants et dominés, c’est ce qui explique leur rejet des notions de lutte sociale et de lutte de classes. Leur anticommunisme viscéral[[Toute la littérature Frère est émaillée d’attaques contre le communisme.]] et leur hostilité à tout ce qui est en rapport avec la gauche et le socialisme, renforcent cette vision et les inclinent vers un libéralisme tempéré par des injonctions morales et religieuses.

Les rapports de travail sont abordés dans une optique paternaliste qui ne remet pas en cause la relation de subordination entre employeurs et employés. Le travailleur est traité comme un mineur qui a besoin d’être encadré, guidé et pris en charge par son patron.

La classe ouvrière est niée en tant que classe. Elle est divisée en une multitude d’individus ayant un rapport individuel avec le capitaliste.
Cette perception corporatiste ne fait qu’aggraver le décalage entre les Frères et la réalité sociale. D’autre part, elle tend à tracer un clivage au sein des Frères eux-mêmes, entre une ligne libérale dominante et une ligne sociale minoritaire.

Il faut dire que «depuis le début de l’aventure islamiste, la question sociale demeure largement à la périphérie des préoccupations des Frères. De rares livres lui sont consacrés (la justice sociale dans l’islam de Sayyid Qutb, le socialisme de l’Islam de Moustafa al Siba’i) et qui ont toujours été marginaux dans la littérature de la formation militante»[[www.religion.info. Les Frères musulmans égyptiens face à la question sociale : autopsie d’un malaise socio-économique Husam Tammam, Patrick Haenni Institut Religioscope. Etudes et analyses n°20 mai 2009]]

Quant au rapport de la Confrérie avec le monde ouvrier, il a été depuis le début empreint de méfiance. La Confrérie cherche avant tout à limiter l’audience de la Gauche, par l’encadrement de la classe ouvrière mobilisée par les syndicats hostiles aux Frères.

Même s’ils se montrent parfois solidaires avec les causes des grévistes, les Frères sont en général hostiles aux protestations ouvrières, perçues comme une source de troubles et considérées comme «contraires aux enseignements de l’Islam»

La grève est refusée par beaucoup de personnalités religieuses, déclarée illicite par certains au nom de la productivité de la «Oumma» ou par ces prédicateurs salafistes qui ont qualifié les ouvriers de semeurs de «fitna» ou de «kharijites».

Le monde ouvrier est traité comme un espace de prédication. Pour le vice-guide général des Frères: «L’objectif est l’encadrement des ouvriers, non pas celui des révoltes ouvrières»

Et si depuis l’an 2000, les Frères se lancent à la conquête des syndicats, ce n’est point pour remettre en cause le système social, ni pour prendre en charge la cause ouvrière.

Le but visé est de récupérer les ouvriers et de faire avorter les luttes syndicales.Pour les Frères, le syndicat doit être «l’instance de réconciliation des intérêts du capital et des ouvriers»[[Un leader ouvrier Frère confie que «pour nous instruire nous lisons la littérature de gauche … que nous approuvons largement» tout en rejetant la notion de conflit social qui précisément fonde la vision de la gauche!!!

www.religion.info Les Frères musulmans égyptiens face à la question sociale]] Alors, la seule manière d’être syndicaliste et islamiste passe par l’adoption d’une certaine forme de paternalisme, cherchant l’édification religieuse professionnelle des travailleurs et ensuite, la négociation de meilleures conditions de travail.

Mais l’exacerbation des conflits sociaux et les luttes communes avec les autres composantes de la classe ouvrière ont fait en sorte que les leaders syndicaux islamistes ont valorisé l’importance de la négociation sur les salaires, sur l’approche prédicatrice qui cherche moins à défendre qu’à éduquer les ouvriers.

Ce clivage est source de tensions au sein de la Confrérie où dominent le consensualisme et une vision corporatiste des rapports de travail, au grand regret de certains dirigeants ouvriers. Parce que ce qui inquiète les dirigeants c’est la perte de contrôle sur les couches populaires, la menace d’une révolte des affamés qui mettrait en cause le projet unificateur et stabilisateur de l’édification de l’Etat islamique. C’est l’ordre social qu’il importe de sauver.

Dès lors, la question sociale devient une préoccupation bourgeoise.

Dans leur programme économique, les Frères se montrent ambigus se contentant de généralités ou tenant un discours aux orientations contradictoires, allant du néo-libéralisme à des positions qui s’inscrivent dans le droit fil de l’héritage nassérien.

Et s’ils dénoncent certaines manifestations de corruption ou d’injustice sociale, c’est plus dans un souci de récupération du mécontentent social que d’une mise en cause du système.

Tiraillés entre un leadership acquis au libéralisme et une base affectée par la détérioration de sa condition sociale, les Frères préfèrent l’attentisme à la remise en cause d’un héritage idéologique qui les fait perdre jour après jour les causes du peuple.

Mais peut être que le ralliement au libéralisme leur ferait gagner la sympathie et la bienveillance des Grands Maîtres du Capitalisme international. Dans ce cas, que vaut le peuple?

sources: nawaat.org

repris sur le blog algerieinfos-saoudi.com


FM_islam1.jpg

LA CONVERSION DES FRÈRES AU NÉO-LIBÉRALISME

(Partie III)

[

Ridha Khaled

Enseignant – Belgique

16 avril 2013

nawaat.org

->http://nawaat.org/portail/2013/04/16/la-conversion-des-freres-au-neo-liberalisme-partie-iii/]

L’Idylle du Néolibéralisme et de l’islamisme

Le discours occidental sur l’Islam et les musulmans est déroutant par son inconstance. De religion permissive et libertine, au Moyen Age, l’Islam est devenu une religion récalcitrante au rationalisme durant la Renaissance et à l’aube des Temps modernes, puis fataliste, passive et fanatique pendant l’ère coloniale, et enfin terroriste et dogmatique ces dernières décennies!

Dans le domaine économique, et pendant les années de décolonisation, des «spécialistes» ont décrété l’incompatibilité de l’Islam avec le Capitalisme, thèse que Maxime Rodinson s’est employé à réfuter dans un ouvrage portant le même titre. Aujourd’hui, le libéralisme devient la panacée qui permet aux yeux de ses promoteurs de faire sortir l’Islamisme de son carcan fondamentaliste.

Pour Vali Nasr[[Meccanomics, The March of the New Muslim Middle Class. One World Publications, Oxford 2010. Vali Nasr est conseiller auprès de l’administration Obama]], après l’échec du sécularisme étatisant et du fondamentalisme contestataire, l’heure est aux «Meccanomics», la nouvelle classe moyenne portée sur l’entreprise.

«La promotion de la démocratie des pays musulmans doit se faire avant tout par le marché en favorisant l’émergence d’une classe moyenne forte»[[Monde musulman- La solution par le marché. Institut Religiscope 1 juin 2011]] Olivier Roy, dans sa «révolution post-islamiste» abonde dans le même sens affirmant que «L’embourgeoisement des islamistes est aussi un atout pour la démocratie…ou bien ils vont s’identifier au courant salafiste et conservateur traditionnels, ou bien ils vont devoir faire un effort de repenser leur conception des rapports entre la religion et la politique» On trouve même des affinités entre le droit musulman et le management néo-libéral! «Aujourd’hui dans un contexte néo-libéral, la privatisation de l’économie, des entreprises d’Etat, revêt souvent le visage du waqf». «Etant défiscalisé», il permet «l’accumulation primitive en échappant à la contrainte de l’impôt».

«En Turquie, une loi des années 1960 fait une synthèse entre le fiqh et le droit nord-américain de la fondation caritative» d’où «une prolifération de ces néo-waqf, y compris dans le secteur bancaire» «Si les acteurs musulmans se montrent très à l’aise dans le contexte néo-libéral actuel, c’est parce que le droit musulman leur donne des dispositifs institutionnels particulièrement adaptés aux règles du management néo-libéral»[[www.scienceshumaines.com Jean François Bayart « L’islam républicain, Ankara, Téhéran, Dakar » propos recueillis par Laurent testot]]

Voilà tout est dit! On ne sait par quel miracle, cette religion dont «l’hostilité à l’esprit capitaliste n’est pas seulement morale mais inscrite dans la loi»[[Jacques Austruy. L’Islam face au développement économique 52]] est passée au statut de religion en symbiose avec le néo-libéralisme!

Ce renversement trouve en partie son explication dans la conversion de l’islamisme politique au néolibéralisme: retrait de l’Etat, valorisation du privé, focalisation sur l’individu en lieu et place d’une réflexion sur la réforme des collectifs, reprise des valeurs du monde de l’entreprise…[[www.religions.info Hossam Tammam-Patrick Haenni. Les Frères musulmans égyptiens face à la question sociale]] Mais était-il un jour hostile au modèle économique libéral? Comme le fait remarquer Nicolas Dot Pouillard, dans le discours islamiste: «Les concepts de justice et de liberté ne sont pas couplés avec des questions économiques ou politiques, mais compris dans un cadre «anti-impérialiste»… La vision néo-libérale de certains islamistes, en premier lieu des Frères musulmans est fondamentalement antithétique avec ce qui est supposé constituer l’essence même d’une idéologie se réclamant de gauche»[[Rapports entre mouvements islamistes, nationalistes et de gauche au Moyen-Orient arabe]]

C’est l’hostilité aux idéologies de gauche qui constitue le dénominateur commun entre les Frères musulmans, le Hizb al Tahrir et la nébuleuse Salafi.

