QUEL AVENIR POUR L’ALGÉRIE? “L’EXPLOSION OU L’OUVERTURE“

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Entretien.

par Abdou Semmar

ALGERIE FOCUS

le 7 octobre 2015

Chercheur et diplômé en droit et en histoire des universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris 2 Panthéon-Assas, Massensen Cherbi poursuit actuellement des études doctorales dans ces deux disciplines. Ses thèmes de recherche sont centrés sur l’Afrique du Nord. Il à son actif plusieurs communications faites dans de nombreuses écoles supérieures en France comme l’École des hautes études en sciences sociales (ou EHESS) et la Sorbonne. Il a animé également des tables-rondes à l’Hôtel de ville de Paris et publie régulièrement des articles dans les colonnes de la presse française afin d’y décrypter l’actualité algérienne et maghrébine. Dans cet entretien accordé à Algérie-Focus, il analyse les récentes évolutions politiques et économiques en Algérie et leur impact sur la société algérienne. Il nous parle aussi de son livre universitaire intitulé Algérie qui vient de paraître aux éditions De Boeck Supérieur (Albin Michel), dans la collection Monde arabe-Monde musulman dirigée par Mathieu Guidère, islamologue, professeur à l’Université de Toulouse 2.

Propos recueillis par Abdou Semmar

Algérie Focus: En tant que chercheur en droit et en histoire, quel est votre regard sur l’évolution actuelle de l’Algérie qui connaît de nombreux bouleversements politiques et économiques ? Selon vous, l’Algérie, fermée et sécuritocratique, pourra-t-elle devenir un pays ouvert, démocratique et tourné vers le développement?

Massensen Cherbi: Force est de constater que malgré un retour relatif à la sécurité depuis une quinzaine d’années, rien n’est allé dans le sens ni d’une ouverture économique ni d’une ouverture politique du pays. C’est ainsi qu’après avoir engrangé près de 600 milliards de dollars entre 2000 et 2012, l’économie algérienne reste toujours aussi dépendante des hydrocarbures, tout comme elle reste, en comparaison de la Tunisie et du Maroc, le pays le moins attractif en matière d’investissements étrangers, et même le moins incitatif en matière d’investissements nationaux comme le démontrent les différents blocages opposés à l’industriel Issad Rebrab. Notons cependant que la chute du prix des hydrocarbures depuis un an pourrait s’avérer une chance pour le pays, tout comme après le contre-choc pétrolier de 1986 elle avait conduit à l’ouverture démocratique et économique de l’Algérie. Dans l’absolu, le quasi-monopole du secteur des hydrocarbures sur les exportations algériennes n’est pas une fatalité, comme le prouve l’exemple indonésien évoqué par le politologue Mohammed Hachemaoui, alors que la démocratie n’est pas incompatible avec l’Algérie, ce que démontre l’exemple actuel du voisin tunisien, de même que l’ancrage ancien d’une certaine forme de démocratie endogène avec les tajma‘at-s/djamâ‘a-s – ou assemblées communautaires –, ainsi que le rappelait déjà Ferhat Abbas dans son indépendance confisquée en 1984. Reste donc à savoir si le régime en place pourrait s’ouvrir grâce à un Gorbatchev algérien, ou s’il va au contraire exploser avec des conséquences qui pourraient, au regard du passé du pays et du voisinage libyen, s’avérer très violentes, tant ce régime n’a cessé de déconsidérer et de diviser toute opposition crédible à même de lui succéder.

Vous venez de publier un livre intitulé Algérie, aux éditions De Boeck Supérieur. Il s’agit d’une introduction universitaire sur le pays en 144 pages. Qu’est-ce que vous y apportez de nouveau sur l’Algérie ? Qu’y avez-vous tenté de prouver?

Ce livre offre tout d’abord une synthèse pédagogique sur le pays en direction de ceux qui voudraient le découvrir ou le redécouvrir. On y trouve ainsi quantité de références universitaires de base, ainsi qu’un grand nombre d’auteurs clés à même de permettre au lecteur d’approfondir tous les sujets abordés dans les cinq chapitres du livre : Histoire/Géographie, Population, Politique, Economie et Culture/Société. Les richesses historiques et culturelles de l’Algérie y sont tout particulièrement mises en lumière, démontrant ainsi que le pays n’était pas une terra nullius avant 1830, lors de la colonisation française, c’est-à-dire un territoire dépourvu d’organisations politiques et de traditions endogènes. Plusieurs définitions clés sont présentées dans le livre afin de favoriser une meilleure compréhension du pays comme la ‘asabiyyad’Ibn Khaldûn, les élections à la Naegelen ou le dutch disease.

Parmi les originalités de ce manuel, j’ai beaucoup insisté sur les bouleversements violents et les ruptures profondes connus par la société algérienne durant l’époque coloniale et après l’indépendance, afin d’expliquer certains problèmes de l’Algérie actuelle qui singularisent très nettement le pays par rapport à ses voisins maghrébins, notamment en abordant la question du « déracinement » traitée par les sociologues Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad dans un ouvrage incontournable du même nom paru en 1964. J’ai, par ailleurs, expliqué l’absence de « printemps » algérien en 2011 par l’avortement en janvier 1992 de l’ouverture démocratique débutée en 1989, la Décennie noire des années 1990, la redistribution clientélaire du revenu des hydrocarbures depuis les années 2000, ainsi qu’une relative liberté d’expression héritée des réformes qui ont suivi octobre 1988. Alors que les trois premières causes suscitées ont clairement participé à désintéresser les Algériens de la politique, la dernière est paradoxalement allée elle aussi dans ce sens, puisque si les Algériens expriment régulièrement leurs revendications par des grèves ou des manifestations, c’est presque toujours sur des sujets particuliers (augmentation des salaires, redistribution de logements, gaz de schiste…), alors que les mouvements qui contestent plus spécifiquement le régime sont inaudibles, pas seulement parce qu’ils sont étouffés par les forces de l’ordre, mais aussi parce qu’il existe une réelle dépolitisation de la société algérienne. Le livre revient également sur plusieurs sujets assez méconnus comme celui de l’arabisation du pays. C’est ainsi que le slogan repris par plusieurs politiques : « Nous sommes des Amazighs arabisés par l’islam » est historiquement faux et simpliste, puisque les Indonésiens et les Turcs, bien qu’islamisés, n’ont pas été arabisés, alors qu’au XIIe siècle les Almohades avaient fait du berbère une langue institutionnelle et sacrée au Maghreb, jusqu’à lui donner une sorte de préséance sur l’arabe selon le médiéviste Mehdi Ghouirgate, et qu’encore au XVIe siècle le sultan de Tlemcen pouvait s’exprimer en tamazight d’après le linguiste René Basset. Cette question est donc beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît au premier abord.

Vous avez affirmé qu’”on ne parle généralement de ce pays que lorsqu’un attentat y a été perpétré ou qu’un terroriste en est originaire”. Pourquoi selon vous, l’Algérie fait l’objet d’autant de clichés négatifs et réducteurs?

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette image désastreuse qui colle tant à l’Algérie. Notons qu’à la différence du Maroc, le pays n’entretient pas de véritable politique de soft power à même de promouvoir sa richesse culturelle à l’étranger, celle-ci étant d’ailleurs bien souvent méconnue des Algériens eux-mêmes. Cela pourrait s’expliquer par le syndrome hollandais dont souffre le pays en raison des forts revenus qu’il tire de l’exploitation des hydrocarbures, mais force est de constater que les pays du Golfe avec les mêmes richesses ont réussi à promouvoir leur image au-delà de leurs frontières. Il faut alors rappeler le passif de pays fermé hérité des premières décennies « socialistes » de l’indépendance et inconnu des pays du Golfe. Le pays reste d’ailleurs toujours fermé, puisqu’il n’y a pratiquement pas de tourisme en Algérie, excepté pour les affaires, et qu’il n’y a même pas, à la différence notable du Maroc, de véritable politique vis-à-vis de la diaspora, celle-ci étant presque totalement ignorée par les autorités algériennes. Evoquons aussi un certain ressentiment dans quelques milieux vieillissant de l’Hexagone restés nostalgiques de l’Algérie française, lesquels voient dans chaque tragédie qui secoue le pays un alibi pour réitérer leurs prises de position passées, alors qu’ils sont paradoxalement beaucoup plus indulgents vis-à-vis d’autres pays de la région dans des cas, pourtant, similaires. Enfin, on ne peut passer sous silence une certaine incompétence des gouvernants locaux. Ces derniers souffrent, par ailleurs, d’un manque de légitimité politique, alors que l’impunité dont ils jouissent, malgré leurs frasques, ne cessent d’être toujours plus connue du grand public, ce qui ne participe évidemment pas à améliorer l’image du pays.

Dans votre livre, vous avez, semble-t-il, établi une relation entre la mise en place du régime militaire algérien et l’assassinat du politique Abane Ramdane en 1957. Quelle est la relation exacte entre ces deux traumatismes de l’histoire algérienne?

L’assassinat d’Abane Ramdane a effectivement marqué un tournant dans la Guerre d’Algérie en consacrant l’échec du Congrès de la Soummam à imposer la primauté du politique sur le militaire. Il y eut d’abord la montée en puissance de Krim Belkacem, Lakhdar Ben Tobbal et Abdelhafid Boussouf, à l’origine de la mort d’Abane Ramdane, puis, à la défaveur des « 3 B », la montée en puissance de l’Etat-major général (EMG) du colonel Boumédiène contre le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA). Ce que je veux dire par là, c’est que l’Algérie n’a jamais été gouvernée comme dans les pays de l’Est par un parti unique ou hégémonique, en l’occurrence le Front de libération nationale (FLN), mais par une caste de militaires qui s’est servie de ce parti comme d’un paravent afin de gouverner le pays. Comme tout le monde le sait, ça n’a jamais été au sein du comité central du FLN qu’ont été prises les grandes décisions de l’Algérie indépendante. On se souvient d’ailleurs de l’effacement de l’ex-parti unique dans les années 1990, ce qui n’a pas changé d’un iota la nature profonde du régime. Quant à Abdelaziz Bouteflika, s’il est en effet arrivé en 1999 à la présidence du pays en tant que civil et qu’à cette fonction il a vu progressivement disparaître ou démissionner les principaux généraux qui l’avaient intronisé, le cas récent du général Mohamed Mediène étant le plus emblématique, il faut néanmoins rappeler que ce civil doit toute sa carrière au colonel Boumédiène et qu’il s’inscrit à ce titre dans la continuité, malgré des guerres de clans intestines, du régime militaire qui s’est mis en place au courant de l’été 1962.

Vous avez aussi abordé les oppositions entre l’islam traditionnel, maraboutique et confrérique, et l’islam réformiste. Comment analysez-vous concrètement ces oppositions?

Ces oppositions sont apparues au début du XXe siècle en Algérie avec l’avènement depuis le Moyen-Orient de l’islâh – la réforme – et son opposition aux « innovations blâmables » de l’islam traditionnel maghrébin. C’est ainsi qu’assez rapidement après la fondation de l’Association des Oulémas en 1931, le courant maraboutique et confrérique qui y était représenté en a été exclu, suscitant à cette occasion de fortes dissensions au sein de la société algérienne. Si les zaouïas avaient joué un rôle majeur dans la résistance à la domination ottomane et à la colonisation française – pensez à l’insurrection de 1871 et au rôle joué par la Rahmâniya à cette époque –, l’islam maraboutique et confrérique fut néanmoins accusé d’avoir été instrumentalisé ensuite par les autorités coloniales. C’est ainsi qu’après l’indépendance, cet islam fut fustigé par le nouveau régime en place, alors que l’islam réformiste était promu, malgré la mise à l’écart des Oulémas, tardivement agrégés au mouvement nationaliste et opposés au « socialisme » des années 1960/1970. Cependant, avec l’avènement de l’islamisme politique dans les années 1980, après une période de relative sécularisation de la société algérienne, depuis « réenchantée du monde », le président Chadli fit marche arrière en 1991 avec la création de l’Association nationale des zaouïas, réhabilitant en quelque sorte l’islam traditionnel afin de contrer les islamistes. Cette politique a été considérablement accrue sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika en permettant à ce dernier de s’assurer, par le biais d’un islam confrérique désormais promu, des réseaux de clientélisme, phénomène étudié par Mohammed Hachemaoui.

Vous avez abordé l’histoire de l’Algérie dans plusieurs de vos chapitres. Mais, les jeunes algériens ne semblent pas avoir une grande connaissance de l’histoire millénaire de leur pays. A quoi cela est-il dû selon vous?

Il faut tout d’abord rappeler qu’il existait déjà dans la société algérienne et maghrébine traditionnelle une rupture très forte entre le passé antique et le passé islamique. La première période avait ainsi été totalement oubliée, faisant dire à l’historien Yves Modéran que les connaisseurs de l’Antiquité nord-africaine ressentent un « choc brutal » à la lecture des textes médiévaux sur le Maghreb, et ce alors même qu’en comparaison les Perses, bien qu’islamisés, avaient conservé une certaine mémoire de leur passé antique durant la période musulmane. Il est ensuite nécessaire d’évoquer la crise au sein du nationalisme algérien de 1948-1949 où s’est posée la question de savoir si l’Algérie était arabo-islamique, selon la définition de Messali Hadj, ou si elle était algérienne. Comme vous le savez, la seconde option issue d’une motion de Rachid Ali Yahia n’a pas été retenue et les tenants de l’Algérie algérienne ont été écartés du mouvement « nationaliste », voire assassinés. Cet épisode est essentiel pour comprendre une certaine schizophrénie identitaire dans l’Algérie post-indépendante. En effet, nonobstant l’oubli ou la minoration du passé antique du pays, le fait de retenir essentiellement le passé « arabo-islamique » dans la définition de la nation algérienne a conduit à des absurdités historiques. Il faut ainsi avoir en tête que la domination arabe des Omeyyades sur le Maghreb-central n’a duré qu’à peine un demi-siècle, alors que la région a été gouvernée par des dynasties berbères pendant près de six siècles, sans compter trois siècles de présence ottomane.