L’adhésion des Frères au Credo néo-libéral les met en porte à faux avec les revendications populaires qui constituent l’assise du «Printemps arabe».Comme le signale Patrick Haenni: «Ce n’est pas contre l’interventionnisme étatique» que les masses arabes se sont soulevées mais contre «l’autoritarisme et la paupérisation» «Le libéralisme est devenu de facto le seul véritable horizon des politiques économiques dans la région et la bonne gouvernance de l’AKP turc rappelle que l’islamisme sait très bien s’en accommoder… Les soulèvements consacrent l’échec même de ce libéralisme, et portent en eux une demande puissante de l’Etat-providence»[[Monde musulman- La solution par le marché. Institut Religiscope 1 juin 2011]]

Et par conséquent, à l’inverse des souhaits du Capitalisme local et international: «Les situations postrévolutionnaires ont remis la question sociale au cœur du politique» Ce constat évident n’empêche pas Edmund Phelps d’affirmer que: «Le système qui serait le plus approprié pour la Tunisie et l’Egypte est le capitalisme de base tel que l’ont développé la Grande-Bretagne et les Etats Unis au cours de la première moitié du 19ème siècle»![[Un capitalisme du 19ème siècle pour aider les révoltes arabes. Le Monde 25 mai 2011 Edmund Phelps est prix Nobel de l’économie 2006 !]]

C’est à dire de revivre dans les conditions de misère et de surexploitation qu’ont endurées les ouvriers à l’époque de l’accumulation primitive du Capital! Et de prôner aux puissances capitalistes de ne point intervenir par des subventions ou des investissements mais «que l’aide étrangère à la région soit de nature technique et qu’elle vise à éliminer les obstacles entravant l’accès aux emplois et aux carrières gratifiantes» Mais ceux qui ont donné leur vie pour que change la réalité ne vivaient pas dans les salons feutrés des congrès! Ils vivaient dans leur chair les conséquences de l’option néo-libérale!

Victoire inespérée et révoltes trahies

Sacrifiée par les politiques économiques des dictatures inféodées à l’Occident, la jeunesse arabe a été le moteur et la base des révoltes qui ont mis fin à l’immobilisme politique. Réclamant du travail, de la liberté et de la dignité, les jeunes ont réussi là où tous les partis d’opposition ont échoué, à commencer par les islamistes.

Pris de vitesse, ces derniers se sont montrés discrets, hésitants voire même opposés à ce mouvement populaire qui échappait à leur contrôle. Mouvement citoyen, sans direction ni programme ni idéologie, il a pu par sa spontanéité et sa témérité donner l’illusion de dépasser tous les anciens clivages, au point que certains l’ont qualifié de «révolution post-islamiste»
C’était aller vite en besogne! Les faits ont démontré que ces révoltes n’ont pas remodelé en profondeur les sociétés arabes ni les régimes politiques! Les élections pluralistes ont partout consacré la victoire des Islamistes, Frères musulmans et Salafistes confondus.

Ce ne sont pas les jeunes qui ont recueilli le fruit de leurs sacrifices, mais l’organisation de la Confrérie, soutenue médiatiquement et financièrement par les pétromonarchies.

Les changements opérés par les islamistes au pouvoir n’ont été que superficiels à l’intérieur et ont préservé, voire même resserré les liens avec les alliés des anciens dictateurs. Contrairement à la révolution iranienne, hormis les ministres, le personnel politique est resté pratiquement le même, ses membres ayant réussi à préserver leurs positions et pour certains à se recycler en «bons islamistes»

Au niveau économique et social, aucun changement n’a été réalisé par rapport à la situation précédente. Aucune transformation des structures économiques et sociales, aucun programme à caractère révolutionnaire et aucune mesure rompant avec l’ancien héritage n’ont été entamés Si parmi ses premières mesures, la révolution iranienne a entrepris la nationalisation des avoirs du Chah et de son entourage, rien de tel n’a été fait.

Les revendications des jeunes, à l’origine des révoltes, ont été sacrifiées pour d’autres problématiques, étrangères aux révoltes, tels la place de la Charia’, le port du voile intégral… Abandonnées à leur sort, les masses populaires continuent à souffrir dans leur quotidien. Bernés par un discours qui se présente comme le défenseur de la Foi et de l’identité, les partisans de la mouvance islamiste ne voient pas les disparités sociales honteuses, la misère quotidienne de millions de déshérités, les dettes externes qui s’accumulent et une dépendance économique qui érode la Souveraineté de leurs pays.

sources: nawaat.org

repris sur algerieinfos-saoudi.com



FAIRE TRIOMPHER UN ISLAM DES LUMIÈRES

pdf-3.jpg

LES MUSULMANS FACE À LEURS RESPONSABILITÉS

par Hocine Belalloufi

Algérie Confluences

le 28 mars 2013

La multiplication du nombre de prêcheurs et autres dispensateurs de fatwas à travers les chaînes de radio et de télévision ne risque-t-elle pas de pousser l’islam à l’implosion, chaque prédicateur prétendant, à l’exclusion de tous les autres et en contradiction avec la religion, détenir la vérité absolue et l’inculquer de gré ou de force à des croyants assimilés à un simple troupeau de brebis sommées de se soumettre sous peine d’être directement menées, sans autre forme de procès, à l’abattoir?

Le ton souvent guerrier et haineux de ces hommes dont certains n’hésitent pas à appeler au meurtre et leur inclination à orienter les préoccupations des croyants vers des futilités absurdes est-il innocent?

Pourquoi mettent-ils tant d’énergie à empêcher les croyants de réfléchir? Pourquoi opposent-ils de manière aussi caricaturale foi et raison?

Ne répondent-ils pas plutôt, à l’insu de celles et ceux à qui ils s’adressent quand ce n’est pas à leur propre insu, à un agenda politique tout ce qu’il y a de plus humain, terrestre et souvent même extérieur à Dar el Islam?

N’est-il pas temps que chaque musulman s’interroge sérieusement sur le degré de consistance de ces prêches et fatwas et qu’il apprenne à discerner par lui-même, au-delà des apparences de la rhétorique et de la logique formelle des discours dénotés, les intérêts bien terrestres qu’ils masquent et servent en même temps?

N’est-il pas urgent que les musulmans se rebellent contre la prétention inadmissible de ces hommes à détenir la vérité et à se placer en illégitimes intermédiaires entre Dieu et les croyants?

La situation est grave. Il devient urgent que les musulmans réconcilient foi et raison et s’opposent aux prêcheurs de la haine et autres dispensateurs de fatwas guerrières qui contribuent à former des militants islamistes qui propagent l’idée dangereuse selon laquelle l’islam ne peut être légitimement vécu s’il n’est pas érigé en Etat imposant à tous (croyants et non-croyants, musulmans et non-musulmans) un ordre social qu’ils conçoivent particulièrement réactionnaire et autoritaire.

Des musulmans vivant dans pratiquement toutes les contrées de la planète, une telle vision suppose de militer pour l’islamisation de l’espèce humaine, par le biais d’une daawa chargée de convertir ceux qui sont touchés par la grâce ou par la voie de la contrainte voire de la violence à l’égard des réfractaires. Les islamistes ne cachent pas leur projet d’instauration d’un califat mondial et militent activement pour le réaliser.

Cette vision d’une religion dominant l’ensemble de l’espace social mondial, propagée par les islamistes, n’est pas propre à l’islam. Les évangélistes chrétiens soutiennent une démarche identique.

Ce genre de dynamiques ne peut mener qu’à de nouvelles guerres mondiales de religion qui déboucheraient sur le règne de la barbarie.

Des prêcheurs au service de l’islamisme

En façonnant les esprits de personnes crédules car en situation de grande fragilité psychologique (adolescents, personnes en grande difficulté sociale…), ces prêcheurs forment des fanatiques prêts à tuer et se faire tuer (djihadistes) afin non de défendre l’islam et les musulmans mais d’imposer leur vision dogmatique et totalement réactionnaire du message religieux.

Des combattants qui se proclament eux-mêmes «soldats de Dieu» et qui finissent par liquider physiquement de grands penseurs musulmans comme Cheikh Ramadan El Bouti.

Ces prêcheurs ont inculqué l’idée qu’il est interdit de penser autrement qu’eux-mêmes. Ils développent au sein des peuples la passivité et la paresse intellectuelles, l’absence d’esprit critique… De telles « qualités » sont sources d’obéissance et de soumission, donc de conformisme absolu vis-à-vis de l’ordre politique théocratique nouveau propagé par les islamistes.

Cet aspect se trouve particulièrement renforcé lorsque, comme en Algérie, l’école ne joue plus son rôle de formation intellectuelle, n’inculque plus le goût du savoir et de la réflexion critique, ne développe plus chez l’enfant le sens de l’interrogation, l’acceptation de la multiplicité des points de vue…

Dans la plupart des pays arabes, la famille, l’école, les médias, les partis et associations conjuguent leurs efforts pour atrophier l’aptitude à la réflexion, donc au doute. La conjugaison de ces efforts a provoqué et continue de provoquer un désastre.

D’où le discours islamiste tire-t-il sa force?

La force actuelle du discours islamiste ne réside pas dans la justesse intrinsèque de son contenu, de ses thèses, mais dans la puissance politique – monarchies arabes du Golfe, Etats-Unis et Europe – et matérielle (finances, formation, soutien, aide militaire…) de la force sociale qui soutient ce courant politique: possédants (rentiers, propriétaires fonciers, gros commerçants, industriels…).

Le discours politico-idéologique islamiste est celui d’une contre-révolution culturelle accompagnant une contre-révolution politique toutes deux portées par une monarchie wahhabite soutenue par les Etats-Unis, l’UE et l’Iran du Shah (et en sous-main Israël) en vue de contrer tous les régimes progressistes (ceux de Nasser, Boumediene, Ali Salem El-Beidh, Kadhafi… puis du Front de la fermeté), les mouvements de libération nationale (OLP, Front Polisario…) soutenus à l’époque par l’URSS et la Chine.

Le courant islamiste obéit à un agenda politique et non à une volonté de redonner sa grandeur et son rayonnement à l’islam. Son but est politique et non spirituel. Ces prêches et fatwas remplissent actuellement plusieurs fonctions.

  • La première consiste à récupérer et dévoyer les processus révolutionnaires nationaux, démocratiques et sociaux intervenus dans certains pays arabes (Tunisie, Egypte, Yémen) afin d’empêcher d’authentiques forces démocratiques et de progrès d’accéder au pouvoir.

    Il s’agit de propulser les Frères musulmans aux affaires en vue de préserver le système régional de domination impérialiste qui assure le pillage des ressources pétrolières de la région au profit des grandes puissances du Nord (Etats-Unis, Europe, Japon), le maintien de la paix avec Israël, la poursuite de la stratégie d’encerclement et d’affaiblissement de l’Iran…
  • La seconde consiste à empêcher toute révolution populaire de venir menacer les régimes dictatoriaux amis. C’est notamment le cas du Bahreïn.
  • La troisième fonction est de contrer les alliés politiques de l’Iran (Syrie, Hezbollah) en utilisant et en exacerbant à souhait l’antagonisme sunnisme-chiisme.

L’éradication de la raison

Les prêcheurs islamistes agissent en vue d’asseoir l’influence prépondérante de la religion sur la culture. Toutes les idées sont ramenées à leur vision étriquée de la religion. Ils proclament que «tout est dans le Coran». Cela entraîne un appauvrissement considérable de la pensée. Il devient quasiment interdit de penser. La pensée (le doute, même raisonnable) est soupçonnée de mener à l’incroyance.

Une telle vision est porteuse de peur, d’autocensure, de refoulement. Elle prépare généralement le terrain à la dictature dont les partisans ont toujours défendu l’idée selon laquelle «chercher à comprendre, c’est commencer à désobéir»!

Leur refus de toute pensée autre que la leur équivaut ni plus ni moins, en vérité, au refus de toute pensée. On ne pense qu’autrement.

Les islamistes, dont les prêcheurs sont les propagandistes, entendent éradiquer la raison, toute raison.

Or, le monde musulman progressa lorsqu’il distingua soigneusement les différents niveaux de la vie sociale (gouvernement des hommes, prise en charge des âmes, production économique) ainsi que les différents domaines de la pensée qu’il développa tous de manière autonome: pensées religieuse, scientifique et technique, langue, philosophie, arts… Il atteint l’apogée de la civilisation mondiale ou, à tout le moins, occidentale (comparée à la Chine et l’Inde), lorsqu’il s’avéra capable d’apporter, en rupture avec le passé, des réponses innovantes aux problèmes surgis de l’essor d’une société en mouvement ascensionnel.

Il régressa en revanche lorsqu’il réduisit la pensée en général à la pensée religieuse. Cela représenta une atrophie de la pensée qui limita l’aptitude de la société à apporter des réponses rationnelles aux problèmes rencontrés. Le monde musulman cessa alors de rayonner au-delà de ses frontières comme il l’avait fait jusque-là. Il régressa dans tous les aspects de la pensée, y compris dans le domaine religieux, la spiritualité se trouvant totalement bloquée et déconnectée de l’évolution de la société.

Message qui propose ou discours qui s’impose?

Le monde musulman régressa également lorsqu’il réduisit l’islam à un discours qui s’impose au lieu de promouvoir un message qui propose.

Comme toutes les religions, l’islam peut conquérir des cœurs par la vertu de son message spirituel. Il se trouve en revanche en grand danger lorsqu’il substitue la force, la menace et la contrainte à la persuasion, à la démonstration et à la sensibilisation. Une religion qui ne trouve plus d’autre moyen que la force, la violence, le bourrage de crâne (par le biais de partis et associations islamistes, de télévisions, de l’école, de l’Etat…) et l’éradication de toute forme de pensée rationnelle pour se reproduire et se propager se trouve en réalité dans un état de grande faiblesse.

L’islam se trouve actuellement dans ce cas. Certes, la situation de déclin spirituel est conjoncturellement masquée par le fait que les Etats musulmans (Indonésie, Bengladesh, Pakistan, Nigéria, Egypte…) connaissent une forte démographie. Cela donne une idée trompeuse de la dynamique religieuse en laissant croire que le nombre croissant de musulmans provient de l’attractivité du discours religieux alors qu’il s’agit d’un effet quasi-mécanique découlant du fort taux de natalité. Tout nouveau-né est considéré d’office comme musulman. Mais on ne donne aucun chiffre sur ceux qui décrochent à un moment ou à un autre pour changer de religion ou devenir agnostiques voire non-croyants.

Se concentrant de manière obsessionnelle sur la question de la femme et sur la sexualité, les prêcheurs islamistes propagent une conception sclérosée du message religieux car non en rapport avec les conditions et les défis de la vie moderne.

Ils refusent toute idée de progrès, d’évolution de la société et travaillent en réalité à placer les populations qui leur accordent crédit en queue de peloton des nations et, surtout, en situation d’être dominées par les grandes puissances du Nord qui savent flatter les islamistes lorsque cela sert leurs intérêts.

Deux visions antagoniques de la religion

Afin de contrer le discours haineux et rétrograde des prêcheurs islamistes, il convient d’abord de réconcilier religion et raison.

La connaissance de la religion (doctrine théologique, histoire…) mise en avant par certains prêcheurs et autres élaborateurs de fatwas pour imposer leur domination aux simples croyants n’a jamais abouti à une vision et à des démarches unanimes des hommes de religion.

Qui croire alors? Sur quelle base choisir? L’unanimité de perception et d’interprétation est strictement impossible.

Les musulmans doivent imposer le droit à la pluralité des points de vue, à leur confrontation pacifique dans le respect des points de vue de chacun. Discussion collective et libre-arbitre peuvent aller de pair.

Il convient en second lieu de rappeler inlassablement qu’il n’existe nul clergé en Islam sunnite et en tirer toutes les conséquences. Les prêches et autres fatwas ne sont que des avis, des conseils.

Chaque croyant est comptable de ses actes car il dispose d’une conscience qui lui permet en dernière instance de discerner le bien du mal. Le rôle des religieux, comme de tout éducateur, est de donner les moyens intellectuels et moraux permettant à chaque personne (musulmane ou non, croyante ou non) de discerner par elle-même ce qui est bon, juste et profitable à toute l’espèce humaine et à son environnement.

Il faut également clarifier les objectifs des musulmans . S’agit-il de convertir de gré ou de force toute l’humanité et de persécuter ou de placer en situation de subalterne les non-musulmans? S’agit-il de tuer tous les non-croyants? S’agit-il de considérer les chiites comme des non-musulmans et de les traiter en conséquence?

Ne s’agit-il pas plutôt de proposer un message de foi doublé d’un appel à la raison, d’un message d’affirmation de sa religion et de respect des autres, de tous les autres, qu’ils soient chiites, ibadites, chrétiens, juifs, bouddhistes, hindouistes, animistes ou non-croyants?

Chaque musulman doit choisir aujourd’hui sa conception de la religion et agir pour qu’elle triomphe dans la société. Soit une conception guerrière, autoritaire, antidémocratique, réactionnaire, sexiste, basée sur l’obéissance aveugle à des prêcheurs qui s’autoproclament détenteurs exclusifs de la foi…

Soit une conception de paix, une conception démocratique, de progrès, d’échange, d’égalité entre les sexes, basée sur la recherche permanente de la vérité par le dialogue et la persuasion.

Ne pas ignorer les soubassements terrestres

Dans cette quête d’une conception apaisée de la vie religieuse dans laquelle le spirituel domine, il est nécessaire de saisir et de mettre en lumière les intérêts bien terrestres défendus par les uns et les autres. Le débat sur les différentes perceptions de l’islam n’est pas un débat purement intellectuel, purement spirituel et détaché des problèmes bassement terrestres. Les islamistes revendiquent d’ailleurs explicitement ce lien entre l’au-delà et le «delà».

Plusieurs décennies après l’apparition du courant islamiste, il apparaît de plus en plus clairement que ce courant se cache derrière la religion pour mieux imposer un ordre politique réactionnaire (ségrégation des sexes et des croyances…), dictatorial (absence de libertés démocratiques) et totalitaire (interdiction de penser différemment donc de penser, obligation de soumission et d’obéissance aveugle à des hommes qui n’ont strictement rien de plus que les autres).

Un ordre au service des possédants dont ce courant sacralise les biens. Un ordre au service des puissances du Nord (Etats-Unis, Union européenne, Japon) qui entendent poursuivre le pillage de nos contrées. Un ordre servi par leurs alliés dans la région: Israël, régimes arabes vassaux, courants réactionnaires islamistes (Djihadistes, Frères musulmans, Courant du futur libanais…) et chrétiens (Forces libanaises de Samir Geagea, Phalanges libanaises de la famille Gemayel…).

Le processus visant à faire triompher un islam des lumières sur la vision obscurantiste ne relève pas du pur débat académique, mais d’un combat politico-idéologique pour savoir quelle vision l’emportera, quelle vision conquerra l’hégémonie sur la communauté musulmane mondiale.