Si des évolutions récentes ont été signalées dans la thèse de l’historienne Lydia Aït Saadi, notamment depuis l’introduction de l’amazighité dans la Constitution, force est cependant de constater qu’elles restent très largement insuffisantes. Ainsi dans l’éducation nationale où la littérature algérienne, ou relative au pays, est minorée – qui connaît par exemple en Algérie l’histoire de Massinissa et de Sophonisbe ? –, alors qu’elle est étudiée et célébrée ailleurs dans le monde. Prenez encore les études de droit, alors qu’en Europe on enseigne aux étudiants des matières qui leur permettent d’appréhender, à titre de culture générale, quel était le droit appliqué autrefois dans leurs pays, rien de tel en Algérie. C’est ainsi que le droit coutumier, qui était majoritairement appliqué dans les régions rurales du pays avant 1830, est à peine évoqué, si ce n’est totalement ignoré au profit de la seule charia, alors que l’on dispose à ce sujet d’une documentation considérable pour l’Algérie et le Maroc. Pensons aussi au cas du patrimoine matériel de l’Algérie, les vieilles médinas souffrent en effet d’un manque d’entretien manifeste, alors que le prix exorbitant de la nouvelle grande mosquée « bling-bling » d’Alger, actuellement en cours d’édification, suffirait à lui seul à toutes les restaurer en réhabilitant par là même ces architectures vernaculaires dont les Algériens sont aujourd’hui privés. Quant à l’histoire de l’Algérie depuis le coup de force de l’été 1962, son enseignement est évidemment un sujet tabou en raison de ce qu’il pointerait les origines et le défaut de légitimité du pouvoir en place.

Naguère, l’Algérie était un pays pluriel culturellement et ouvert à l’autre. Ne ressentez-vous pas qu’aujourd’hui elle est devenue un pays renfermé sur lui-même et malade de l’intolérance religieuse ? Quel est votre regard sur cette question?

L’Algérie n’est pas un pays renfermé sur lui-même, culturellement parlant, puisque bien souvent les Algériens s’ignorent eux-mêmes, jusqu’à devenir des étrangers dans leur propre pays. On peut même dire que l’Algérie est « fermée » et non pas « renfermée » sur elle-même, puisqu’elle est presque uniquement ouverte sur le Moyen-Orient ou l’Europe. Prenez la question linguistique : l’école algérienne n’enseigne pratiquement pas les langues du pays. Pour le tamazight, le linguiste Salem Chaker notait qu’en 2013 son enseignement ne touchait que 3% des élèves algériens, alors que vous connaissez le tabou et les tensions qui entourent l’enseignement de la derja, c’est-à-dire de l’arabe algérien et maghrébin. Cette absence des langues algériennes à l’école favorise chez l’élève l’apprentissage de la haine de soi. Celui-ci intègre en effet depuis son plus jeune âge que les langues parlées dans son pays sont méprisables, puisqu’elles ne sont pas dignes d’être enseignées, tout comme la culture algérienne et nord-africaine qu’elles véhiculent. Un Algérois deviendra ainsi, par le biais de l’école, plus proche culturellement d’un Irakien ou d’un Soudanais que de sa grand-mère kabyle, chénouie ou mozabite, si ce n’est des Banû Mazghanna du Moyen-Age ou de Buluggîn fils de Zîrî, le fondateur de Dzayer au Xe siècle qui ne parlait probablement que le berbère d’après le médiéviste Lucien Golvin. Quant au tabou qui entoure l’usage de la langue française, le livre souligne qu’avant 1830 les Algériens avaient déjà intégré dans leurs langues l’usage de mots occidentaux issus de la lingua franca. Tout cela pour dire qu’une identité ne peut pas être figée, surtout sur des fondements historiquement inexacts, mais qu’elle est nécessairement vivante et qu’elle peut-être plurielle sans être conflictuelle, loin des idéologies sources d’identités meurtrières, pour reprendre un titre fameux d’Amin Maalouf. Prenez l’exemple de la wilaya de Tizi-Ouzou. Celle-ci enregistre chaque année les meilleurs taux de réussite au baccalauréat, dont les épreuves se déroulent en arabe classique, alors qu’il s’agit de la wilaya la plus berbérophone du pays, en même temps que la plus militante quant à la question de tamazight, ainsi que celle où la langue française, ce « butin de guerre » selon l’expression bien connue de l’écrivain Kateb Yacine, est sans doute aujourd’hui la mieux maîtrisée du pays. A titre de comparaison, on aura beaucoup de mal à comprendre pourquoi un Etat majoritairement musulman comme le Pakistan n’a aucun complexe vis-à-vis de ses langues nationales ou de l’anglais, alors que l’Algérie en aurait un vis-à-vis du berbère, de la derja et du français. Notons enfin que c’est la derja qui est la langue officielle de Malte, tout comme le tamazight possède ce statut aux côtés de l’arabe au Maroc.

En ce qui concerne la religion, le livre rappelle que l’émir Abd el-Kader avait sauvé à l’aide des Maghrébins de Damas, les chrétiens syriens d’un massacre certain en 1860, alors que durant la Deuxième Guerre mondiale le groupe kabyle des Francs-tireurs et partisans diffusait en France un tract en berbère appelant à sauver les populations juives : Am arrach-negh,Comme nos enfants. L’enseignement de l’islam reste cependant problématique, notamment quand on se souvient que l’islamologue Mohammed Arkoun avait été expulsé d’une conférence sur la pensée islamique organisée dans son propre pays par un religieux étranger et qu’aujourd’hui ce penseur, connu partout dans le monde, est un illustre inconnu pour la plupart de ses compatriotes d’origine, alors que le moindre cheikh moyen-oriental est en Algérie une célébrité incontournable. Afin de mieux appréhender le fait islamique, l’enfant de Taourirt-Mimoun recommandait d’intégrer les approches historiques et anthropologiques dans son enseignement. Par ailleurs, si le christianisme a précédé l’islam en Afrique du Nord, il est intéressant de remarquer la grande ignorance des Algériens vis-à-vis de cette religion, historiquement celle de leurs ancêtres, et notamment de son auteur le plus fameux, Saint Augustin, un fils du pays qui est lu et étudié dans le monde entier, excepté en Algérie, alors qu’a contrario les plus grands islamologues sont souvent des Européens de culture chrétienne.


PARUTION DU LIVRE DE YASSIN TEMLALI: AUX ORIGINES DE L’AFFIRMATION BERBÈRE EN ALGÉRIE (1830-1962)

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Annonce et remerciements

(النص بالعربية والأمازيغية (القبائلية) في نهاية النص الفرنسي)

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution très prochaine, à la mi-octobre 2015, aux éditions Barzakh (Alger), de mon livre .

La genèse de la Kabylie.

Aux origines de l’affirmation berbère en Algérie

(1830-1962).

Préface : Gilbert Meynier

Postface : Malika Rahal

14,5x23cm / 320 pages / 900 DA

Je saisis cette occasion pour remercier toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, m’ont aidé à achever ce travail de recherche et au premier rang desquels mon épouse, Dina Heshmat.


بلاغ وشكر

يسرني أن أخبركم هنا بقرب صدور كتابي :

La genèse de la Kabylie.

Aux origines de l’affirmation berbère en Algérie

(1830-1962)

أي ما ترجمته (غير الدقيقة): تاريخ تكون المنطقة القبائلية أو جذور المسألة الأمازيغية في الجزائر بين1830 و1962.

تقديم : المورخ جيلبار مينيي

تعقيب : المورخة ملكة رحال

320 صفحة، 900 دينار جزائري.
تاريخ الصدور المرتقب: أكتوبر
2015

أغتنم هنا الفرصة لأتقدم بالشكر لكل من ساعدني من قريب او من بعيد على إنجاز هذا البحث التاريخي وفي مقدمتهم زوجتي دينا حشمت.

كذلك أتوجه بالشكر لكل الصديقات والأصدقاء ممن أتيح لي أن أناقش هذا الموضوع معهم.


Tanemirt

El mend tufgha n wadlis unadi deg mezruy urigh :

LA GENÈSE DE LA KABYLIE.

Aux origines de l’affirmation berbère en Algérie

(1830-1962)

talalit n’tmurt lekvayel: izuran n tamsalt tamazight ger 1830 -1962 .

Lzayer, Barzakh

Préface : Gilbert Meynier

Postface : Malika Rahal

Adlis aggi adyewjed azgen bwagur en Octobre di tmurt nel dzayer.

Adinigh tanmirt i yal yiwen iyifkan afud slekriv ne& sleviid iwaken adeswajdagh Adlis aggi, ar tazwara tametutiw Dina Heshmat.

Tanmirt i temdoukal d yemdoukal ukud kesra& afayen ya3nan echo&l aggi.


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PARIS – 17 SEPTEMBRE 2015: «UNE CONFLICTUALITÉ INTERNE AU NATIONALISME RADICAL ALGERIEN : « LA QUESTION BERBERE-KABYLE » DE LA CRISE DE 1949 A LA LUTTE POUR LE POUVOIR EN 1962»

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message reçu à socialgerie:

Cher(e)s ami(e)s,

Notre (encore) jeune ami Ali Guenoun qui a travaillé en franc tireur sans aucun soutien institutionnel, vient de brillamment soutenir, au bout d’un long parcours du combattant, sa thèse de Doctorat à Paris 1 Sorbonne.

Une contribution importante à notre histoire contemporaine pour sortir des sentiers battus et des discours convenus.

Puissiez-vous donner l’information et la diffuser dans vos organes de presse et réseaux.

Bravo à la jeune génération d’historiens.

Daho Djerbal

le 17 septembre 2015

soutenance.guenoun.jpg soutenance de la thèse de Ali Guenoun

Sorbonne

le 17 septembre 2015

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Résumé de la thèse :

Une conflictualité interne au nationalisme radical algérien : « la question berbère-kabyle ». De la crise de 1949 à la lutte pour le pouvoir en 1962.
La démarche de cette thèse a été guidée par une question fondamentale : comment le référent identitaire kabyle est devenu un analyseur important, pertinent, de l’histoire politique de l’Algérie contemporaine et du nationalisme radical et indépendantiste ? Ce paramètre renvoie à des lignes de clivage, des éléments de conflictualité qui ont contribué, avec d’autres, à susciter des divisions et des suspicions au sein du parti du PPA/MTLD puis du FLN/ALN. Ces «ingrédients» qui sont au principe de la lutte politique évoluent dans un cadre socio-historique et géographique bien déterminé : le nationalisme algérien depuis 1945 en Algérie, particulièrement en Kabylie, et en France.
La fin de la Deuxième Guerre Mondiale favorise l’avènement de nouvelles formes d’organisation au sein du PPA. Une nouvelle génération émerge porteuse de nouveaux questionnements sur le fonctionnement du parti, le projet insurrectionnel mais aussi sur la définition de la nation algérienne. Autant de paramètres importants porteurs de facteurs de clivage qui vont susciter des conflits d’ordre politique qui vont se muer en un antagonisme « identitaire » fondé sur l’appropriation polémique et la manipulation politique, des catégories classificatoire telles que langue, ethnie, région, nation : la crise de 1949 dite « berbériste ».
La période de la guerre de libération algérienne montre comment la Kabylie s’est imposée comme une région pivot dans la lutte libératrice et a permis à ses cadres de jouer les premiers rôles dans la direction du FLN/ALN et d’être perçus comme « hégémoniques » dans la conduite de la guerre. D’où l’exaspération du sentiment anti-kabyle chez leurs concurrents.
Ali Guenoun.


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Un important travail de recherche sur une question brûlante

SOUTENANCE DE LA THÈSE

DE ALI GUENOUN

INVITATION

Cher(e)s ami(e) s et collègues,

J’ai le plaisir de vous inviter à la soutenance de ma thèse de doctorat intitulée

«Une conflictualité interne au nationalisme radical algérien : « la question berbère-kabyle » de la crise de 1949 à la lutte pour le pouvoir en 1962 »,

sous la direction d’Omar Carlier, Professeur émérite des Universités.

La soutenance aura lieu à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

le jeudi 17septembre 2015 à 9h00,

en salle Jean-Baptiste Duroselle,

(Sorbonne-Galerie J-B. Dumas, 1, rue Victor Cousin

ou 14, rue Cujas (si travaux),

75005 PARIS).

Le jury sera composé de :

  • Hamit BOZARSLAN,

    Directeur d’études en histoire, EHESS
  • Raphaëlle BRANCHE,

    Professeur d’histoire contemporaine, CHS, Paris 1
  • Karima DIRÈCHE,

    Directrice de recherche au CNRS, Directrice de l’IRMC

    (rapporteure)
  • Mohammed HARBI,

    Professeur émérite d’histoire contemporaine, Paris 8

    (rapporteur)
  • Alain MAHÉ,

    Maître de conférences en anthropologie, EHESS
  • Pierre VERMEREN,

    Professeur d’histoire contemporaine, IMAF, Paris 1

Vous êtes chaleureusement conviés au pot de thèse qui aura lieu, dans la salle adjacente, à l’issue de la soutenance.

Au plaisir de vous y retrouver,

Ali Guenoun


Accès :

  • Métro
    • Ligne 10 : Cluny-La Sorbonne
    • Ligne 4 : Odéon, Saint-Michel
    • RER B : Luxembourg
    • RER C : Saint-Michel, sortie Cluny – La Sorbonne
  • Bus: 21, 27, 38, 63, 82, 84, 85, 86, 87, 89

«ON NE CONSTRUIT PAS UNE IDENTITÉ EN REJETANT SA MÈRE» (Fatma Oussedik à l’université d’été du RAJ)

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FATIMA OUSSEDIK ET EL KORSO À PROPOS D’IDENTITÉ NATIONALE ET SOCIALE

M. H. Khodja

El Watan

le 05 septembre 2015

fatima_oussedik-2_2607443_465x348.jpgFatma Oussedik, sociologue

L’identité et l’histoire ont été au centre des débats à l’ouverture, jeudi, de l’université d’été du Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), qu’a abritée du 3 au 5, la ville côtière de Tichy, 18 km à l’est de Béjaïa.

La sociologue Fatma Oussedik et l’historien Mohamed El Korso ont été invités à faire l’éclairage sur ces deux notions intimement liées, lors d’une conférence sur le thème : «L’identité, la mémoire, l’histoire et la construction nationales».

Pour ce faire, Fatma Oussedik a commencé par décrire la situation géopolitique en Afrique du Nord et à l’intérieur du pays qu’elle trouve «dangereuse» et «explosive». Dans une telle conjoncture, la sociologue s’adresse à la jeunesse en la mettant en garde contre «les manipulations instrumentalisant l’histoire, les différences ethniques, linguistiques, géographiques et autres à des fins de pouvoir».

C’est pour cela, estime la sociologue, qu’il faut «réhabiliter l’histoire et lutter contre l’amnésie qui a rétréci le récit national». Une situation, dit-elle, qui met «le tissu national en danger».

Puisque, ajoute-t-elle, «après 1962, la définition de la notion de ‘composantes sociales’ de l’Algérie consacrée comme contenant de l’identité sociale dans les chartes nationales par la minorité politique a mis celles-ci front contre front, au lieu de renforcer l’unité nationale et de garantir la diversité dans la pluralité et l’union».

Pour la sociologue, cette façon de considérer l’histoire sur la base de principes linguistiques et régionaux a donné lieu à une «conquête de la pureté où tous ceux qui ne se réclament pas du récit du groupe au pouvoir sont exclus et sont systématiquement considérés comme non Algériens, à l’exemple des Berbérophones ou des Francophones qu’on a taxés abusivement d’appartenir au ‘hizb frança’ alors que tout le monde a souffert ensemble pendant la colonisation».

Or, déconstruit Fatma Oussedik, «l’écriture de l’histoire et la construction de l’identité sociale nécessitent la prise en compte du contexte, le lieu géographique, la mobilité spatiale, mais surtout l’histoire millénaire de l’Algérie qui a été complètement bannie de l’histoire officielle».

Et de conclure : «Il faut se mettre à la conquête de l’histoire et produire des récits, des Constitutions qui uniront les Algériens, car on ne construit pas une identité en rejetant sa mère.» Pour sa part, Mohamed El Korso estime que «l’histoire officielle est entachée de subjectivités».

En rejoignant sa collègue Fatma Oussedik, l’universitaire considère qu’on a «oublié la résistance populaire qui est le vrai moteur du mouvement national et le référent essentiel de l’écriture de l’histoire algérienne». Replongeant l’assistance dans le récit du Mouvement national, l’historien rappelle que celui-ci, avec toutes les divergences de vues et les différentes sensibilités, la lutte de Libération nationale était commune.

El Korso pose la question du rôle de l’écriture de l’histoire dans la construction de l’Etat-nation, déroulant l’approche entreprise par les différents dirigeants du pays sur cette question de 1962 à nos jours.

«De Boumediène qui, sous prétexte de protéger la Révolution et au nom du peuple, a interdit la hiérarchisation des noms historiques, à Chadli qui a voulu une réécriture de l’histoire alors qu’elle n’est même pas écrite, à Bouteflika qui, bien qu’il ait réhabilité la personne de Messali et fait un pas dans la reconnaissance du génocide du 8 Mai 1945, l’histoire qu’on enseigne à nos enfants est morte», défend l’historien. Pour ce dernier, l’heure est à la sensibilisation des citoyens, en particulier les jeunes, pour qu’ils s’organisent de façon à se réapproprier leur histoire.

Notons que l’université d’été du RAJ se veut, cette année, un hommage à Ourida Chouaki et Assia Djebar, deux dames du savoir et militantes pour l’égalité, la liberté et la dignité humaine, récemment décédées.

Organisée sous le signe : «Jeunesse, engagement, citoyenneté et développement», l’université d’été du RAJ a préparé un cycle de travaux comprenant des conférences-débats, des ateliers et des projections.

Les thèmes choisis tournent autour de «la liberté d’association et de rassemblement, réalité et défis, jeunesse, développement durable et environnement, la femme algérienne et le défi de l’égalité entre l’homme et la femme, la jeunesse et l’éducation, quelle place et quel rôle pour l’élite algérienne, les médias alternatifs et associatifs, vecteur de développement».

La deuxième journée des travaux est chargée, avec notamment les ateliers qu’ont animés le porte-parole du CLA, Achour Idir, l’économiste Mourad Ouchichi, le militant politique et écrivain Brahim Tazaghart, la sœur de la défunte Ourida Chaouki, Yasmina Chouaki de l’association Tharwa N’Fadhma n’Soumer, Karima Belasli et Sabrina Dehri, journalistes et responsables de la webradio Voix des femmes au FEC…

Est prévue également, aujourd’hui, une conférence sur le thème «La crise institutionnelle, rôle et place de l’élite», animée par l’avocat et ex-président de la LADDH, Mostefa Bouchachi.

À noter enfin que la rencontre a réuni plus de 150 jeunes de plusieurs wilayas et associations telle l’Union des étudiants algériens en France.

M. H. Khodja

Sources El Watan

UNE QUESTION FONDAMENTALE POUR L’ALGÉRIE: QUEL BUT FIXER À L’EXPLOITATION DU PÉTROLE ET DU GAZ?

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L’ALGÉRIE EST-ELLE ENCORE UNE

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE ET POPULAIRE?

Conférence de Hocine Malti le 29 mars 2014 – Montréal – Canada

Algerie Watch le 2 avril 2014

http://www.algeria-watch.org/fr/article/analyse/malti_montreal.htm

On m’a demandé de venir ici animer cette conférence quelques temps après qu’Abdelaziz Bouteflika, de retour à Alger après avoir passé près de 3 mois à l’hôpital du Val-de-Grâce, avait entamé, nous avait-on dit, un profond remodelage des structures de l’armée, le rattachement de certaines directions du DRS à l’état-major et le limogeage de plusieurs généraux proches de Tewfik patron des services de renseignements. L’image que l’on voulait nous donner de cet homme, affaibli par la maladie, sérieusement handicapé, cloué sur un fauteuil roulant, est qu’il s’était transformé, après avoir respiré l’air d’Alger en une sorte de Superman, en monarque absolu alors même qu’il n’était jusque-là qu’un ¾ de président. Telle est, en tous cas, la version des faits, fabriquée par le DRS, qui nous a été rapportée par la presse algérienne. J’ai eu personnellement l’occasion de démentir cette présentation des choses, dans un papier intitulé «Sonatrach : 50 ans après» publié par différents médias, dans lequel j’indiquais que ce sont en réalité les services de renseignements américains et britanniques qui avaient exigé un tel nettoyage dans les rangs de l’armée. Ce qui apparaissait cependant, à travers cette campagne médiatique, est que l’on s’orientait déjà vers un renouvellement du mandat de Bouteflika à la tête de l’Etat algérien, d’où cet intitulé, à dessein provocateur, que j’ai donné à cette intervention:

«L’Algérie est-elle encore une république démocratique et populaire?»

Nous savons tous que, de l’indépendance à ce jour, le régime algérien n’a été ni démocratique, ni populaire et que depuis l’avènement de Bouteflika au pouvoir, notamment depuis le tripatouillage de la constitution en 2008 qui a ouvert la porte à une candidature à vie, l’Algérie n’a de république que le nom. Elle est devenue la propriété d’un homme, de sa famille et de deux clans, un royaume dans lequel ils ont instauré la corruption et l’arbitraire comme règles de gouvernance et dans lequel les sujets que nous sommes sont traités comme d’éternels mineurs, comme une populace qu’ils peuvent manipuler comme bon leur semble. C’est de cette très grave situation tant politique qu’économique de l’Algérie d’aujourd’hui et du très sombre avenir que lui ont prescrit les 15 années de règne de Bouteflika et le quart de siècle de Tewfik à la tête du DRS que je voulais vous entretenir aujourd’hui.

La situation politique

On a assisté il y a environ 2 mois à un violent affrontement entre différents clans du pouvoir. Cela a commencé par une déclaration fracassante du secrétaire général du F LN dans laquelle il attaqué frontalement le patron du DRS et a notamment dit :

  • Le DRS interfère dans le travail de la justice, des médias et des partis politiques au lieu de s’occuper de la sécurité du pays,
  • Il a failli dans la protection et la sécurité du président Mohamed Boudiaf,
  • Il n’a pas su protéger Abdelhak Benhamouda, ni les moines de Tibehirine, ni les bases pétrolières dans le sud, ni les employés des Nations Unies, ni le Palais du gouvernement, ni le président Bouteflika à Batna où il avait été la cible d’une tentative d’assassinat,
  • Tewfik aurait dû démissionner après ces échecs,
  • S’il devait m’arriver malheur, ce sera l’œuvre de Tewfik,
  • Enfin, le DRS a fait éclater le soi-disant scandale de Sonatrach, dans lequel il accuse Chakib Khelil de corruption tout simplement parce qu’il est proche de Bouteflika alors qu’il est l’un des cadres les plus intègres et les plus compétents.

À l’exception du dernier point concernant Khelil où l’accusation de corruption est bel et bien avérée et a, en réalité, émané du parquet de Milan et non pas de celui d’Alger, toutes les autres affirmations de Saâdani sont des secrets de Polichinelle dénoncés depuis longtemps par différents opposants. La nouveauté est que c’est la première fois qu’un apparatchik dénonce en des termes aussi violents les agissements du général Mohamed Tewfik Médiène. Encore qu’il n’a pas tout dit puisque nombre de ces assassinats et attentats sont en réalité l’œuvre du DRS.

La réaction du DRS

Comment a réagi le DRS ? Il a d’abord fait intervenir la presse qui a, dans sa totalité, pris fait et cause pour Tewfik et qui nous a rapporté le même son de cloche, à savoir :

  • Saâdani a été mandaté par le clan présidentiel pour dire ce qu’il a dit,
  • Ses attaques portent préjudice à l’unité de l’armée dont le DRS fait partie,

Puis quelques jours plus tard, face au silence du chef d’état-major le général Gaïd Salah et à celui du président de la république, la presse a enchainé et dit :

  • Pourquoi le chef d’état-major se tait-il ? Qui ne dit mot, consent. Il est donc complice d’une tentative de déstabilisation de l’armée,
  • Le président de la république, garant de l’unité de l’armée, doit intervenir et protéger cette unité.

Il est intéressant de noter ici les faits suivants.

1/ – On a eu la preuve, s’il était nécessaire de le prouver encore, que toute la presse algérienne est aux ordres du DRS : elle nous a rapporté les mêmes faits, pratiquement dans les mêmes termes, au même moment.

2/ – A travers ces écrits qui représentent donc le point de vue du DRS, à aucun moment celui-ci n’a démenti les faits rapportés par Saâdani.

3/ – Bien que Tewfik sait parfaitement que l’attaque qu’il a subie provient en réalité, comme nous le verrons plus loin, d’une autre frange de l’armée, à savoir du clan de l’état-major, il en a fait endosser la responsabilité au clan présidentiel. Pourquoi une telle tactique ? Parce que, d’une part, toute son argumentation dans cette bataille de la communication était bâtie sur la préservation de l’unité de l’armée, qu’il se devait donc lui de préserver, ne serait-ce que pour la forme, et parce que, d’autre part, il devait maintenir la pression sur Abdelaziz Bouteflika, son frère Saïd et ses affidés et leur dire que si le président ne prenait pas fait et cause pour Tewfik dans cette bataille décisive, ils devront faire leur deuil du 4ème mandat.

On a eu également droit à toutes sortes de rumeurs, allant toutes dans le même sens et présentant Tewfik comme la victime d’une cabale : mise à la retraite par le président de la République de 100 officiers supérieurs, dont Tewfik lui-même, un de ses collaborateurs les plus proches, le général Hassan a été molesté avant d’être traduit en justice, Tewfik a été limogé, etc. etc…

Dans une seconde étape, le DRS a fait intervenir trois autres personnages, chargés de porter qui une estocade au chef d’état-major, qui une autre à Saïd Bouteflika, le troisième faisant l’éloge du DRS.

Ainsi, le général à la retraite Hocine Benhadid, ex-chef de la 3ème région militaire, s’est à son tour fendu d’une longue et fracassante déclaration, reprise par toute la presse, dans laquelle il a défendu Tewfik et l’ensemble du DRS, les présentant comme l’ultime rempart de l’Algérie contre tous ses ennemis, intérieurs et extérieurs. Il s’est aussi prononcé dans cette déclaration contre le 4ème mandat de Bouteflika (retire-toi fil izza wal karama, dans l’honneur et la dignité) et s’en est pris violemment à Gaïd Salah, qui ne peut être, à ses yeux, considéré comme chef d’état-major vu qu’il est aussi vice-ministre de la défense. Il a également proféré une menace diffuse à destination de l’establishment algérien, civil et militaire, en laissant entendre qu’il existait une sorte de conspiration des hauts gradés de l’armée : « Mes frères d’armes m’ont demandé de parler », a-t-il dit.

De son côté, Hicham Aboud, ex-officier de la sécurité militaire, déguisé durant un certain temps en opposant du régime, redevenu porte-parole du DRS et par ailleurs journaliste à ses heures, a lui adressé une lettre à Saïd Bouteflika dans laquelle il lui demandait de réagir à certaines accusations concernant sa vie privée, notamment qu’il était homosexuel, ce qui est considéré, comme vous le savez, en Algérie comme la pire des insultes que l’on puisse adresser à un homme.

Le troisième personnage, Mohamed Chafik Mosbah, est lui aussi un ancien agent du DRS, auquel il demeure toujours attaché. Après avoir effectué des études supérieures dans une université britannique, il s’affiche aujourd’hui comme politologue, connaisseur des milieux des services secrets, dont il prend la défense chaque fois que le besoin se fait sentir. Il a, lui de son côté, publié une tribune dans laquelle il a présenté ses anciens collègues comme étant des hommes tout à fait ordinaires, une tribune dans laquelle il affirme que le DRS est conscient et disposé à se débarrasser de l’étiquette de police politique qui lui colle à la peau et dans laquelle il dit aussi que le DRS, donc Tewfik, est disposé à œuvrer pour l’instauration d’une société démocratique en Algérie. Il a de même reconnu que ce dernier était d’accord pour un 4ème mandat pour Bouteflika.

Cette levée de boucliers unanime en faveur de Tewfik, l’angle d’attaque qu’il a choisi, à savoir l’insistance sur l’unité de l’armée, les accusations sournoises contre le chef d’état-major et contre Saïd Bouteflika, rajoutés aux négociations menées en coulisses entre le clan présidentiel et celui du DRS, garantissant à Bouteflika le soutien des services secrets pour un 4ème mandat, ont poussé ce dernier à réagir et à affirmer que les dépassements de certains milieux portaient atteinte à l’unité de l’armée, à la stabilité du pays et à son image, que nul n’avait le droit de s’en prendre à l’ANP, que le DRS avait toujours fait son travail correctement, etc. etc…

Du coup, miracle à l’algérienne, l’affrontement a cessé et, une quinzaine de jours plus tard Bouteflika, annonçait sa candidature pour un quatrième mandat.