La confrontation spirituelle doit donc s’appuyer sur une force matérielle qui n’est rien d’autre que les forces sociales luttant aujourd’hui pour l’émancipation des peuples arabes – et plus globalement des peuples du Sud – de la domination impériale des grandes puissances du Nord.

Le combat contre la vision obscurantiste de l’islam prônée par les prêcheurs islamistes s’avère ainsi à la fois théologique, spirituelle, politique, économique et social.


LAICITÉ ET DÉBAT D’OPINIONS AUTOUR DE L’AFFAIRE DE LA CRECHE BABYLOUP

islamophobie-300x166.jpg

islamophobie-300x166.jpg

À mes camarades du Front de gauche :

cachez cet islam que je ne saurais voir…

[

27 Mars 2013

le blog de Madjid

->http://madjid.fr/?p=572]

En tant que citoyen, élu Front De Gauche, musulman d’apparence et athée, je vous devais, camarades, la sincérité. Je pensais que des responsables du Front de Gauche se seraient manifestés pour saluer la décision de la Cour de Cassation concernant la crèche Baby Loup. Beaucoup se sont manifestés, mais pour tenir le même discours que Marine Le Pen, Manuel Valls, ou Jean-François Copé. Tout ceci a de quoi interroger…

pdf-3.jpg

Nous avons un problème camarades. Je me demande encore comment lors de la campagne des présidentielles, il a été possible de célébrer la main sur le cœur la France métissée et le multiculturalisme et dans le même temps, s’aligner sur la droite et l’extrême droite pour bannir les musulmans des sphères publique et privée. Pour beaucoup, un musulman est forcément intégriste. Jamais un raccourci aussi insultant n’a été fait pour les catholiques ou les juifs.

Nous avons un problème, camarades. Vous n’êtes pas sans savoir que l’on parle de l’islam comme de la seconde religion de France. Vous n’êtes pas fan des religions ? Moi non plus. Est-ce à dire qu’il faut les combattre jusqu’à convertir tous les croyants en de parfaits agnostiques ou athées ? Ces personnes de confession musulmane ne vivent pas toutes en vase clos, enfin pas encore. A force de signifier aux musulmans que l’islam est incompatible avec la République, vous allez réussir à les exclure de la société. Comme si l’islam n’était pas déjà la cause de trop nombreuses discriminations, la gauche dite progressiste à décidé de bannir toute visibilité musulmane de notre vue. A rebours des évolutions de notre Nation.

Nous avons un problème camarades. Car de quoi parlons-nous? Du port du voile dans les services publics? Loupé. On parle du port du voile par certaines femmes qui travaillent dans le secteur privé, dans lequel jusque-là la loi de séparation des églises et de l’Etat ne s’applique pas. Logique. On parle donc de femmes, qui souvent travaillent avec des enfants en vue de les éduquer et les épanouir. Que vient donc faire l’islam dans cette histoire? Ces femmes dispensent-elles en cachette aux enfants des cours d’arabe ou de prière? Ces femmes appelleraient-elles ces enfants avec des prénoms musulmans? Pire, les obligeraient-elles à manger halal? C’est ridicule n’est-ce pas? Vous êtes en effet ridicules.

Nous avons un problème camarades. Il est inconséquent de dénoncer la montée de l’islamophobie et vouloir dans le même temps l’entretenir en signifiant plus particulièrement aux femmes qu’elles doivent choisir l’assimilation ou l’exclusion. Il est inacceptable de faire le lit de la droite et du FN en emboîtant le pas à celles et ceux qui voudraient voir disparaître l’islam du paysage sociétal. Vous incitez par ces positions, au repli communautaire et religieux que vous dites combattre. Est-il concevable de s’appeler Mohamed ou au hasard Madjid et être considéré comme étant pleinement français ? Vous développez, camarades, ce qu’on appelle communément le syndrome de l’exclu. Mais je vous l’annonce, les arabo-musulmans de ce pays n’ont plus vocation à être des victimes, il faudra compter avec. À leurs côtés. Ou pas.

Nous avons un problème camarades. La laïcité est trop souvent brandie comme un étendard pour mieux cacher une vraie détestation de l’islam. Or, le vivre ensemble c’est précisément accepter les religions tant qu’elles ne se font pas oppressantes et qu’elles ne demandent pas à régir la vie politique et publique. Quelles sont les revendications qui vous poussent à rejeter ainsi des millions de personnes de par leur foi? Allez-vous nous parler du halal à la cantine? Des piscines mixtes? Ces arguments repris par les Guéant et autre Hortefeux? Combien de cas? Combien? Oui, le dossier est vide.

Nous avons un problème camarades. En stigmatisant les musulmans dans leur ensemble, vous niez la réalité. Vous niez ces femmes et hommes musulmans qui tous les jours étudient sans combattre la mixité, et ce du lycée à l’université, sans faire montre de leur foi. En s’adaptant donc déjà à la société dans laquelle ils vivent et en y apportant leur contribution. Vous refusez d’admettre qu’on est plus intelligent quand on se mélange culturellement, y compris avec des musulmans. Il m’avait pourtant semblé que le Front de Gauche défendait plus que n’importe quelle autre famille politique, les quartiers populaires, dans toutes leurs diversités. À croire que beaucoup au Front de Gauche les ont désertés au point de les ignorer.

On ne lutte pas contre un prétendu obscurantisme en voulant imposer un autre obscurantisme bien réel celui-là: l’anticléricalisme primaire, sur lequel surfent les plus réactionnaires pour mieux exclure les musulmans de ce pays, étrangers ou français.

fdg.jpg
Parce-que tout l’arsenal répressif mis en place ne vise que les musulmans, je vous le dis : tout ça va laisser des traces, des traces indélébiles.

Vous avez un problème, camarades.

Source : Le blog de Madjid

Pour lire l »article, repris sur le site uam93, cliquez ici

========================

prg.jpg

Affaire Baby Loup :

position du PRG-93

Au delà de nos sensibilités et nos lectures politiques que l’on est légitimement fondé à appliquer à la compréhension des attendus de la loi de 1905 , nous tenons à rappeler à chacun qu’il s’agit là d’une décision de justice au terme d’un processus procédurier conforme aux lois de la République dont le respect de «l’autorité de la chose jugée » représente un impératif catégorique qui ne supporte aucune dérogation. C’est d’autant plus vrai que le processus de recours prévu par nos lois n’est pas encore épuisé.

Pour lire la suite cliquez ici

========================
iphobe.jpg

L’article sur

«Manuel Valls et sa cohorte d’islamophobes»

que le site du « Point » a censuré

Nous publions ici l’article sur «Manuel Valls et sa cohorte d’islamophobes» que le site du « Point » a censuré. Texte à charge de Sihem Souid, publié puis retiré le mercredi 20 mars du site LePoint.fr. Il est resté en ligne de 8 heures à 17 heures.

[

le 27 mars 2013

uam 93

->http://www.uam93.com/news/larticle-sur-l-manuel-valls-et-sa-cohorte-dislamophobes-r-que-le-site-du-l-point-r-a-censure.html]

Monsieur le Ministre de l’Intérieur, vous faites fausse route !

Le Point.fr – Publié le 20/03/2013 à 08:55

Sihem Souid considère qu’en remettant en cause la décision de justice dans l’affaire Baby-Loup Manuel Valls a rompu avec tous les usages.

Il y a des traditions républicaines que des républicains piétinent régulièrement. Nicolas Sarkozy avait donné l’exemple en distribuant les bons et les mauvais points aux juges, faisant fi de la séparation des pouvoirs. Manuel Valls – est-ce un hasard ? – marche dans ses pas. En remettant en cause une décision de justice, l’arrêt Baby-Loup pris par la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, le ministre de l’Intérieur rompt avec tous les usages. Quand la gauche crie avec les islamophobes, il n’y a plus de digues pour contenir les discours et les actes que les fonctionnaires qui dépendent de Valls ont le devoir de réprimer.

Laïcité? La belle affaire! Le locataire de la place Beauvau lui-même, comme son prédécesseur devenu président de la République, n’hésite pas à promener son Chalghoumi partout où il peut pour dire aux musulmans qu’il est leur représentant. Là également, le premier flic de France au menton prognathe oublie la séparation de l’État et de la mosquée. Exactement ainsi que le révèle le nègre et l’ancien bras droit du prétendu imam de Drancy, comme Nicolas Sarkozy a fait campagne dans les mosquées lors de la présidentielle de 2012 avec l’aide de Chalghoumi, toujours sous le coup d’une interdiction du territoire américain pour sa formation religieuse extrémiste, et du recteur de la Grande Mosquée de Paris.

La laïcité, nous dit a contrario la Cour de cassation, c’est la nounou qui l’a respectée et non la direction de la crèche soutenue par Manuel Valls et sa cohorte d’islamophobes, dont Jeannette Bougrab, l’ex-présidente de la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), qui règle ses problèmes psychologiques et identitaires personnels sur la place publique.

Monsieur le Ministre de l’Intérieur, vous faites fausse route, et comme on dit dans une maison que j’ai bien connue, force doit rester à la loi. Et il semble que dans votre département, l’Essonne, on en soit revenu aux attaques de diligence. C’est dire si vous avez du travail… On n’imagine pas Christiane Taubira, ministre de la Justice, commenter une décision du ministère de l’Intérieur.