Ceci est ce que l’on a vu sur le devant de la scène. Mais que s’est-il réellement passé dans les coulisses ? Pour pouvoir appréhender tous les tenants et aboutissant de cette affaire, il faut remonter à l’attaque terroriste, menée en janvier 2013 par un commando d’une quarantaine d’hommes armés contre les installations industrielles et contre la base de vie du champ de gaz de Tiguentourine, situé au sud est du Sahara à proximité de la frontière libyenne. Ces hommes, lourdement armés, perchés sur des 4×4, Land Rover et autres véhicules tous terrains avaient parcouru plus de 1000 kms à travers le désert sans être repérés par les moyens super sophistiqués utilisés par l’ANP, tandis que l’attaque avait causé la mort de quelques 70 personnes, en grande majorité des expatriés. La riposte à l’assaut avait été organisée et menée par les unités de la 6ème région militaire, avant que ne débarquent d’Alger, les Rambos, des unités spéciales de lutte contre le terrorisme relevant de l’autorité du DRS et dirigées par Athmane Tartag, l’un des adjoints directs de Tewfik et l’un des généraux les plus sanguinaires de l’ANP. Il chassa manu militari ceux qui avaient pris les choses en mains. Selon des témoins de la scène l’affrontement qui opposa les deux groupes de militaires a été extrêmement violent et faillit tourner au drame, car des deux côtés on s’était dit prêt à en découdre armes à la main ; ceci en plus des menaces et insultes que l’on se jeta à la figure de part et d’autre.

Cette mise à l’écart des unités opérationnelles a été très mal vécue au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui le clan de l’état-major. L’humiliation ressentie par ces hommes a engendré de très forts ressentiments voire une haine à l’égard de Tewfik, au sein de ces unités, chez les chefs de régions militaires, qui se sont portés solidaires de leur collègue de la 6ème et chez les commandants des différents corps d’armée qui ne pouvaient plus supporter sa tutelle sur l’ensemble de l’ANP. Pour comprendre comment celui-ci s’est érigé en patron de l’armée, il suffit d’évoquer quelques dates et quelques faits connus de tous :

  • 1990, il est nommé patron du DRS grâce au travail de coulisses de son mentor Larbi Belkheir qui avait convaincu Chadli de revenir sur sa décision d’éclater la défunte Sécurité militaire en trois services différents,
  • 1992, coup d’Etat contre Chadli, le DRS en est la cheville ouvrière et l’outil qui oblige, sous la menace, le président à se soumettre au diktat des généraux janviéristes,
  • 1992 toujours, l’assassinat de Boudiaf est organisé par le DRS,
  • 1996/1997, négociations du DRS avec l’AIS, ce qui entrave l’action de Zeroual qui lui-même menait d’autres négociations avec le FIS et le pousse ainsi à la démission. Pour la première fois et officiellement l’action du DRS a prévalu sur celle du chef de l’Etat,
  • 1999, Bouteflika est mal élu président de la république, en raison de l’action du DRS qui a poussé les 6 autres candidats au désistement,
  • 2004, réélection de Bouteflika soutenu par le DRS qui remporte sa bataille face à Mohamed Lamari, chef d’état-major qui lui soutenait Ali Benflis et qui disparait ainsi de la scène politique algérienne,
  • 2008, viol par Bouteflika de la constitution, soutenu par le DRS, ce qui lui a ouvert la voie à une présidence à vie.

C’est donc cette tutelle du DRS sur le reste de l’armée qui est à l’origine de ce désir de vengeance des opérationnels qui s’extériorise aujourd’hui. Le facteur déclenchant a été le dernier séjour de Bouteflika au Val-de-Grâce, qui a causé la panique dans les deux camps. Ils ont tous pensé qu’il venait de subir une nouvelle attaque et que celle-ci lui serait fatale. Du côté du DRS, on a alors déclenché ce qui était le plan B, à savoir pousser Benflis à officialiser sa candidature. Du côté du clan de l’état-major, on s’est dit que c’était le moment ou jamais d’éliminer Tewfik et de se placer en vue de l’après Bouteflika pour le pouvoir et la rente qui va avec. Pour revenir dans le jeu, Tewfik a donc utilisé la même tactique qu’en 2004 : alors même qu’il était d’accord pour le 4ème mandat, il a menacé Bouteflika de ne pas le soutenir. Le chantage a encore une fois marché : poussé par son frère et par son entourage Bouteflika s’est porté au secours de Tewfik, mettant ainsi une fin temporaire à l’affrontement entre les deux clans de l’ANP, assurant du même coup sa réélection et mettant toute sa tribu à l’abri de mesures de rétorsion éventuelles. Mais la fracture au sein de l’armée est profonde. Le cessez-le-feu déclaré n’est que temporaire, les hostilités vont probablement reprendre après le 17 avril à l’occasion du choix du vice-président. Il faut espérer que ce n’est pas une nouvelle guerre civile qui nous attend, car cette fois-ci il faut s’attendre à des affrontements entre deux clans de l’armée.

L’alternative, qui est tout aussi détestable, est que les deux clans s’entendent, ce qui est fort probable, sur un partage du pouvoir et de la rente pétrolière, afin de faire perdurer le régime en place depuis 1962 ; auquel cas, l’Algérie est repartie pour une nouvelle période de glaciation à la Brejnev de 5 ans (plus ou moins selon la volonté divine), dirigée par un homme, incapable de parler, de se mouvoir, de voyager, de participer à des forums internationaux, en un mot incapable d’accomplir toutes les tâches qui relèvent de la charge de président de la république et dont la capacité de réflexion elle-même est probablement très affectée. Quant aux candidats au poste de vice-président, nous avons apparemment le choix entre Belkhadem et Ouyahia avec Ghoul. Voilà donc où nous en sommes au plan politique.

La situation économique

Parler de la situation économique de l’Algérie c’est parler des hydrocarbures, c’est-à-dire de 80% des revenus du pays et de 98% de ses rentrées en devises.
Où en est-on aujourd’hui?

La production de pétrole est en déclin depuis 2006; elle est passée (condensat compris) de 85 millions de tonnes en 2006 à 76 en 2012, soit une chute de 10,6%.

Quant au gaz, aussi bien la production que les exportations ont chuté : la production est passée de 89 milliards de mètres cubes en 2005 à 83 milliards en 2011, tandis que l’exportation est passée de 65 milliards de mètres cubes en 2005 à 49 en 2012, soit une baisse de 25%.
Pour ce qui est de la production, les nouvelles découvertes vont permettre d’amortir la chute et de maintenir pendant quelques temps encore le potentiel de 85 à 90 milliards de mètres cubes par an, mais le déclin est bien là.
Dans un délai très proche (10 à 15 ans au maximum) l’Algérie ne sera plus en mesure d’honorer ses engagements à l’international.

Quant à l’exportation, la raison de la diminution est double ;

1/ la consommation interne est en hausse permanente (la progression est de l’ordre de 12 à 13% par an en Algérie, contre 2,5% en moyenne à travers le monde)

2/ Sonatrach a de plus en plus de difficultés à commercialiser son gaz.

On note, par ailleurs, une forte poussée démographique, une augmentation importante des dépenses de l’Etat, dont une augmentation substantielle du budget de la défense, qui a triplé depuis 2009, jusqu’à atteindre 12,7 milliards de dollars en 2014 (l’année 2011, a connu à elle seule une augmentation de 44% par rapport à 2010); on a assisté également à une augmentation importante des salaires des fonctionnaires des services de sécurité, une distribution à tout-va par les walis de subventions et d’aides à fonds perdus destinées à mettre un terme aux émeutes qui éclatent journellement aux quatre coins du territoire, à l’attribution par l’ANSEJ de prêts dont on sait par avance qu’ils ne seront jamais remboursés: c’est cela d’ailleurs la grosse découverte du duo Bouteflika-Tewfik, leur méthode de gouvernance, acheter la paix par l’argent.

À ce rythme le pays va se trouver en déficit dans un délai très proche. On dit déjà que l’Etat pourrait avoir des difficultés à prendre en charge les retraites et les dépenses sociales. Le ministre des finances lui-même a récemment lancé un cri d’alarme et laissé entendre qu’au rythme où vont les choses, l’Algérie risquait de se remettre très bientôt à emprunter sur le marché financier pour faire face à ses dépenses courantes.

Il est clair donc qu’il est absolument nécessaire de procéder à une réforme du modèle économique algérien, dans les plus brefs délais. Je ne suis pas spécialiste en la matière, aussi je laisserai le soin à d’autres d’en parler. Mais je peux par contre parler de l’industrie pétrolière qui nécessite de manière urgente et impérative une refonte totale du programme de développement du secteur, une révision des méthodes d’exploitation des gisements aussi bien de pétrole que de gaz, un réexamen des systèmes de formation et de rémunération des hommes qui y exercent, sans oublier, bien entendu, une lutte impitoyable contre la corruption et la gabegie qui gangrènent le secteur des hydrocarbures.

Il s’agit d’abord et avant tout d’élaborer et mettre en place une vision stratégique de la gestion de la principale source de richesse du pays.

Cette vision devra être menée dans le seul intérêt du pays, ce qui n’a pas été le cas de 1999 à ce jour.

En effet, la politique menée par l’Algérie dans le domaine des hydrocarbures durant les 15 dernières années avait pour seul but d’acheter la complicité des grandes puissances mondiales, celle des Etats-Unis en particulier, et de pérenniser ainsi le pouvoir des deux clans qui gouvernent le pays.

Cela commença dès les tous premiers mois de 2001, quand sous couvert d’adapter le secteur de l’énergie et des mines aux conditions de fonctionnement d’une économie de marché libre, ouverte et compétitive, Chakib Khelil signait un contrat avec la Banque mondiale, destiné officiellement à mettre en place ce qu’il a appelé un nouveau cadre juridique, règlementaire et institutionnel. Le passage par la Banque mondiale était en réalité le stratagème destiné à confier à des firmes américaines l’étude des plus importants chapitres de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, à savoir l’élaboration du texte de loi lui-même, les textes relatifs aux attributions et fonctionnement des agences de régulation et la création d’une banque de données.
À vrai dire cette loi n’était que la copie conforme, la version algérienne de la nouvelle doctrine américaine dans le domaine du pétrole et du gaz.

Dès son arrivée à la Maison Blanche, le président George W. Bush avait, en effet, lancé les travaux d’un groupe de réflexion dénommé National Energy Policy Development Group (NEPDG), dirigé par Dick Cheyney, l’ex-PDG de Haliburton devenu vice-président des Etats-Unis, chargé de mettre au point cette doctrine. Y étaient programmées les lignes générales de la politique à adopter vis-à-vis des grandes régions pétrolifères du monde, qui permettrait aux compagnies pétrolières américaines de s’y installer durablement, tout comme y étaient prévus, les actions indispensables qui aideraient les compagnies à pénétrer ces zones, ainsi que les moyens humains et matériels nécessaires à l’Etat fédéral pour protéger leurs intérêts. Pour ce faire – l’énergie ayant été décrétée fondement de la sécurité nationale – les néoconservateurs au pouvoir à la Maison Blanche envisageaient l’utilisation de tous les moyens, politiques, diplomatiques, économiques ou militaires, pour mettre en application cette doctrine.

Pour ce qui est des moyens militaires nous en avons eu un exemple en Afghanistan, en Irak et au Sahel notamment.

S’agissant des autres moyens et pour la région MENA (Middle East North Africa), le groupe de travail recommandait d’encourager les tentatives d’ouverture à l’investissement étranger des secteurs pétroliers de plusieurs pays, dont l’Algérie nommément citée. L’objectif était d’aboutir à terme à la privatisation totale des industries pétrolières de ces pays et que les multinationales se substituent aux compagnies nationales, ce qui aurait eu pour conséquence la disparition de l’OPEP et le retour au système des concessions des années 1950.

La loi concoctée par Chakib Khelil prévoyait effectivement le transfert aux compagnies étrangères – donc américaines puisque ce sont celles qui dominent le secteur – de 70 à 100% des droits de propriété sur les gisements algériens. Ceci signifiait tout simplement la disparition à terme de la Sonatrach et une emprise américaine totale sur l’industrie pétrolière algérienne.

À l’issue d’un long feuilleton qui dura 5 ans, cette loi ayant été retoquée en 2006, l’Etat DRS-Bouteflika adopta une autre technique pour satisfaire la demande américaine. On se mit à exploiter les gisements au-delà même du potentiel maximum permis par les règles de l’art, au point de piéger dans les entrailles de la terre d’importantes quantités de pétrole qui ne seront plus jamais récupérées.

Et quand je parle de règles de l’art, il s’agit des règles de conservation des gisements que connaissent parfaitement les multinationales et qu’elles appliquent scrupuleusement quand elles travaillent en Alaska, au Texas ou en mer du Nord. Vous avez, d’ailleurs, dans ce pays, un Etat, l’Alberta qui a édicté probablement les règles les plus strictes de conservation de cette ressource stratégique qu’est le pétrole. Parmi les gisements sérieusement endommagés par cette politique d’exploitation à la hussarde, pour ne pas dire ce sabotage de l’industrie pétrolière nationale, se trouve le plus gros champ pétrolier algérien, Hassi Messaoud.

Le but recherché était de livrer toujours plus de brut aux Etats-Unis, comme s’y était engagé Abdelaziz Bouteflika dans une profession de foi, publiée sous forme d’un article écrit de sa propre main paru dans le Washington Times du 22 novembre 2002, dans laquelle il s’engageait à satisfaire toute demande américaine au point de faire de l’Algérie le premier fournisseur africain des Etats-Unis en pétrole. C’est ainsi que les enlèvements de pétrole algérien par les Etats-Unis sont passés de 50 000 tonnes en 2000, à 500 000 en 2001, puis 1 500 000 en 2005, avant d’atteindre 22 000 000 de tonnes en 2007 et se stabiliser aux alentours de 16 à 17 millions jusqu’en 2010, année où Chakib Khelil a été limogé.

En arrière-plan de ces deux lignes directrices officiellement déclarées et assumées, on retrouve bien entendu plusieurs milliards de dollars de pots-de-vin qui sont allés alimenter les comptes en banque des mafieux des deux bords, algérien et américain. Quel bénéfice a retiré l’Algérie d’une telle politique ? 200 milliards de dollars qui dorment aux Etats-Unis sous forme de bons du Trésor américain qui profitent donc à l’économie de ce pays et nullement à celle de l’Algérie.

C’est pourquoi la première question que l’on doit de se poser aujourd’hui est celle de savoir quel but fixer à l’exploitation du pétrole et du gaz.

À quoi doivent servir le pétrole et le gaz produits ? Doit-on produire uniquement pour honorer le programme établi par l’OPEP, autant dire par l’AIE (Agence internationale de l’énergie)? Si l’exploitation du pétrole et du gaz doit servir à accumuler des milliards de dollars que l’on stocke dans des banques, alors non. Autant laisser ces hydrocarbures en place et les préserver pour les générations futures. Si par contre c’est pour les injecter dans l’économie nationale et créer ainsi de nouvelles richesses, alors là oui ; mais pas pour bâtir la plus grande et la plus somptueuse mosquée du monde musulman. Pour la même somme, on aurait pu construire un hôpital ultra moderne et éviter l’offense faite à l’Algérie, que le chef de l’Etat se fasse soigner chez l’ex colonisateur.

Deuxio : adopter une politique d’exploration volontariste. On parle depuis plus d’une décennie d’explorer l’offshore algérien et les zones insuffisamment explorées du sud-ouest et du nord du pays. La question qui vient tout de suite à l’esprit est celle de savoir qu’est-ce que l’on attend pour le faire sur le terrain?

Autre mesure immédiate à prendre : réorganiser de fond en comble l’IAP dont la mission a été dévoyée, revoir et moderniser l’enseignement afin d’améliorer les techniques et méthodes désuètes utilisées à Sonatrach. Malgré l’association avec Statoil, le grand spécialiste de l’offshore, l’IAP n’a pas formé de foreurs ou de producteurs spécialisés des techniques de l’offshore.

Revoir totalement la politique de commercialisation de Sonatrach dans le but de remédier aux défections inévitables dans ce domaine et de se prémunir contre la concurrence de pays, tel que le Qatar, prêts à adopter une politique de dumping afin de décrocher de nouvelles parts de marché.

Il faut pour cela investir dans des projets à l’étranger, non pas dans l’amont, comme on l’a fait au Pérou ou en Libye, mais dans l’achat d’un réseau de distribution adossé à une raffinerie, par exemple, comme l’on fait les Libyens avec l’achat du réseau Tamoil.

Nous devrions également s’associer à de gros distributeurs de gaz afin de pallier aux à-coups du marché, comme l’ont fait les Russes qui se sont associés aux Allemands dans la construction du North Stream et ont pris pour président de la filiale commune l’ex-chancelier Gerhard Schroeder. J’avais personnellement recommandé de saisir au vol la proposition faite par Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2007 en France. Il avait suggéré que Gaz de France, qui traversait une phase difficile, s’associe à Sonatrach, créant ainsi un partenariat gagnant-gagnant pour les deux parties. Il est certain que l’opération aurait permis à Gaz de France de régler ses problèmes financiers et d’assurer son approvisionnement en gaz, mais la Sonatrach aurait, elle aussi, acquis un quasi-monopole pour la distribution du gaz en France et l’accès aux 350 millions de consommateurs européens. Khelil avait considéré que ce n’était pas là une proposition officielle et qu’il ne fallait donc pas en tenir compte. Ce sont probablement ses mentors américains qui lui ont soufflé une telle réponse.

On devrait enfin se poser cette question fondamentale: l’Algérie est-elle condamnée à demeurer ad vitam aeternam un pays pourvoyeur d’énergie uniquement?
Voici une question qui, à mon avis, devrait faire l’objet d’un grand débat national, auquel devraient participer des responsables politiques mais aussi des spécialistes du domaine de l’énergie, des économistes, et des universitaires. Ne devrait-on pas tout faire pour guérir l’économie algérienne de ce Dutch disease dont elle souffre depuis si longtemps ?
Pourquoi n’utiliserait-on pas l’argent du pétrole pour diversifier l’activité économique, pour améliorer le tissu industriel ? La Norvège l’a fait, les pays arabes du Golfe l’ont fait. Les Emirats arabes unis ou le Qatar qui ont pour seules ressources le pétrole et le sable du désert sont en train de se transformer en destinations touristiques mondialement appréciées et de créer des hubs pour l’aviation civile utilisés par les plus grandes compagnies aériennes

Si l’on devait se focaliser sur l’énergie uniquement, pourquoi n’exploitons-nous pas toutes les sources d’énergie disponibles dans le pays ? Qu’attend-on pour lancer un programme pharaonique d’exploitation de l’énergie solaire ? L’Algérie a la chance de bénéficier de 365 jours par an d’ensoleillement des 4/5 de la superficie du territoire ; si l’on ne transformait qu’une partie de l’énergie solaire qui baigne toute l’année ces 2 millions de kilomètres carrés en énergie électrique, on produirait probablement suffisamment d’électricité pour couvrir tout ou partie des besoins du pays.
Pour le faire, il faut avoir la volonté politique nécessaire, il faut avoir foi en la jeunesse de ce pays et laisser s’épanouir l’instinct de création de ses femmes et de ses hommes. Autant de qualités que ne possède pas le régime d’Alger qui préfère pousser les forces vives de la nation à l’exil, y compris sur des embarcations de fortune avec une mort quasi certaine au bout du voyage.

Je ne terminerai pas cet exposé sans mentionner les énormes dégâts causés au pays par le développement exponentiel de la corruption durant les 15 années de règne de Bouteflika. Ce sont au minimum 5 à 6 milliards de dollars (certains parlent même de 10) qui vont annuellement dans les poches des membres de la nomenklatura; ceci pour le secteur de l’énergie uniquement. Hélas le phénomène n’est pas prêt de disparaître, je crains fort qu’il va plutôt s’amplifier. Pour preuve, le secrétaire général du parti du pouvoir, le FLN, a osé innocenter de manière grossière, Chakib Khelil, le plus gros escroc de l’histoire contemporaine de l’Algérie.

La corruption va certainement fleurir encore plus car les prédateurs de tous bords vont s’acharner à dépecer les restes de la dépouille, vu que le temps presse ; c’est une course contre la montre, une course contre la loi de la nature qu’ils s’apprêtent à engager. Ils vont tenter de profiter autant que faire se peut des quelques semaines, quelques mois ou quelques années que Bouteflika va encore passer à la tête de l’Etat.
Voilà hélas l’état des lieux guère réjouissant de l’Algérie à l’issue du long règne de Bouteflika et à la veille de sa réélection pour une quatrième mandature. Quand bien même il devrait quitter le pouvoir maintenant ou dans peu de temps, l’héritage est là. Et il n’est pas brillant.
Que va-t-il se passer quand les recettes pétrolières ne suffiront pas à boucler le budget du pays et que l’Etat ne sera plus en mesure de distribuer quelques millions de dollars à droite et à gauche pour éteindre les incendies qui se déclenchent tous les jours un peu partout?

Cela arrivera très bientôt, beaucoup plus tôt qu’on ne le croit.

Il ne reste plus qu’à dire comme l’on dit chez nous, Allah yastour, ou God bless Algeria, comme disent les Américains.

Je vous remercie.

Montréal (Canada) le 29 mars 2014

Hocine Malti, 2 avril 2014

Sources: Algerie Watch

LA CONQUÊTE ET LA COLONISATION FRANÇAISE PAR LES ARMES, DE 1830 A 1962

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Une correspondante assidue de Socialgerie nous transmet dans son message deux liens vidéo:

Bonjour à toutes et tous,
Quelques points méconnus ou peu connus de l’histoire de l’Algérie et de la France, à travers ces vidéos :


1

Laaziv n zaamoum sur canal Algerie

فلم وثائقي حول لعزيب

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https://www.youtube.com/watch?v=z4Guy4kpYAY

ARchiTube – 28 mars 2014


2

« Génocide de la conquête de l’Algérie par la France »

فرنسا أبادت الجزائريين

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https://www.youtube.com/watch?v=u6Zhx2hbYHk

Film de René Vautier, pour bien comprendre l’histoire d’hier et d’aujourdh’ui

Déjà le sang de mai ensemençait novembre

Génocide de la conquête de l’Algérie par la France
Mise en ligne le 23 déc. 2011

La conquête de l’Algérie par la France se réalise en plusieurs étapes distinctes, du débarquement de l’Armée d’Afrique à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830, commandée par Bourmont, jusqu’à la reddition formelle de l’émir de Mascara, Abd el-Kader, au Duc d’Aumale le 23 décembre 1847. Cette conquête se conclut par l’annexion de l’Algérie à la République française par la création des départements français d’Algérie en 1848.

Dès 1830, la conquête de l’Algérie est accompagnée d’une colonisation de peuplement : les militaires français deviennent des colons en s’installant et aménageant le territoire conquis. Les pionniers sont progressivement rejoints par des compatriotes tels les voisins Corses ou les Alsaciens-Lorrains dont la région a été annexée par l’Allemagne en 1870, et également par des immigrants étrangers arrivant par vagues successives des pays méditerranéens frontaliers; surtout d’Espagne, mais aussi d’Italie et de Malte, possession britannique depuis 1814. Les ressortissants d’Allemagne et de Suisse sont également encouragés à prendre part à la colonisation.

Sommaire

1 Chronologie de la conquête de l’Algérie et du Sahara

2 Avant la conquête
2.1 Situation de la Régence d’Alger (1802-1829)
2.2 Situation du Royaume de France

3 Guerre d’Alger (1827-1830)

3.1 Affaire de l’Éventail
3.1.1 Les dettes de la France
3.1.2 L’incident diplomatique
3.1.3 Ultimatum au Dey d’Alger (juin 1827)

3.2 Blocus maritime d’Alger (1827-1830)
3.2.1 Bataille navale dans la baie d’Alger (octobre 1827)
3.2.2 Massacre de la Duchesse de Berry

3.3 Affaire du bombardement de La Provence (1829)

3.4 Campagne d’Alger (1830)
3.4.1 Reconnaissance d’Alger par l’espion Boutin (1808)
3.4.2 Résumé chronologique (1830)

4 Conquête du reste de la régence d’Alger (1830-1837)
4.1 Campagne du littoral (1830-1831)
4.2 Campagne de Constantine (1836-1837)

5 Campagnes contre Abd El-Kader (1832-1847)
5.1 De la bataille de Kheng-Nettah au Traité Desmichels (1832-1834)
5.2 De la bataille de La Macta au Traité de Tafna (1835-1837)
5.3 De l’expédition des Portes de Fer à la reddition d’Abd-el-Kader (1839-1847)

6 Campagnes de pacification (1830-1871)
6.1 Début de la colonisation européenne
6.2 La campagne de Djurdjura et la Reddition de Lalla Fatma N’Soumer (1857)
6.3 Pacification du centre du pays (1870-1871)

7 Campagnes du Sahara (1882-1902)

8 Les aspects économiques

9 Bilan
9.1 Le bilan démographique

10 Victor Hugo et la conquête de l’Algérie

11 Bibliographie

12 Voir aussi
12.1 Notes et références
12.2 Livres d’époque, et libres de droit, à télécharger

TRAGÉDIE DU MZAB

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À GHARDAÏA, DES ALGÉRIENS SONT MORTS, L’ALGÉRIE EST BLESSÉE Saïd Djaafer , directeur éditorial du Huffington Post Algérie – le 9 juillet 2015;


Le CPP de Radio M au chevet de Ghardaïa: la grande défaillance de l’Etat (VIDÉO)HuffPost Algérie – par Nejma Rondeleux – le 9 juillet 2015;


ANALYSES ET OPINIONS POLITIQUES: M’ZAB. ENTRE ERREURS ET MANIGANCES POLITIQUESpublié par Saoudi Abdelaziz – blog algerieinfos-saoudi – le 9 juillet 2015;


APPEL À L’AIDE DE CITOYENS DE GUERRARAle 8 juillet 2015;


S’ATTAQUER AU M’ZAB, C’EST S’ATTAQUER À TOUTE L’ALGÉRIE Collectif des Mozabites en Europe à l’adresse du peuple algérien.Communiqué N° 08-15 – le 8 juillet 2015;


«LE NATIONALISME EST EN CRISE – think tank NABNI Questionnements autour des mythes fondateurs de la société algérienne Débat avec Abderrahmane Hadj-Nacer, Noureddine Boukrouh et Nacer Djabi Mustapha Benfodil – El Watan – le 8 juillet 2015;


DE LA RESPONSABILITÉ DU POUVOIR ALGÉRIEN DANS LA CRISE DU M’ZAB Contribution de Rostom El Djazairi – El Watan le 8 juillet 2015;



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À GHARDAÏA, DES ALGÉRIENS SONT MORTS,

L’ALGÉRIE EST BLESSÉE

Saïd Djaafer

Directeur éditorial du Huffington Post Algérie

À Ghardaïa, tous les morts sont des Algériens. Les auteurs des violences également. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises victimes. Il n’y a pas de bons ou de mauvais violents. On doit le redire avec d’autant plus de force que ceux qui diffusent les informations, parfois à leur corps défendant, se retrouvent à faire le tri entre les victimes et les violents.

Les journalistes doivent faire leur travail avec une rigueur décuplée, s’assurer des informations, mettre en évidence les sources. Les mozabites ibadites sont chez eux, les chaâmbis malekites aussi. Ils sont tous Algériens. Ils sont tous victimes d’un État qui est bien malade.

La crise à Ghardaïa dure depuis plus de 20 mois et cette durée suscite déjà un grand malaise. Dans le bilan de l’année 2014, Ghardaïa était déjà une blessure grave à l’idée de la nation algérienne, un très sérieux avertissement.

Ghardaïa, lit-on dans un éditorial daté du 31 décembre 2014, dans les colonnes du Quotidien d’Oran est « l’avertissement supplémentaire et normalement définitif que la fiction institutionnelle a atteint ses limites ». Ghardaïa est le signe que les ersatz de représentations que le pouvoir a mis en place ne sont d’aucune utilité en temps de crise.

LIRE AUSSI: Violences à Ghardaïa: la « défaillance » de l’État est « flagrante » selon la LADDH.