[

Sihem Souid

Source : demainOnLine

->http://www.demainonline.com/2013/03/21/larticle-sur-manuel-valls-et-sa-cohorte-dislamophobes-que-le-site-du-p]


uam93.jpg

Une proche de Taubira dénonce «Valls et sa cohorte d’islamophobes»

«Le premier flic de France au menton prognathe», «Manuel Valls et sa cohorte d’islamophobes»: l’auteure du texte publié puis retiré mercredi 20 mars du site LePoint.fr ne mâche pas ses mots.

Sihem Souid réagit ainsi à la critique par le ministre de l’intérieur de la décision de la Cour de cassation sur l’affaire de la crèche Baby Loup. «Nicolas Sarkozy avait donné l’exemple en distribuant les bons et les mauvais points aux juges, faisant fi de la séparation des pouvoirs. Manuel Valls – est-ce un hasard? – marche dans ses pas», déplore l’ancienne adjointe de sécurité qui avait dénoncé, dans un livre très médiatisé, “Omerta dans la police” (2010), des faits de racisme et de discriminations au sein de la police aux frontières d’Orly.

Le problème, c’est que Sihem Souid, qui, depuis 2009, était adjointe administrative à la Préfecture de police, a été détachée au ministère de la justice il y a quelques semaines.

Cette proche de la garde des sceaux Christiane Taubira – elles ont participé ensemble à la campagne d’Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste – est chargée de mission au service de l’accès au droit et de l’aide aux victimes, Place Vendôme. «On n’imagine pas Christiane Taubira, ministre de la justice, commenter une décision du ministère de l’intérieur», conclut-elle son texte.

Charge contre Jeannette Bougrab

Et cela fait donc un peu désordre, à l’heure où les deux ministres affichent autant que faire se peut leur complicité… La tribune «Monsieur le ministre de l’intérieur, vous faites fausse route! » est restée en ligne de 8 heures à 17 heures. Elle a été twittée, retwittée, et, malgré son retrait, reste inscrite de manière indélébile dans la mémoire du Web.

Finalement, l’article a été supprimé, pas en raison du ministre de l’intérieur, mais à cause de la charge qu’il contient également contre l’ancienne patronne de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) d’avril à novembre 2010, Jeannette Bougrab. (…)

Sources: cliquez ici


GAMAL Al BANNA, PENSEUR DU CHANGEMENT SOCIAL ET D’UN NOUVEAU FIQH ISLAMIQUE

Gamal_Al-Banna.jpg

Gamal_Al-Banna.jpg

pdf-3.jpg

Tariq Ramadan :
Gamal Al-Banna, un penseur à contresens des Frères musulmans

Interview

Rédigé par Hanan Ben Rhouma

le 9 Mars 2013

Gamal Al-Banna

La mort de Gamal Al-Banna, survenue le 30 janvier au Caire à l’âge de 93 ans, n’a eu que très peu d’écho dans le monde, y compris musulman.

À l’opposé de son frère aîné, Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans, il s’est en effet très tôt démarqué dans ses positions vis-à-vis de sa famille et de la confrérie, en s’inscrivant dans une volonté de rompre avec les traditions conservatrices en vigueur en Egypte.

Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford dont Gamal Al-Banna n’est autre que son grand oncle, a bien souhaité nous livrer, en février, son témoignage afin de mettre en lumière la vie d’un homme qui ne cherchait pas à suivre le consensus des savants, quitte à être mis au ban du monde intellectuel musulman.

Saphirnews : On connaît très peu Gamal Al-Banna. Pouvez-nous dire déjà qui était-il?

Tariq Ramadan : Il est le plus jeune des frères Al-Banna. Ce qui est tout à fait particulier chez lui, c’est qu’il s’est très tôt distingué dans la famille par un formidable engagement intellectuel et une originalité car il ne suivait pas les traces, en terme d’engagement religieux, de son père qui était un imam et un savant.

Il s’est distingué assez tôt par un engagement à gauche, au côté des travailleurs, sur le terrain syndical. Il était plutôt intéressé par la pensée communiste et la lutte politique à l’époque, tout en ayant un respect extrêmement profond de la tradition musulmane et de son grand frère, dont il ne partageait pas ses idées mais pour lequel il avait travaillé.

Lorsqu’en 1946, Hassan Al-Banna lance son propre journal “Al-Shihab” (hebdomadaire, ndlr), il donne à son jeune frère le poste de rédacteur en chef, le charge de veiller à la ligne éditoriale de sa publication alors même que Gamal al-Banna ne partageait ni les idées de son frère, ni celles des Frères musulmans.

Gamal Al-Banna n’a donc jamais fait partie de la confrérie à un moment donné de sa vie?

Tariq Ramadan : Il n’a jamais été membre des Frères musulmans.

Dans quel courant de pensée s’inscrivait-il alors ?

Tariq Ramadan : C’était un penseur très à gauche, défenseur de la lutte ouvrière. D’une gauche influencée par les idées marxistes et les idées de résistance qui était très répandue dans les années 1940 et 1950.

Sans être pour le panarabisme, il était dans une logique de résistance de la classe ouvrière face à la colonisation, au pouvoir en place et, plus généralement, au système d’oppression de manière générale.

Était-il le seul dans la famille à avoir emprunté cette voie?

Tariq Ramadan : Il s’est clairement distingué de ce point de vue. Dans la famille, il y a eu des personnes qui avaient un engagement religieux plus ou moins important, alors que Gamal Al-Banna n’en avait pas à proprement parler.

Ce fut d’abord un penseur politique qui partageait avec son frère l’idée qu’il fallait libérer l’Egypte et les pays du Sud de l’emprise coloniale.

C’est une personne pour qui j’ai un très profond respect et que j’ai bien connu malgré l’exil de notre famille à l’étranger (Gamal Al-Banna a vécu presque toute sa vie en Egypte, ndlr).

À partir des années 1980, il a commencé à venir à Genève, chaque année, au “Bureau international du travail” parce qu’il avait fondé la “Confédération Islamique Internationale du Travail” (en 1981, elle n’existe plus, ndlr).

Il n’était pas opposé à la référence musulmane, au contraire, mais il était essentiellement préoccupé par les plus marginalisés et par les prolétaires.

Au fil des années qu’il a réconcilié cet engagement avec la référence musulmane.

Il est devenu un penseur de l’intérieur de la référence islamique durant le dernier tiers de sa vie essentiellement.

Vous diriez qu’auparavant il mettait une distance claire entre son engagement politique et la religion?

Tariq Ramadan : Son engagement politique n’avait pas d’abord de résonance musulmane: il ne voyait pas de contradiction mais ce n’était pas une priorité pour lui.

Quels rapports entretenaient-ils avec la confrérie et dans quelle mesure ces rapports ont influé sur ses relations avec son frère, le fondateur, et sa famille?

Tariq Ramadan : Ses relations avec son frère étaient très respectueuses. Gamal Al-Banna est bien plus jeune que son frère aîné puisque il avaient 14 ans de différence (Hassan est né en 1906, Gamal en 1920, ndlr). Lorsque Hassan Al-Banna est assassiné (en 1949, ndlr), il va garder très précieusement les correspondances de son frère avec son père, ses archives. Il en fera un livre. Il a toujours exprimé un très profond respect de l’homme, de son projet, de sa vision, de son ouverture, même s’il ne partageait pas son application concrète sur le terrain avec la confrérie.

Plus tard, il va se distancer beaucoup plus clairement des Frères, en particulier avec la prééminence qu’aura dans les années 1960 la pensée de Saïd Qutb. Il était plus proche de ceux qui suivaient la tradition des Al-Banna dans l’éducation des masses.

Dans les années 1980, Gamal Al-Banna écrira un livre qui va tendre les rapports, et qui resteront tendues jusqu’à la fin: “Madha ba’da al-Ikhwan?”, littéralement «Quoi donc après les Frères musulmans?».

Il s’interrogeait sur ce qui devait leur succéder sur le plan idéologique et politique. En l’occurrence, il estimait que les Frères devaient être dépassés, et au fond disparaître pour ne pas avoir su évoluer. Un avis qui va refroidir jusqu’à la fin les relations avec la confrérie. Il restera distant et critique à l’encontre de l’organisation en tant que telle et il a très tôt posé de vraies questions, fondamentales, et que trop de personnes ont disqualifiées à cause de positions religieuses qui avaient suscité la polémique.

Qu’est-ce que Gamal Al-Banna critiquait au sein de la confrérie?

Tariq Ramadan : D’un point de vue interne, sa structure et sa hiérarchie. Ensuite, selon lui, ils n’allaient pas suffisamment loin dans la réforme de la pensée.

Il leur a aussi reproché de s’être embourgeoisés. Autant la première vague des Frères musulmans était plutôt proche de la théologie de la libération, ce qui était, d’une certaine façon, proche de sa pensée puisque la théologie de la libération est une référence religieuse lue à travers le prisme du marxisme privilégiant l’angle des pauvres et des exploités.

Hassan Al-Banna s’en rapprochait par sa proximité du peuple et sa lecture des textes appelant à la résistance multidimensionnelle dès les années 1930 et 1940, sans aucune référence marxiste néanmoins. Selon lui, le mouvement a trahi cet héritage et s’est embourgeoisé.

Enfin, sa critique de leur acceptation de l’ordre capitaliste, qui n’existait point initialement, sera extrêmement ferme.

Il n’a jamais cessé d’être critique de l’organisation mais cela s’est renforcé dès les années 1980. En fait, plus il s’engageait avec une parole musulmane, plus il marquait sa différence avec les Frères.

On le présente justement comme un réformiste mais en Occident, on réduit souvent sa pensée à des avis, des «fatwas», sur le voile qu’il ne voit pas comme une obligation, sur la femme qui peut se marier avec des non musulmans… Pouvez-vous approfondir sa pensée?

Tariq Ramadan : Évidemment, il est devenu populaire en Occident à partir du moment où il a donné ces avis, qui n’étaient pas des fatwas en l’occurrence. Il n’a jamais exprimé, il le disait lui-même, que ses opinions.

Il pensa les termes et les modalités d’un «fiqh nouveau», il a écrit “Nahwa fiqhin jadid” : Vers un nouveau droit et jurisprudence, mais il ne se considérait pas comme un faqih, un spécialiste du droit et de la jurisprudence.

Il avait quelques opinions juridiques très controversées et certaines étaient très bien accueillies en Occident: l’idée que le foulard effectivement n’était pas une obligation, qu’il doit y avoir une séparation claire entre l’État et la religion, qu’on doit permettre aux jeunes filles et aux jeunes hommes d’avoir des relations affectives avant le mariage… Cela a provoqué de belles polémiques, c’est vrai.

Ce sont pourtant des épiphénomènes, si je puis dire: nous pouvons ne pas être d’accord avec certaines opinions mais la pensée de l’homme était autrement plus profonde et complexe.

C’était un penseur du changement social qui insistait énormément sur la mobilisation pour les plus pauvres et les plus marginalisés, l’éducation, l’accès au travail…

C’est un homme qui n’a été reconnu que ces 20 dernières années mais qui, pendant près de 60 ans, vivait dans une bibliothèque pleine d’archives incroyables.

C’était une personne qui écrivait énormément, une véritable horloge avec une force de travail absolument phénoménale, très discipliné avec lui-même.

Il était extrêmement brillant et ouvert intellectuellement: j’ai passé des heures avec lui à discuter, j’étais jeune, il m’enseigna les clivages politiques, les priorités de l’engagement social et politique.

Il me conseilla des lectures et m’a soutenu jusqu’au bout avec ses derniers conseils.

Il ne s’est jamais compromis politiquement comme certains de ces penseurs musulmans dits «progressistes», qui ont été «progressistes» à la mesure de leur besoin de reconnaissance intellectuelle, académique, politique ou idéologique.

Il est resté cohérent et sans compromis et ses opinions religieuses étaient le produit d’une pensée sincère et non de calculs politiques.

Il avait des avis qui pouvaient être discutés, et discutables…il en discutait.

Mais ce qui est le plus important chez Gamal Al-Banna, c’est sa profonde honnêteté intellectuelle et sa capacité à poser les bonnes questions sur la tradition musulmane, sur le fiqh.

Dans le débat, ses réponses controversées ont occulté l’importance de ses questions critiques et si bienvenues. La profondeur des questions qu’il posait sur nos lectures des textes, la société contemporaine, la corruption, les pauvres, le racisme, le statut des femmes… sont des questions fondamentales et qui doivent être entendues.

Des questionnements que vous-même partagez?

Tariq Ramadan : Je partage ses questions et son positionnement critique et ouvert. Je ne partage pas toutes ses réponses bien entendu, mais je ne suis pas sûr non plus de toutes mes réponses. Je peux être critique avec certains de ses avis mais j’ai toujours été attentif à ses avis, ses prises de position. C’était un homme qu’on ne pouvait qu’aimer, une intelligence de cœur et d’esprit. Un homme courageux, simple, accessible. J’ai beaucoup appris de sa rigueur intellectuelle et de sa générosité.

Il répétait souvent que ce qui est sacré, pour nous (musulmans), est le Coran, que la tradition du Prophète Muhammad est seconde et que les opinions des savants dans l’Histoire ne sont pas sacrées: ce sont des opinions parmi d’autres qu’il faut étudier et critiquer, évaluer et contester si besoin est. (Gamal Al-Banna a contesté l’authenticité de très nombreux hadiths, récits rapportés du Prophète, au cours de sa vie et a appelé à maintes reprises les musulmans à privilégier le Coran et la raison pour se forger leur opinion, ndlr). Sur ces points, je partage sa position.

Avait-il crée son propre courant?

Tariq Ramadan : Non, Gamal Al-Banna était un penseur solitaire.

Il avait crée son mouvement ouvrier (“Confédération Islamique Internationale du Travail”, ndlr) mais du point de vue islamique, il était isolé pendant 30 ans.

Par la suite, des gens se sont intéressés à lui, notamment parce qu’il était le frère de Hassan Al-Banna et qu’il avait des opinions qui n’étaient pas communes. Il n’était pas très écouté quand il disait qu’on se trompait sur Hassan al-Banna en Occident. Il essayait de faire en sorte qu’on ait une autre opinion de la personne de son frère qui fut méconnu selon lui, même des Frères musulmans.

Quel impact avait-il dans le monde arabe?

Tariq Ramadan : Il n’a pas eu tellement d’impact mais il était apprécié, connu, et d’aucuns, dans le monde arabe, y trouvaient de l’intérêt. Les savants musulmans et les mouvements religieux ne le reconnaissaient pas comme une référence. Rarement, on entendait une personne ressortir un avis de Gamal Al-Banna. Il commençait à être connu en Egypte grâce à son émission régulière à la télévision. Les institutions musulmanes ne l’ont jamais considéré.

Quel était son rapport avec le pouvoir politique, avant et après l’ère Moubarak? N’a-t-il eu aucun rôle lors de sa chute?

Tariq Ramadan : Il était loin du pouvoir et toujours critique. Il n’a pas joué de rôle direct mais il a fortement soutenu la jeunesse malgré son âge et son état de faiblesse.

Après l’accession au pouvoir des Frères en 2012, quelle fut sa réaction?

Tariq Ramadan : Il avait suggéré aux Frères musulmans de ne pas participé aux élections et de se tenir loin du pouvoir. Une position que nous partagions sans nous être concertés sur ce point précis.

Que retiendrez-vous de lui ?

Tariq Ramadan : Sa formidable générosité, sa discipline personnelle, sa capacité intellectuelle. Sa capacité de travail phénoménale. Il était toujours à l’écoute, il avait très bon cœur et une grande ouverture d’esprit.

Je relève sa volonté de renouveler le droit et la jurisprudence et le principe me paraît indiscutable: ses opinions lui appartiennent, elles ne feront sans doute pas date, mais sa volonté de renouveler la pensée islamique est primordiale.

Il mérite d’être lu. Quand il sera davantage lu et mieux compris, on relèvera enfin la pertinence de ses questions. Je prépare d’ailleurs un texte en sa mémoire: un penseur libre qui n’a jamais trahi sa pensée, ses principes et son engagement.

Quel est le livre justement le plus important qu’il ait écrit de sa vie?

Tariq Ramadan : Ils sont très nombreux et sur de nombreux sujets.

Du point de vue de la pensée religieuse, celui que j’apprécie est celui que j’ai cité auparavant “Nahwa fiqhin jadîd.”


CONSTANTINE – 18 AU 21 DÉCEMBRE: « SOUFISME ET THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION »

cnrpah_logo_site.jpg

cnrpah_logo_site.jpg

COLLOQUE ANNONCÉ SUR LE SITE DU CNRPAH

[

Soufisme et théologie de la libération

Neuvième édition du colloque international sur le soufisme

Constantine, du 18 au 21 décembre 2012

->http://www.cnrpah.org/index.php/c5/44-soufisme9]

[

Argumentaire et Résumés des communications (PDF)

http://www.cnrpah.org/data/50/col03/abstract.pdf

->http://www.cnrpah.org/data/50/col03/abstract.pdf]

[

Programme

http://www.cnrpah.org/data/50/col04/programme.pdf

->http://www.cnrpah.org/data/50/col04/programme.pdf]


pdf_img2353right-doc2352-4.jpg

affiche_s2012_soufisme.jpg

SOUFISME ET THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION EN DÉBAT À CONSTANTINEM.B – “Bouillon de culture” – “Reporters” – le 13 décembre 2012.

La neuvième édition du colloque «Les routes de la foi» se tiendra à Constantine du 18 au 21 décembre. Cette année, les communications seront axées sur le thème «Soufisme et théologie de la libération». Des chercheurs venus d’une trentaine de pays se succèderont durant 4 jours pour explorer cette thématique à cheval entre le spirituel et le politique. Quel rapport entre l’ancestrale voie spirituelle de l’islam qu’est le soufisme et le courant chrétien, né durant les années 1960 en Amérique latine et empreint d’idées de gauche, qu’est la théologie de la libération ? L’interrogation peut sembler légitime à la lecture du titre de ce colloque organisé sous la coordination scientifi que de Dr Zaïm Khenchelaoui. Ce dernier explique justement que le rapport est dans l’esprit non dans la lettre : «C’est aux pauvres, exclus, opprimés et aux vulnérables que la théologie de la libération tend à rendre espoir et dignité. Donner la parole à ceux qui n’en ont pas, tel est le devoir missionnaire du fakir dévoué au sacerdoce et au témoignage. Le soufisme en tant que vecteur de valeurs de justice, d’égalité et de charité se veut naturellement solidaire d’une telle praxis métaphysique œuvrant pour le droit des peuples à l’indépendance, à la liberté et à l’autodétermination ainsi qu’à l’abjuration du colonialisme et de ses valeurs inhumaines». Loin du cliché de l’ermite soufi retiré du monde, cette manifestation mettra en avant les implications politiques de la spiritualité du soufisme. Les incontournables figures de la résistance algérienne au colonialisme français que sont l’Emir Abdel-Kader et Cheikh Aheddad (chef spirituel de la tariqa rahmaniyya) seront évidemment évoquées ; le résistant marocain Cheikh Mohamed ben Tayeb Chaoui El-Bouazzaoui ou le précurseur de la lutte palestinienne pour la libération, Azeddine Al Qassam, seront également au programme des conférences. La pensée du «cheikh el-akbar» (plus grand maître) Mohieddine Ibn Arabi sera par ailleurs interrogée dans sa portée politique et morale sur les questions d’actualité comme la citoyenneté et la démocratie.