Une synthèse colossale

« Ghardaïa n’est pas une spécificité, mais une alerte grandeur nature de ce qui peut arriver un peu partout dans le pays si les modalités de représentation et de gestion sociale ne changent pas. Des risques encourus si la gouvernance du pays ne change pas, si l’État ne cesse pas d’être une entité extérieure pour devenir, enfin, celui des citoyens.

Ghardaïa a été pendant de longs mois, en modèle réduit, l’expression d’une évolution alarmante possible qui guette le pays. Une situation d’anomie générale où le seul « dialogue » est la confrontation violente entre jeunes ou entre jeunes et policiers… Ghardaïa a été une synthèse colossale. Un grand signe pour celui qui veut voir et qui ne s’aveugle pas ».

Sept mois après ce constat, la situation s’est aggravée. Des Algériens se sont entre-tués dans une Ghardaïa à la dérive. Et c’est toute l’Algérie qui en est profondément blessée. Le plus terrifiant est qu’il s’agit d’une dérive annoncée et que les mises en garde n’ont pas manquée.

Le problème, on ne le dira jamais assez, est d’abord dans l’État, dans sa défaillance sidérale qui fait le lit des plus violents et des plus sectaires.

Ghardaïa qui a été le point de départ d’une mutinerie policière sans précédent en Algérie est une illustration des effets destructeurs d’un système autoritaire et clientéliste qui finit par obstruer l’espace-nation à ses jeunes pour les pousser au repli vers l’infiniment petit, vers le clan, la tribu. Vers la désespérance.

La gestion par la violence, plus ou moins remplacée par l’argent, ne marche plus. Les vieilles structures sont dépassées, celles censées être plus « modernes » fabriquées par les pratiques clientélistes aussi.

Le déploiement des services de sécurité n’a pas été dissuasif. Les instruments traditionnels, les services de sécurité et l’argent, peuvent même devenir des facteurs aggravants dans un monde dangereux où la sécurité nationale ne peut se passer de l’adhésion, vraie et non fictive, des citoyens.

Le discours officiel développe des arguments anxiogènes à partir de ce qui se passe en Libye et même en Tunisie pour refuser le changement et créer une peur du changement. C’est un jeu d’autant plus dangereux que la pratique des représentants officiels et officieux du régime est d’une terrible légèreté.

Ghardaïa n’est en effet pas une spécificité, c’est l’Algérie qui nous est préparée si le régime ne change pas. Si ceux qui détiennent les leviers du pouvoir n’entendent pas les appels à la raison de ceux qui préconisent un changement de cap « consensuel » pour rendre le pays aux Algériens. Pour leur donner l’État qu’ils méritent et pour lequel les aînés ont combattus.

LIRE AUSSI SUR LES BLOGS: Algérie, 5 juillet 1962-2015 : « Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie…. ».

Suivez toute l‘actualité de Ghardaïa sur le HuffPost Algérie ICI.

Sources Huffpostmaghreb.com

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Le CPP de Radio M au chevet de Ghardaïa:

la grande défaillance de l’Etat (VIDÉO)

HuffPost Algérie

par Nejma Rondeleux

publication le 9 juillet 2015

Au lendemain des violents affrontements à Ghardaïa qui ont fait 22 morts et une centaine de blessés en 72 heures, le constat du Café presse politique (CPP) de Radio M, enregistré mercredi 8 juillet, est sans appel : L’Etat est défaillant.

« Instruments archaïques », « déliquescence », »incompétence », les qualificatifs étaient sévères, ce mercredi, au CPP pour dénoncer l’incapacité du régime à prendre en charge et à régler la situation explosive dans la vallée du M’zab.

« Le fond du problème est une vraie défaillance de l’Etat dans tous les sens du terme, que ce soit au niveau de l’aménagement du territoire, de la mise en action effective des forces de l’ordre, etc », a d’emblée pointé Saïd Djaafer, directeur du Huffington Post Algérie.

LIRE AUSSI: Violences à Ghardaïa : la « défaillance » de l’Etat est « flagrante » selon la LADDH

Cette incapacité du régime s’accompagne d’une incompréhension générale, ont relevé les intervenants du CPP présenté par Khaled Drareni

« Il faut avoir l’honnêteté de le dire : on est tous gênés car ce qui se passe à Ghardaïa, on ne le comprend pas réellement », a déclaré Saïd Djaafer en dénonçant les visions manichéennes des médias : « le pauvre mozabite agressé par l’arabe, dans la presse francophone, l’inverse dans la presse arabophone ».

Rappelant que l’éclatement de la flambée de violence est intervenue, quatre jours seulement après la visite à Ghardaïa du ministre de l’Intérieur, Nouredine Bedoui, un enfant du Sud originaire de Ouargla, les journalistes du CPP ont relevé l’obsolescence des vieilles méthodes de gestion via les clientèles.

« Les mêmes clientèles, mozabites ou chaambi, n’ont plus prise sur des jeunes qui sont dans une forme de radicalisme éthniciste, très violent », a affirmé Saïd Djaafer.

« Nous sommes dans une société qui est en train d’exploser », a renchéri Abed Charef, journaliste free-lance, « elle vit sous l’emprise de la tradition, plus la religion et à côté il y a un salafisme puissant qui est en train de s’imposer et une modernité avec un développement extraordinaire des moyens de communication ».

Réponses inadaptées

Pour Abed Charef, l’Etat a jusqu’à présent fait une fausse lecture de la situation et n’a donc apporté que de mauvaises solutions. « Cette communauté a effectué 1000 kilomètres dans le désert pour aller vivre en communauté », a-t-il rappelé.

Ce qui fait dire à Ihsane El Kadi, directeur de publication Maghreb Emergent que l’Etat algérien a fait une grosse erreur d’aménagement du territoire. « Il fallait entretenir une exception dans la vallée du M’zab en maintenant une majorité forte des mozabites ».

Autre réponse inopérante essayé par le pouvoir: la distribution d’argent. « Pour la première fois, la réponse par l’argent, utilisée depuis le printemps noir kabyle pour récupérer des situations de crises ou les prévenir, n’a pas fonctionné ».

Le retour de l’ordre : une priorité

Face à l’escalade de violence et de morts, l’urgence est au rétablissement de la paix et de la sécurité ont unanimement plaidé les intervenant du CPP. La police ayant perdu sa crédibilité pour une partie de la population, c’est l’armée qui est présentée comme étant plus apte à gérer la situation, a relevé Saïd Djaafer.

Faux, estime Abed Charef : « Aujourd’hui on pense que l’armée va rétablir la paix, l’ordre, la sécurité, le liant dans la société, c’est faux, l’armée ne peut pas le faire ».

LIRE AUSSI: Bouteflika charge le Général-Major Cherif Abderrezak du rétablissement de l’ordre public à Ghardaïa

Même constat pour Akram Kharief, journaliste à El Watan week-end et créateur du blog Secret Difa3. « L’armée n’est pas outillée et ne le sera jamais pour gérer un conflit entre civils, la seule chose qu’elle peut faire, c’est apporter un soutien logistique et humanitaire. N’oublions pas qu’il fait 48°C et que c’est ramadan ».

Certains journalistes du CPP ont relevé qu’il était anormal que le général Hamel, DG de la sûreté nationale ait été maintenu à son poste alors qu’il y a eu une retentissante grève des policiers. « Pourquoi il n’y a pas en Algérie cette culture de changer les gens, le wali, le chef de sûreté, le chef de région ? », a interrogé Khaled Drareni.

Ce que Ghardaïa montre est que la démocratie est devenue une impératif de sécurité nationale, note Saïd Djaafer. « Le régime fait fausse route en croyant que la démocratie est un luxe. C’est une question de survie dans ce pays car c’est par que la démocratie que la nation se régénère et s’entretient », a-t-il relevé avant de mettre en garde contre les divisions : « Sinon on va tous devenir des tribus, des huma, et on va tous s’entre-tuer ».

LIRE AUSSI: Sellal se déplace à Ghardaïa à la tête d’une délégation ministérielle
Retrouvez toutes les émissions de Radio M ICI.
[Violences à Ghardaïa – photos

voir en fin de l’article du Huffpostmaghreb
->http://www.huffpostmaghreb.com/2015/07/09/ghardaia-violence-communaute_n_7760862.html?utm_hp_ref=algeria]

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M’ZAB. ENTRE ERREURS ET MANIGANCES POLITIQUES

publié par Saoudi Abdelaziz

blog algerieinfos-saoudi

le 9 juillet 2015

8000144-12449373.jpg Au M’Zab, la faillite de l’Etat est-elle suscitée par les manigances de … l’Etat profond en vue de préparer les conditions d’une nouvelle intervention de la « main de fer » dans la gestion du pays?

« D’aucuns pensent que l’actuel ministre de l’Intérieur réitère les mêmes erreurs qui ont conduit à l’envenimation de la situation et à la défaillance flagrante des dispositifs de sécurité déclenchés depuis le début de la crise. «Les délégués de la société civile choisis par l’administration ne représentent personne en fait, ce sont des notables autoproclamés que personne n’écoute.» Preuve en est l’inefficacité de leurs démarches et la persistance des troubles. »

C’est ce que rapporte ce matin Houria Alioua, la correspondante d’El Watan au M’zab.

Comme en contrepoint le premier secrétaire du FFS Mohamed Nebbou déclare: « En réduisant la crise à une question exclusivement sécuritaire et en refusant toute solution politique, le pouvoir qu’il n’ait pas su, pas pu ou pas voulu régler ce conflit, en porte l’entière responsabilité.

Le FFS réaffirme la nécessite d’une démarche politique incluant toutes les forces vives qui peuvent contribuer à l’apaisement et à la recherche d’une solution durable à cette crise qui endeuille la région et au-delà toute la nation ».

Le retour de la « main de fer »

Dans leur « Appel pour la paix et la concorde au M’Zab » en février 2014, des personnalités aussi expérimentées que Ahmed Taleb Ibrahimi, Messaoud Aît Châalal, Belaïd Abdesselam ou Abderrahman Haj Nacer peinaient à mettre noir sur blanc les causes de la situation: « A l’origine de ces incidents, il y a sans aucun doute des intrigues et des manœuvres de mains criminelles, de mafieux et de truands qui sèment la discorde et le désordre, si favorables à toutes sortes d’intérêts contraires au bien public ».

L’affaire ne serait donc pas selon eux particulièrement politique, ce sont des criminels de « droits communs » qui en seraient responsables.

Hier, dans son billet du Soir d’Algérie, très largement lu, Maâmar Farah avance une autre explication. Les évenement sont provoqués par des « stratéges de la tension ».

Il écrit : « Certains cercles manipulateurs, orientés par des services étrangers, tentent par tous les moyens d’amener une partie des jeunes du Sud à sortir de la légalité, l’objectif étant de mener tout mouvement radical vers une militarisation à la Daesh, puis vers une intervention étrangère qui ne sera pas menée par les Etats mais par leurs mercenaires ! »

En conclusion: « Il est absolument incroyable qu’un Etat qui montre ses muscles à nos frontières soit incapable de protéger ses citoyens assassinés en plein jour, dans une ville quadrillée par les forces de sécurité… »

Brouiller les pistes

Sans se référer à la situation dans le M’Zab, dans une contribution publié le même jour dans Liberté (Entre l’Amérique et la France : une “guerre à mort” en Afrique), Khelifa Mahieddine un avocat proche des services de renseignement, va dans le même soir que le billetiste du Soir d’Algérie. Il semble avoir pour mission de brouiller les pistes.

Il écrit : « En Algérie, la guerre entre les USA et la France se manifeste au travers les luttes de clans pour le contrôle des leviers de l’état. Il est donc évident que le pronostic pour désigner le futur vainqueur de cette lutte de clans est joué d’avance. Il suffit seulement de savoir quel est le clan qui a le privilège d’avoir l’Empire derrière lui. L’Empire et sa mère, la Grande-Bretagne, savent être patients et subtils pour faire échec et mat à leurs ennemis intimes, dans le grand échiquier que constitue la planète ». Il faut donc comprendre ici que le parti américain veut évincer Hiz Français et mutuellement.

Avant cette conclusion Khelifa Mahieddine a donné une liste impressionnante des prouesses des services américains: ainsi, ils ont provoqué les évènement de mai 68 en France pour faire tomber de Gaulle; En 1973, au Portugal, la “révolution des œillets”, a été manipulée de toutes pièces, « alors que Frank Carlucci, agent de premier plan de la CIA, était ambassadeur US au Portugal »; ils ont aussi provoqué le Printemps arabe en Tunisie pour faire tomber Ben Ali, jugé trop proche de la France et ajoute le spécialiste du renseignement :« On connaît la suite de cette “Révolution”, manipulée de toutes pièces, et donnée en exemple au monde arabe par les relais sionistes en France. » Ces « analyses » sentent bon leur Canal-Historique à bout de nez.

Elections anticipées…

Dans les réseaux sociaux et dans la presse, « le pouvoir », « l’Etat », « les autorités » sont jugées directement responsables de l’aggravation de la tension au M’Zab.

« La classe politique dénonce “la vacance du pouvoir” titre ce matin le quotidien Liberté. Les partis de l’opposition qui militent pour des élections présidentielles anticipées, mettent en cause ‘ »la vacance du pouvoir d’Etat ». Le porte-parole du RND, le parti de Ahmed Ouyahia affirme à propos des évènements de la veille : “Nous sommes surpris par leur ampleur”. À propos de la passivité des services, Chiheb Seddik dit : “Nous n’avons pas encore assez d’éléments d’informations sur ce qui se passe sur le terrain ».

Sources: algerieinfos-saoudi

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APPEL À L’AIDE DE CITOYENS DE GUERRARA

le 8 juillet 2015

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Appels au secours

beaucoup de morts Mozabites à Guerrara, Ghardaïa

Mesdames, Messieurs, Chers Amis, Bonjour, Appels au secours

Appels au secours
SITUATION TRES GRAVE !!! usage intensif d’armes à feu à Guerrara, Ghardaïa

Aux dernieres nouvelles, beaucoup de morts Mozabites à Guerrara, Ghardaïa PLUS DE 20 MORTS et des dizaines de blessés graves suite à l’usage intensif d’armes à feu!!!

Guerrara est assiégée impossibilité d’évacuer les blessés !!!

La police s’est retirée car non armée et pas reçu l’ordre de tirer !!! Même situation à Mélika Ghardaïa la situation est très très GRAVE !!!!!

Au secours

Slimane TOUNSI

هذا بيان مجلس أعيان قصر القرارة

بسم الله الرحمن الرحيم
مجلس أعيان قصر القرارة
القرارة – غرداية
بيـــــان
لا لاستهداف الجزائر

نظرا لتدهور الوضع الأمني في بلدية القرارة بولاية غرداية، التي أصبحت مستباحة من عناصر إرهابية، والحصيلة الثقيلة للقتلى، الذين وصل عددهم لحد الساعة إلى 10 أشخاص، ولا يزال العدد قابلا للارتفاع، مع سقوط المئات من الجرحى إلى حد هذا الوقت، وذلك نتيجة استعمال الأسلحة النارية، والذخيرة الحية، بأحياء محمود والشيخ بالحاج، والمؤذن، وتسجيل جرحى مرميين في أروقة المؤسسة الاستشفائية الشهيد شريفي محمد، عجزت عن التكفل بهم، في ظل نقص الأدوية والعتاد الطبي.

إضافة إلى هذا، تهجير ممنهج لسكان أحياء بكاملها، في ظل غياب تام للدولة، وترك الأمور تتفاقم، في سابقة خطيرة جدا، منذ 48 ساعة متتالية، ولم يتم تعزيز القوات الأمنية، مما جرَّ المدينة إلى حالة إنفلات أمني تام.
كما نشير إلى الحرق العمدي للمنازل، والسطو على ممتلكات المزابيين، وتوظيف مآذن بعض المساجد للنداء للجهاد ضد المزابيين.

فالوضعية في حقيقتها إبادة جماعية علنية لبني مزاب، من قبل عصابات إرهابية محلية، معززة بعصابات جاءت من عدة مناطق من الولاية وخارجها.

وبناء على ما سبق، دعونا التجار المزابيين إلى إضراب عام على المستوى الوطني..

وفي ظلِّ هذا الوضع المأساوي الفظيع ندعو شرفاء الجزائر، كلا في منصبه، إلى تحمل مسؤوليته أمام الله وأمام التاريخ لإيقاف هذه المجازر.

القرارة في: 21 رمضان 1436هـ

08 جويلية 2015م

رئيس مجلس الأعيان

تلفاكس: 029261710 البريد الإلكتروني:
elkoudama@yahoo.fr

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Collectif des Mozabites en Europe

à l’adresse du peuple algérien.

->http://www.mzab.eu/]

Communiqué N° 08-15

le 8 juillet 2015

S’ATTAQUER AU M’ZAB, C’EST S’ATTAQUER À TOUTE L’ALGÉRIE

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Citoyennes et citoyens,
Au secours !

Une véritable déstabilisation de notre pays est en cours.
Ce qui se passe aujourd’hui au M’Zab n’est que le premier pas qui mène aux situations inextricables dont il sera difficile de s’en sortir. Ce qui se passe au Mzab peut arriver à n’importe quelle région de notre pays.

En 48 heures, plus de 30 morts et des centaines de blessés. Le bilan s’alourdit d’heures en heures. Les villes de Guerrara et de Melika sont assiégées par des groupes terroristes locaux. Les routes sont coupées par des barrages de terroristes armés. A Ghardaia, Bounoura, Berriane, les criminels et les voyous pillent, brûlent, tuent en toute impunité.

Devant ces horreurs, la mobilisation de l’ensemble des algériens pour isoler les groupes d’assassins, dont l’objectif est de créer le chaos favorable à tous les trafics, est plus que nécessaire.

Certaines troupes des forces de l’ordre refusent d’intervenir. Certains éléments de ces derniers participent aux pillages et aux agressions. Devant des terroristes tirant à balles réelles pour la première fois depuis le début du conflit, les citoyens Mozabites sont condamnés à défendre leurs biens à mains et poitrines nues.

Citoyennes et citoyens,
Vous êtes témoins que depuis plus de 20 mois les populations Mozabites vivent dans l’insécurité totale, avec un très lourd lot de morts et de destructions. Les populations de quartiers entiers ont été obligées de fuir et d’abandonner leurs maisons et leurs commerces.

Cette situation n’a que trop duré. Existe-t-il une autorité politique dans notre pays pour arrêter le massacre ? Jusqu’à quand ce silence assourdissant ? Où est le Président de la République ? Où est le Chef du Gouvernement ? Que sont devenues les promesses répétées de ce dernier de rétablir l’ordre républicain et la justice ?

Les terroristes et certains de leurs idéologues dans les rouages politiques prônent explicitement par des prêches, par des marches takfiristes haineuses et par des déclarations publiques, la nécessaire disparition des Mozabites en tant qu’entité religieuse, culturelle et linguistique. Le silence incompréhensible des autorités de notre pays encourage la poursuite des agressions criminelles contre les Mozabites.

Pour donner l’illusion du devoir accompli, les hautes autorités se contentent de se déplacer épisodiquement dans la région pour rencontrer les notables et leur prôner le dialogue et la concorde. Elles n’ont jamais dénoncé cet ostracisme à l’égard des Mozabites ni d’ailleurs à l’égard des autres communautés culturelles nationales. Elles n’ont mis en oeuvre aucune mesure économique et sociale sérieuse à l’égard des populations les plus fragilisées de la Wilaya. Elles n’ont jamais pris de mesures sécuritaires justes et adéquates pour arrêter les véritables fauteurs de troubles.

Les autorités de notre pays ne semblent pas prendre la mesure de la gravité de la situation. Sont-elles capables de faire autre chose que de déclarer qu’il faut rétablir le dialogue et la concorde entre les communautés ? Sommes-nous en train d’assister aux premières prémices d’une remise en cause, non seulement de l’entité Mozabite en Algérie, mais également de tout le savoir-vivre ensemble forgé par l’Histoire et l’expérience de nos communautés culturelles et des simples citoyennes et citoyens ?

L’amateurisme et le laxisme des autorités du pays encouragent la violence et enracinent les ressentiments, les rancœurs et les haines. La loi de la République laisse place à la loi de la jungle.

Nous dénonçons avec force et fermeté l’absence d’une volonté politique sérieuse pour mettre fin à cette tragédie.

Nous exigeons une intervention ferme, juste et immédiate des forces de sécurité
pour assurer la protection et la sécurité des populations du M’Zab, pour arrêter les assassins et mettre hors d’état de nuire les terroristes.

Et surtout, en même temps, et au-delà de ces mesures sécuritaires urgentes et indispensables, il convient d’assumer pleinement les responsabilités d’un État de droit en initiant un salutaire travail en profondeur, dès les petites classes à l’école, sur les règles de la citoyenneté et l’acceptation des différences qui sont plus une richesse qu’un handicap pour notre pays.

Ce qui est en cause et qui est menacé gravement, ce ne sont pas seulement les règles qui fondent la fraternité islamique, mais c’est la paix, la sécurité et la stabilité de notre Nation.

Nous saluons la maturité politique, la sagesse et la solidarité de la majorité de nos compatriotes et du peuple à l’endroit de leurs frères et sœurs au M’Zab.

Citoyennes et citoyens,
Ce qui se passe aujourd’hui au M’Zab est loin d’être une nouvelle péripétie de ce qui s’est déjà produit dans notre pays durant les dernières décennies. Il s’agit d’une phase qualitativement nouvelle.

Aussi, nous vous appelons à la vigilance face à la désinformation et aux manipulations qui ne manqueront pas de se développer.

Nous demandons à tous les Algériens d’exiger des dirigeants de notre pays à intervenir pour protéger les populations soumises aujourd’hui aux diktats des terroristes dont l’objectif à travers le M’Zab est la création de zones de chaos et de non droit favorable à tous les trafics.

Il s’agit de l’avenir et du sort de toute la communauté nationale.

Allah protège l’Algérie une et indivisible !

Le Président du Collectif des Mozabites en Europe,

Abdallah ZEKRI

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Nabni lance «Algérie rêvée» et questionne notre socle identitaire

«LE NATIONALISME EST EN CRISE»

NABNI [[think tank «Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées»]] le 7 juillet 2015

Débat avec Abderrahmane Hadj-Nacer, Noureddine Boukrouh et Nacer Djabi

nabni-1_2605810_465x348.jpgAbderrahmane Hadj-Nacer, Noureddine Boukrouh et Nacer Djabi

Questionnements autour des mythes fondateurs de la société algérienne

Nabni : acronyme de «Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées». Et, des idées neuves, le think tank n’en tarit pas.

La preuve ? Le collectif d’experts vient de lancer un cycle de réflexions à caractère sociétal baptisé «Algérie rêvée». Ce cycle fut étrenné samedi soir, dans une salle archicomble du restaurant Havana, à Saïd Hamdine, avec pour thème inaugural : «Quel récit fondateur pour les Algériens ?» Balaise.
Pour le disséquer, trois pointures : le sociologue Nacer Djabi, l’ancien gouverneur de la Banque centrale et auteur de l’excellent La Martingale algérienne (Barzakh, 2011) Abderrahmane Hadj-Nacer, et enfin l’intarissable Noureddine Boukrouh qui fait un tabac en ce moment avec ses réflexions audacieuses sur la réforme de l’islam et de l’approche du texte coranique. En introduisant le débat, Abdelkrim Boudra, le très sympathique porte-parole de Nabni, confie : «C’est un exercice inhabituel pour nous. D’habitude, nous produisons des idées, des rapports.
Et là, nous nous attaquons à un domaine où nous voulons traiter d’un certain nombre de questions fondamentales, fondatrices de la société algérienne.
Nous voulons sortir du discours sur ce qui ne va pas, pour essayer de nous projeter dans un avenir que nous espérons radieux même si les indicateurs ne s’y prêtent pas.
» Et pour opérer ce bond en avant, il est important de questionner, de l’avis de Nabni, les «mythes fondateurs» de notre destin collectif. Ce que les historiens appellent «le roman national».
Citant Mostefa Lacheraf, le porte-parole de Nabni propose une définition du «récit national» comme étant «une mise en valeur sélective et subjective de certains pans de notre histoire» .
Pour commencer, le sociologue Nacer Djabi gratifie le public de données statistiques fort révélatrices de l’état de notre société et du regard que les Algériens portent sur eux-mêmes, de leur manière de pratiquer la religion ainsi que leur appréciation de la haute gouvernance (voir notre article du lundi 6 juillet).
Prenant le relais, Abderrahmane Hadj-Nacer souligne d’emblée que la question identitaire «est un débat permanent chez tous les peuples du monde. Les Etats-uniens se demandent s’ils sont hispanophones. Les Français se demandent s’ils sont musulmans.
Et nous, on se demande si on existe».

«Une fausse Casbah sur de la faïence de salle de bains»

Avec son sens aigu du détail, M. Hadj-Nacer note comment la texture de la ville dit le récit perdu ou grossièrement magnifié dans du kitch orientaliste comme l’illustrent les fresques qui tapissent Alger, et qui célèbrent maladroitement La Casbah.
Le paradoxe (pour ne pas dire la schizophrénie) est que «nous avons une vraie Casbah qu’on détruit, et nous essayons de reproduire une fausse image d’une fausse Casbah sur de la faïence de salle de bains» , ironise le conférencier, avant d’ajouter: «C’est quand même extraordinaire, et cela explique l’état dans lequel nous sommes aujourd’hui quant à la conscience de soi.» Après avoir mis en évidence «la destruction systématique de (notre) mémoire» par les Français, M. Hadj-Nacer souligne que le nouveau visage du colonialisme s’appelle «l’ultra-capital» .
Et le grand capital mondialisé se traduit par «la volonté d’instaurer un gouvernement du monde» et la «fusion des pays» en confinant les souverainetés vacillantes dans des postures de sujétion et des «parcs à thèmes»

«L’ultra-capital, c’est la destruction des identités de territoires, des identités de peuples, des identités de communautés, pour pouvoir obtenir des populations mobiles, précarisées, aptes à subir toutes les sujétions possibles et imaginables» , martèle le brillant économiste.

«Mon rêve à moi, c’est de sortir de cette situation où nous sommes encore dans la gestion déléguée» , lance M. Hadj-Nacer. Pour lui, on est simplement passés «de la gestion directe par la puissance coloniale à une gestion indirecte. On n’est pas encore dans l’indépendance».

«Francitude auto-entretenue»

L’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie sous Hamrouche fait un autre constat: «Il est clair que la caractéristique principale aujourd’hui de l’Algérien, c’est la haine de soi.» Et d’asséner: «Il n’est pas normal aujourd’hui qu’on ne connaisse pas Massinissa!» Il déplore le fait que certains de nos manuels colportent et cultivent l’idée selon laquelle «les Ibadites, les Fatimides, c’est pas une histoire positive» . Que «c’est une histoire antisunnite algérienne» .
«Dès le départ on nous dit : attention, ceux-là, ce ne sont pas de bons musulmans.» S’inspirant volontiers de Amin Maalouf, il revendique la notion d’identité multiple. «Nous sommes tous porteurs d’identités multiples. L’amour de soi consiste à accepter la multiplicité de ses identités» , plaide-t-il.

M. Hadj-Nacer casse, au passage, un véritable tabou en appelant à assumer notre «francitude» . «C’est honteux de le dire mais après 132 ans de ‘‘francitude’’ et 50 ans de ‘‘francitude’’ auto-entretenue, nous sommes tous un peu français.
Si on ne le reconnaît pas, on ne peut pas se développer dans notre identité telle que nous voulons la construire. Il faut reconnaître toutes ces identités.»


Brisant un autre tabou, il s’insurge contre ceux qui présentent les chiites algériens comme «le mal absolu» .

Abderrahmane Hadj-Nacer le dit clairement : «Tant que chaque Algérien n’est pas fier d’avoir été chiite, tant que chaque Algérien n’est pas fier d’avoir été juif, chrétien, même vandale, on ne pourra pas aller loin dans ce pays.»

«Il n’est pas normal qu’on parle des Mozabites comme d’étranges étrangers.
On ne se sent pas dans la fraternité. On parle d’une partie de soi comme d’un folklore. Quand on est du Nord et qu’on parle des Touareg, c’est très exotique.»


Hadj-Nacer insiste : «Tant qu’on ne reconnaît pas la totalité de nos composantes, on ne peut pas se construire, ni comme individus ni comme ensemble.»