Des chercheurs issus de divers pays (dont la Russie, la Turquie, l’Iran, l’Inde, le Pakistan, la Syrie, la Palestine, le Yémen, la France, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la Bulgarie, l’Azerbaïdjan, l’Egypte, le Maroc, la Tunisie et le Sénégal se réuniront pour concevoir le soufisme en rapport avec l’actualité brûlante du monde sur des questions comme la place de la femme dans la société, le patriotisme, les droits de l’homme, la mondialisation ou l’environnement…

Le Dr Zaïm Khenchelaoui résume l’état d’esprit du colloque comme «une halte de savoir, de réflexion et de méditation en cette période trouble de bouleversements planétaires, de crises financières, de guerres de religion, d’instabilité politique, de crise de la foi, d’excommunication, d’apostasie et d’effusion de sang innocent». Il ajoute que cette manifestation «tend à rétablir, à la faveur de la «Vérité perdue», cet équilibre éthique et philosophique qui est la Loi suprême du monde, celle de la rectitude et du juste milieu». Organisé par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) sous la direction de Slimane Hachi et le patronage de Madame Khalida Toumi, ministre de la Culture, le colloque «Soufisme et théologie de la libération» s’étalera sur quatre jours du mardi 18 au vendredi 21 décembre.

M. B.

Reporters, le 13 décembre 2012


ALAIN SORAL ÉGRATIGNE TARIQ RAMADAN

soral.jpg

Cette polémique contribue à éclairer une question majeure: quelle est
la pierre de touche qui permet d’évaluer de la façon la plus fiable
la validité des projets de société préconisés par les uns ou les
autres dans leurs analyses, prêches et plates-formes ?

Le critère le
plus pertinent n’est pas dans les références idéologiques affichées et
sacralisées, qu’elles soient à point de départ religieux ou profane.

La ligne de partage véritable est dans l’existence, l’absence ou
l’ambigüité des orientations démocratiques et sociales dans les actes
et les engagements réels de ceux qui défendent leurs projets de
société idéale dans l’arène politique.

JUGER AUX ACTES reste le
meilleur fil conducteur pour tous ceux qui aspirent à la liberté, à la
paix, à la justice et la solidarité sociales, à la fraternité humaine
sur la planète.

oumma.com

le 13. septembre 2012

La polémique entre Alain Soral et Tariq Ramadan se poursuit sur le net. Depuis le 15 janvier 2012, Tariq Ramadan est devenu à Doha le directeur du «Centre de recherche pour la législation islamique et l’éthique»,totalement financé par la monarchie du Qatar.

Sans faire le procès de T. Ramadan, force est de constater que l’éthique musulmane (un des objectifs de ce centre de recherche) est très éloignée de cette monarchie du Golfe, véritable dictature où l’on peut être condamné pour blasphème (peine de 100 coups de fouet, lire rapport Amnesty International), sans compter l’arrestation et torture des opposants.

Temple du consumérisme et du luxe, adepte du libéralisme économique, le Qatar réserve par ailleurs un sort effroyable aux immigrés originaires d’Asie du Sud et du Sud-Est. « Les travailleurs étrangers, qui constituaient plus de 80 % de la population du Qatar, continuaient d’être exposés aux abus et à l’exploitation de la part de leurs employeurs. Ils ne bénéficiaient toujours pas d’une protection juridique satisfaisante. Les employées de maison étrangères risquaient tout particulièrement d’être exploitées et maltraitées, et notamment d’être battues ou violées, entre autres violences sexuelles » selon Amnesty International.

Hébergeant une base militaire américaine colossale sur son sol, cette monarchie archaïque jouit d’une excellente image en Occident grâce à ses gazo-dollars. Ce sont ces caractéristiques de la monarchie du Qatar que l’essayiste à succès Alain Soral (son dernier ouvrage Comprendre l’empire s’est vendu à plus de 40 000 exemplaires) pointe du doigt dans ses traditionnels entretiens mensuels suivis par un très nombreux public sur le net.

Dans son intervention diffusée le 11 septembre 2012, Alain Soral interpelle l’islamologue suisse en ces termes: «Être religieux en dernier instance, c’est prouver qu’on craint Dieu dans ses actes. Et que Personne après ça ne vienne me donner de leçons de théologie authentique. Et je peux même poser la question en annexe. Comment Ramadan fait-il aujourd’hui pour accepter l’argent des Qataris? S’il est capable de comprendre ce qui se joue en ce moment, notamment en écoutant un grand théologien musulman qui est Cheikh Imran Hosein (…) J’ai un très grand respect pourCheikh Imran Hosein, j’en ai un peu moins pour Tariq Ramadan (…) je pense qu’il a été séduit, je pense malheureusement que le diable qui existe et les envoyés du diable lui ont chanté une chanson aux oreilles qui a un peu perturbé sa saine compréhension de la religion du Dieu unique.»

Le passage en question sur Tariq Ramadan dans son intégralité

est accessible en cliquant ici…soral.jpg.

Fethi Benslama « Abattre un régime injuste est un début, cela ne fait pas la justice »

pdf_img2353right-doc2352-4.jpg
Psychanalyste (*), Fethi Benslama est aussi un fin connaisseur du monde arabe et de l’islam. Défenseur de la laïcité, militant de l’« égaliberté », il revient sur les contradictions qui travaillent la Tunisie, un an et demi après la chute du tyran Ben Ali

Publié sur Humanite (http://www.humanite.fr), 22 juin 2012

Où en est-on du «processus» du soulèvement tunisien ? Que reste-t-il de la révolution, depuis que les islamistes d’Ennahdha ont remporté les élections ?

Fethi Benslama. Nous sommes dans un moment difficile et paradoxal, où le péril et ce qui sauve coexistent. La crainte et l’espérance sont en prise. Le soulèvement a permis la libération de la dictature, mais la libération n’est pas la liberté. Abattre un régime injuste ne fait pas la justice. Il faut construire les conditions durables de la liberté et de la justice. Et là le processus de transition se heurte à des intérêts divergeant avec la visée de la révolution, à une volonté d’appropriation, souvent d’ailleurs au nom de la révolution à laquelle on veut mettre fin.

La situation s’est progressivement tendue en Tunisie, il y a une accélération au cours des dernières semaines vers une confrontation lourde de conséquences. Il est clair maintenant que le parti Ennahdha, d’orientation islamiste, ainsi que le gouvernement qui en est majoritairement l’émanation veulent exercer un pouvoir hégémonique et changer la société tunisienne selon leur conception religieuse. Ils rencontrent une résistance très forte de la part de la société civile tunisienne, de l’opposition républicaine du centre et de la gauche, du puissant syndicat tunisien l’UGTT, de la presse et des élites intellectuelles.

Ennahdha a fait croire au cours des dernières années qu’il avait changé, qu’il était devenu un parti démocrate d’inspiration islamique. Or, les actes et les discours démontrent le contraire. Les élections du 23 octobre 2011, où il a obtenu la majorité à l’Assemblée constituante (40 % des sièges), avec seulement 20 % des électeurs à cause de l’éparpillement des voix de la gauche dans des centaines de listes, l’ont grisé. Nous avons vu progressivement ressortir les vieux réflexes que l’on croyait abandonnés.

Il y a donc un danger en Tunisie de se retrouver avec un régime pire que le précédent, mais la vitalité de la résistance est telle qu’elle fait reculer chaque fois le pouvoir islamiste. La récente affaire du Printemps des arts est un exemple parmi bien d’autres de la persistance d’un atavisme menaçant pour les libertés. Ennahdha s’est joint aux mouvements salafistes pour accuser des artistes d’outrage au sacré et déclencher une campagne de menaces et d’intimidations inacceptable.

Rached Ghannouchi, le président de ce parti, a même appelé à une manifestation de colère avec les extrémistes, qui aurait pu provoquer de graves troubles. Le prétexte en était, entre autres, un tableau qui s’avère être au Sénégal et non exposé à Tunis ! Par la suite, il a fait machine arrière et a annulé la manifestation devant les risques de violence. Les Tunisiens, en résistant, font l’expérience réelle d’une démocratie naissante qui n’a pas été octroyée une fois pour toutes, mais qui résulte d’un combat quotidien. C’est impressionnant ce que les femmes et les hommes font aujourd’hui pour défendre la possibilité ouverte par la révolution et s’en montrer dignes. C’est en ce sens que je peux user de la fameuse expression d’Hölderlin : «Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.»

Le pouvoir islamiste ne semble pas en mesure de redresser le pays et de répondre aux aspirations économiques et sociales des classes défavorisés, à cause de son incompétence, de son idéologie libérale, et du retour des automatismes identitaires de l’islamisme. Il manipule ceux qu’on appelle les salafistes, dont une partie constitue sa base, pour faire régner une atmosphère d’intimidation et de peur. Il s’empare de tous les leviers du pouvoir dans la haute administration en y plaçant son personnel, sans se soucier de son aptitude à en assumer les tâches.

En un mot, l’hypothèse d’un islamisme qui se recycle dans les responsabilités est mise en doute pour le moment.

Dans votre essai, Soudain la révolution ! (1), vous faites remarquer que l’idéologie islamiste brillait par son absence au déclenchement 
du soulèvement…

Fethi Benslama. C’est exact, pendant le soulèvement les islamistes étaient absents, aucune revendication de type identitaire ou religieux n’est apparue. Souvenons-nous que les trois mots récurrents des insurgés étaient «travail, liberté, dignité» , c’est ce qui a marqué par la suite tous les soulèvements dans le monde arabe. Je persiste à penser que la demande fondamentale des peuples concerne les droits politiques et socio-économiques. Les motifs identitaires sont devenus secondaires.

Mais comment expliquer, 
alors, la victoire électorale des islamiste?

Fethi Benslama. La raison essentielle de cette victoire tient à l’implantation ancienne du mouvement Ennahda dans les espaces où vivent les populations défavorisées qui n’ont pas profité des effets de la croissance économique de la Tunisie au cours des quinze dernières années. Les islamistes sont apparus du fait de cette proximité, de la répression qu’ils ont subie et des valeurs morales opposées à la corruption qu’ils clamaient comme les plus aptes à réaliser le droit d’avoir des droits.

Les islamistes ont été choisis, majoritairement, comme moyens, et non aux fins d’imposer leur idéologie. Lors des élections, si je ne savais pas qui était exactement ce parti, j’aurais pu voter pour lui. Dans ses tracts, il n’y avait aucun point qui se rapportait à l’idéologie islamiste. C’était le programme d’un parti de gauche ou du centre-gauche dont la laïcité allait de soi. Dans le discours des leaders, l’islam apparaissait comme un supplément d’âme compatible avec la démocratie. Il y a eu un déguisement très habile. Face à lui, la gauche était dispersée entre des centaines de listes, prise dans la bêtise de la lutte «du narcissisme des petites différences», mal implantée localement ; ses leaders, très instruits, avaient les manières d’acteurs appartenant à une démocratie vieille de deux cents ans, la Suède par exemple !

Dans votre Déclaration d’insoumission 
à l’usage des musulmans et de ceux 
qui ne le sont pas (2), vous expliquez que 
le paradigme identitaire de l’islamisme s’est développé à l’aune d’une modernité «qui a ignoré son sujet». Qu’entendez-vous par là ?

Fethi Benslama. Les pays du monde arabe sont entrés dans la modernité vers le milieu du XIXe siècle. N’oublions pas, d’ailleurs, qu’à la fin des années 1970, les mouvements politiques dominants dans cette région sont des partis de gauche, laïques, et même marxistes pour certains. Les pays du monde arabe ont tout pris de la modernité, sauf ce que j’appelle la «révolution subjective». Je veux dire que les grandes idées de la modernité n’ont pas affecté en profondeur le sujet de la tradition, elles l’ont ébranlé sans le transformer. La transformation passe par une modification des rapports de pouvoir qui n’a pas eu lieu. Pas seulement le pouvoir politique dans la cité, où les Arabes ont vécu sous le règne de tyrannies terribles, mais le pouvoir domestique, le pouvoir sur le sexe et les relations de genre. Bref, le patriarcat a subsisté, sauf dans quelques pays, comme la Tunisie. Ce qui a manqué, c’est la relève de l’ancien sujet, assujetti à la tradition, la relève du sujet en citoyen, selon le principe de «l’égaliberté», pour parler comme Étienne Balibar.

L’ébranlement sans la possibilité d’une telle relève du sujet a conduit à l’impasse, et a ouvert à la prolifération de l’idéologie islamiste, qui proposait une issue par le ciel.

Revenons sur votre approche de l’islam. 
Que pensez-vous de l’expression «islam modéré», qui réapparaît fréquemment 
dans le débat public  ?

Fethi Benslama. Pour moi, parler d’islam «modéré» ne veut pas dire grand-chose. Il y a des musulmans démocrates et d’autres qui ne le sont pas. Les musulmans d’aujourd’hui veulent majoritairement les inventions politiques de l’Occident, sans parler des inventions scientifiques et techniques, cela va de soi, mais considèrent en même temps que l’Occident a échoué spirituellement. C’est une discussion de fond qu’on ne peut déplier ici. Ils pensent aussi qu’il y a des forces hégémoniques en Occident qui veulent convertir au «Même» toute l’humanité, et les musulmans au premier chef. C’est pourquoi ils veulent associer à l’invention politique leur propre identité spirituelle, en pensant que ça peut marcher ensemble. Je fais là une synthèse, et je parle de l’islam comme si c’était un bloc homogène. Il faudrait entrer dans les détails et dans le jeu des différences sur le fond et sur la forme. Disons simplement que ce que je viens d’indiquer est une tendance axiale qui n’est pas près d’être modifiée. Que chacun en prenne la mesure.

Dans votre Déclaration d’insoumission, 
vous proposez de distinguer l’islam 
comme fait religieux et l’Islam, avec 
une majuscule, comme civilisation. 
Pouvez-vous développer ?

Fethi Benslama. La base de la civilisation, dans l’ensemble de l’humanité, est religieuse. Mais ce que les hommes ont produit sur cette base dépasse le fait religieux. Non seulement leurs créations le dépassent, mais bien souvent elles lui opposent des contre-pouvoirs. C’est ainsi qu’ont pu se développer des arts, des littératures, des philosophies affranchis de la religion. Je m’attache à le montrer particulièrement pour l’Islam. Je dirais même que ce qui a été fait de mieux dans l’Islam relève de la résistance à la religion. Prenons le cas d’Averroès (philosophe arabe du XIIe siècle – NDLR), dans son fameux Traité décisif. Sous les dehors d’une tentative de conciliation de la religion et de la philosophie (la logique), il soumettait la première à la seconde. Ce qui fait problème, ce n’est pas la religion en soi, mais l’appropriation du politique par les religieux. À la limite, je dirais que l’islam n’est pas le problème, on y trouve le pire et le meilleur, comme dans toutes les grandes constructions, mais ce sont les musulmans qui doivent faire des choix dans un vaste héritage. Qu’est-ce qu’ils gardent, que doivent-ils abandonner, quels compromis ? Voilà la grande affaire des vivants à l’égard des morts. Le deuil dans les civilisations est un enjeu considérable.

La distinction que vous faites entre islam 
et Islam ne risque-t-elle pas d’être elle-même instrumentalisée ? La France a déjà été confrontée, au-delà de la question de l’islam, à ce problème d’associations cultuelles tentant de se faire passer pour culturelles afin d’obtenir des aides publiques et contourner ainsi la laïcité.

Fethi Benslama. Un glissement est en effet toujours possible. Pour obtenir la paix dans les banlieues difficiles, certains acteurs politiques sont tentés de fermer les yeux, de faire du clientélisme. Je crois qu’il n’y a pas de solution toute faite pour éviter de telles dérives. Un pragmatisme orienté par un républicanisme démocratique résolu est de bon aloi. Il ne faut pas perdre de vue que les dérives ont pour toile de fond des contextes sociaux très difficiles, qui réclament des réponses sociales énergiques. Au-delà, c’est à la société civile de se mobiliser, aux associations de résister. En Tunisie, si Ennahdha a dû récemment renoncer à inscrire la charia dans la Constitution, c’est uniquement parce que les progressistes tunisiens ont manifesté sans relâche. Ce n’est absolument pas un geste des islamistes, une concession de leur part, comme on peut le lire ou l’entendre ici et là. Ce genre de lecture minimise à la fois le mérite des laïques et la dangerosité des islamistes déguisés en démocrates.

Vous rappelez dans Soudain la révolution ! que l’un des slogans brandis au moment de la chute de Ben Ali, était « game over » (« partie terminée »). Vous considérez que cela témoigne d’un nouveau rapport au politique. N’est-ce pas surtout l’indice d’une inscription dans la vision classique de la démocratie libérale, qui tend à rabattre le politique sur le marché, celui-ci étant effectivement conçu comme un jeu, avec des concurrents à éliminer ? Un jeu fort peu ludique pour ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre . ..

Fethi Benslama. Vous avez raison. Le mot «jeu» en français est ambigu. Il faudrait pouvoir user de la distinction anglaise entre «play» qui désigne le jeu libre et «game» qui se réfère au jeu avec des règles et un tiers arbitral.

Le capitalisme s’est radicalisé au cours des dernières décennies en substituant au «game» un «play» sans limites.

Il y a derrière le «game over» brandi par les manifestants tunisiens l’idée de passer de la dictature qui impose un jeu réglementé jusqu’à l’abus, à un jeu ouvert mais avec des règles.

L’islamisme veut les deux à la fois : la contrainte politique et morale et le libéralisme économique. Le marché mondialisé peut s’en accommoder parfaitement. C’est même un idéal pour lui, car dans les démocraties occidentales, il est obligé à certaines concessions coûteuses pour lui. Ah, s’il pouvait s’en passer ! Mais il le fait de plus en plus, à travers l’invention d’une forme perverse de la démocratie. C’est ce qui règne aujourd’hui.

Ce qui me frappe à travers la crise actuelle, c’est l’émergence d’un nombre important de pervers économico-narcissiques, des prédateurs qui utilisent la démocratie pour détruire la vie sociale de millions d’êtres 
humains, en toute impunité.

Bien plus, avec les encouragements des élites d’État.

(*) Fethi Benslama dirige l’UFR d’études psychanalytiques de l’université Paris-Diderot.

(1) Soudain la révolution ! éditions Denoël, 2011, 10 euros.

(2) Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas, 2005, rééditée en 2011 
chez Flammarion, collection Champs, 5 euros.

Entretien réalisé par 
Laurent Etre