«La Révolution est notre seul mythe rassembleur»

Pour sa part, Noureddine Boukrouh a soulevé l’importance d’avoir des «réalisations communes» pour faire un «Nous». «Il y a une dimension capitale qui fait l’identité d’un peuple, d’une collectivité humaine. C’est les réalisations en commun», professe-t-il. «Quand vous avez une population qui n’accomplit pas de réalisations d’une façon régulière et constante dans l’histoire, comment voulez-vous que les gens se perçoivent comme étant un ‘‘Nous’’, comme étant une collectivité ? Nacer Djabi vient de nous apprendre que les deux tiers des Algériens ne se font pas confiance.
Donc il y a ici l’idée d’étrangeté. Chacun est étranger à l’autre, chacun est une curiosité aux yeux de l’autre. Il nous a manqué de construire une histoire.»


L’auteur de « L’islam sans l’islamisme » pense que les Algériens ont besoin d’un grand dessein exaltant. «L’Algérie, il ne faut pas la considérer comme un acquis derrière nous mais un projet devant nous» , lâche-t-il. «Il n’est jamais trop tard pour naître. Nous avons eu un mythe rassembleur, c’est la Révolution du 1er Novembre.
C’est la première fois, depuis 3000 ans, que l’ensemble des Algériens ont contribué à une œuvre commune, et cette œuvre-là est une œuvre fondatrice puisqu’elle a fondé la nation algérienne. Aujourd’hui, on ne peut pas vivre avec un mythe qui a réalisé son objet.»


Et d’interroger : «Qu’est-ce qu’on a comme souvenir commun ? Qu’est-ce que les Algériens peuvent célébrer ensemble aujourd’hui ? Il y a le Mouloud, l’Achoura, mais en termes d’entreprise nationale, on n’a que la Révolution.» Pour lui, «l’Algérie n’est pas une conquête classée. L’Algérie reste à faire. Nous avons des bouts d’histoire, des moments glorieux, mais il nous reste à construire socialement notre réalité.»

«Le nationalisme est coupé des jeunes et des femmes»

Nacer Djabi constate, de son côté, que le nationalisme comme creuset de nos pulsions collectives semble avoir atteint ses limites: «L’histoire de l’Algérie a été construite sur le nationalisme mais aujourd’hui, c’est un nationalisme en crise. Le nationalisme qui a réussi à mobiliser les Algériens est en rupture avec la société réelle. Il est coupé des jeunes et des femmes», dit-il. Le sociologue estime qu’à l’heure actuelle, «le nationalisme ne mobilise plus» et qu’il a «besoin d’une grande rénovation à travers sa mise en lien avec la vraie société pour qu’il ne reste pas l’apanage des officiels» . L’auteur d’ « El Wazir El Djazaïri, oussoul wa massarate » (Chihab, 2011) note, par ailleurs, que nous avons affaire à un «nationalisme communautaire qui n’accepte pas l’individu» .
Selon le sociologue, l’une des raisons de cette crise du nationalisme est à chercher dans la faiblesse de ses composantes idéologiques. Il rappelle qu’historiquement, «le nationalisme est né au sein de la gauche française» .
Plus tard, il s’est enrobé d’islamité et d’arabité. «Or, aujourd’hui, la gauche est en crise, le panarabisme est en déclin est l’islam politique est décrié.»

Dans la foulée, le sociologue aborde la fameuse question des «constantes nationales» . «Les constantes nationales étaient une forme de résistance passive au colonialisme» , fait-il remarquer.
Il cite à ce propos le Ramadhan en soulignant que «c’était le meilleur rituel collectif que les Algériens pouvaient opposer aux Français» . Il était donc vécu davantage comme un instrument de différenciation. «On en a fait par la suite une valeur centrale. On a transformé un instrument de résistance passive à la colonisation en constante nationale.
Et parce que l’Etat est absent, ce sont les gamins, les ‘‘ouled el houma’’ qui surveillent qui fait le Ramadhan et qui ne le fait pas» , observe le sociologue.
À la suite de M. Harbi, Nacer Djabi se demande : «Est-ce que nous voulons des citoyens ou bien des croyants?»

Il tombe sous le sens que cette crise du nationalisme découle, dans une très large mesure, de la crise de légitimité du «système» qui, à force de tirer sur la corde du «novembrisme» , a fini par vider le combat libérateur de son sens et de son prestige.
Abderrahmane Hadj-Nacer prophétise, en l’occurrence, la fin de cette longue séquence autoritariste: «Le coup d’Etat permanent arrive aujourd’hui à sa fin» , dit-il. Le «fleuve détourné» en 1962, selon la métaphore de Rachid Mimouni, doit maintenant retrouver son cours.
Et cela passe inéluctablement par la «légitimation par le peuple» préconise M. Hadj-Nacer. «Il m’est difficile de croire qu’on puisse construire un récit national en dehors d’un contexte national de liberté» , ajoute-t-il. «S’il n’y a pas de liberté de pensée, s’il n’y a pas de démocratie, s’il n’y a pas de représentativité politique, je ne vois pas comment on pourrait construire un mythe national parce qu’à ce moment-là, le récit historique devient le justificatif idéologique d’un pouvoir qui perdure.»

Mustapha Benfodil

El Watan, le 8 juillet 2015

Sources El Watan:

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Rostom El Djazairi

Contribution : DE LA RESPONSABILITE DU POUVOIR ALGERIEN DANS LA CRISE DU M’ZAB

le 08 juillet 2015

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pdf-3.jpgLa présente contribution s’inscrit dans le cadre d’un effort de recherche de vérité sur les graves évènements que vit le M’zab depuis plus d’une année (depuis Décembre 2013 à ce jour). Elle tente de comprendre les multiples raisons ayant concouru, à un moment précis de l’histoire de l’Algérie indépendante, à l’émergence de la violence comme ultime forme d’expression entre les deux communautés qui y vivaient ensemble depuis quelques siècles : la communauté amazighe mozabite adepte du rite Ibadite, d’une part, et d’autre part le arch des Chaambas, d’origine hilalienne, et autres tribus alliées constituant la communauté arabe autochtone, de rite malékite.
(…)

Le M’zab et la communauté mozabite subissent une sordide machination qui les a isolé des grandes résistances du peuple Algérien pour ses droits sociaux et démocratiques. Le Sud Algérien est en ébullition pour ces mêmes droits, auxquels s’ajoute le droit des populations du Sud, comme du Nord, d’être informées et consultées sur l’épineuse question du caractère polluant ou non des technologies actuelles d’exploitation du gaz de schiste.
Le M’zab a fait l’objet ces dernières années d’une vaste et systématique opération de prospection de ses réserves éventuelles en gaz non conventionnels. Aucune information officielle n’a filtré jusqu’à présent sur ses résultats.
Des rumeurs fort persistantes font référence à la découverte de gisements gigantesques qui justifient ce mutisme des autorités. Le M’zab, dans cette éventualité deviendrait un immense réservoir de puits, les uns près des autres, dans ce minuscule espace du grand Sahara, qui justifierait sa nécessaire et vitale disparition et donc de déplacement des populations. Et les évènements du M’zab s’inscriraient peut être dans cette logique de création des conditions nécessaires pour la mise en exploitation de ces gisements.
C’est peut être une folie de l’imagination d’un mozabite pris dans la tourmente des évènements actuels du M’zab, qu’il subit impuissant.
Mais aussi, c’est peut être les folies des décisions bien ‘’réfléchies’’ d’un pouvoir pris dans les tourmentes des diktats extérieurs dont dépend sa vitale régénération, qu’il veut assurer effrontément.
IN SALAH comme GHARDAIA sont dans les cœurs des uns et des autres, et des uns aux autres. Sans que l’un ne puisse manifester son soutien à l’autre à travers les rues de In Salah et de Ghardaïa. Le pouvoir nous concède quand même toutes les possibilités de soutien et de communication à travers un réseau spécifique à nous : le réseau dense des puits verticaux et horizontaux, énième génération, qui va être incessamment mis en exploitation.
Que le pouvoir lève son bras répressif sur la communauté mozabite connue pour son légendaire pacifisme, et instaure l’équité dans la gestion de ses relations inter communautaires. Il faudra se dégager de ce bourbier infernal dans lequel il s’enferme aveuglément, pour se hisser aux exigences citoyennes pour tous, dans une République véritablement Démocratique et Populaire ouverte, sans distinction aucune, à toutes les femmes et tous les hommes de notre grande Algérie.

contribution parue dans El Watan,

8 juillet 2015

signée Rostom

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LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGÉRIE À TRAVERS L’APPLICATION DE L’ARTICLE 120 DES STATUTS DU FLN (1980)

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III. – SYNDICATS, PARTIS, ETATS

A . – ALGÉRIE

LES RAPPORTS PARTI-SYNDICAT EN ALGÉRIE

À TRAVERS L’APPLICATION DE L’ARTICLE 120 DES STATUTS DU FLN

Le choix du parti unique en Algérie a été adopté à l’unanimité par tous les membres qui composaient le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) à Tripoli en mai-juin 1962. Le principe est énoncé dans le texte qu’on a appelé par la suite le « Programme de Tripoli ».

Nous extrayons le passage suivant:  » Pour réaliser les objectifs de la révolution démocratique et populaire, il faut un parti de masse puissant et conscient … Fondé sur l’unité idéologique politique et organique des forces révolutionnaires qu’il groupe en son sein. Le Parti doit faire autour de lui l’union de toutes les couches sociales de la nation pour réaliser les objectifs de la Révolution» [[Front de Libération Nationale, Projet de programme pour la réalisation de la révolution démocratique, populaire (adopté à l’unanimité par le CNRA à Tripoli en juin 1962), Alger, Imp. Ech-Chaab. ]]

Depuis ce choix a été confirmé par les différents textes de la révolution algérienne : Charte d’Alger (16•21 avril 1964), Charte nationale (juin 1976); VIe Congrès du parti du FLN (27•31 janvier 1979) … La première et la deuxième constitution de la République Algérienne Démocratique et Populaire institutionnalise ce choix. La seconde constitution adoptée par référendum en novembre 1976 stipule dans son article 94 que: « le système institutionnel algérien repose sur le principe du parti unique»; et dans l’article qui suit. il est précisé que: «le Front de Libération Nationale est le parti unique du pays»[[Front de Libération Nationale. Constitution. Alger. ENAP]].

Ce choix du parti unique s’est maintenu malgré toutes les crises que le pays a traversées depuis 1962. Elles ont été nombreuses (éloignement de pratiquement toute l’ancienne équipe qui composait le GPRA en 1962; crise du 19 juin 1965, de décembre 1967, de l’été 1974…[[Voir Jean-Claude VATIS et Jean LECA. L ‘Algérie politique institutions et régime. Paris, FNSP, 1975]].

Au cours de toute cette période le parti du FLN a été en perpétuelle « structuration et restructuration ». Sa transformation en un parti d’avant-garde, conformément aux contenus des différentes chartes citées précédemment, s’est révélée comme étant une tâche très difficile.

Nous pouvons lire dans la Charte d’Alger le vœu suivant; « Il [le FLN] doit être un parti d’avant-garde profondément lié aux masses tirant toute sa force de cette liaison, mû par des impératifs de la Révolution socialiste et l’intransigeance vis-à-vis de ses ennemis»[[Front de Libération nationale. La Charte d’Alger (ensemble des textes adoptés par le premier congrès du Parti du Front de Libération Nationale du 16 au 21 avril 1964). Alger. Imp. Nationale, p. 107.]].

Ce vœu se retrouve formulé à peu près de la même façon douze années plus tard dans le texte de la Charte Nationale où il est dit que: « le Front de Libération nationale est un parti d’avant-garde. C’est l’organisation de tous les éléments conscients, tendus vers la réalisation d’un même but, la poursuite d’une même action, et dont l’objectif ultime est le triomphe du socialisme»[[Front de Libération Nationale,Charte Nationale. 1976. Alger, ENAP. p.45]].

Il y a donc une difficulté de lier la théorie â la pratique. Les raisons sont liées à l’histoire même de ce parti. Le Front de Libération Nationale s’est constitué le 1er novembre 1954. Il s’est assigné la tâche exclusive de faire recouvrir au pays son indépendance nationale. Pour la réalisation de cet objectif il a été fait appel à la «mobilisation de toutes les énergies et de toutes les ressources nationales»[[André MANDOUZE. La Révolution algérienne par les textes. Paris. Maspero. 1961, p. 239 à 243.]].

Malgré tout la guerre a duré plus de sept années. Ce fut en plus une guerre violente. Il en a résulté un décalage profond entre le mot d’ordre avancé – l’indépendance du pays – et la mobilisation populaire qui s’en est suivie. Dans un de ses discours, l’ancien Président Boumediene avait relevé: « le caractère limité des objectifs du 1er novembre 1954 »[[Intervention du Président Boumediene à la Conférence nationale de I’ UGTA. Octobre 1968, notes personnelles]].

Les différentes crises que les appareils du FLN•ALN ont connues au cours de cette guerre proviennent essentiellement de ce décalage[[Mohamed HARBI, Le FLN Mirage et réalité, Paris, éd. Jeune Afrique. 1980.]].

Le programme de Tripoli y fait référence en faisant une autocritique: « Le FLN qui, au début de l’action insurrectionnelle du 1″ novembre 1954 avait envisagé la lutte armée sous le seul angle de la libération nationale, n’a pu prévoir tout ce que la guerre qui s’en suivrait aurait comme implications et développements de natures diverses dans la conscience populaire et la société algérienne en général»[[Front de Libération Nationale, Projet de programme…, p.16.]].

Cette autocritique n’a pas été suffisante. Le FLN n’a pas pu, après l’Indépendance, prendre le projet de la construction du socialisme contenu dans les différents textes de la révolution algérienne.

Pour la vie propre du parti il s’en est suivi la conséquence suivante: le Front de Libération Nationale a été incapable avec l’ensemble de ses organes – Bureau politique, Comité central – et avec son mode de fonctionnement, le centralisme démocratique, de résoudre toutes les crises politiques que le pays a connues. Il les a plutôt subies, l’intervention de l’armée a toujours été décisive pour régler les différends qui apparaissaient au niveau des appareils de l’Etat: crise de l’été 1962; celle de juin 1965; de décembre 1967…

Dans le discours du Président Boumediène cité précédemment, celui-ci a essayé de justifier l’intervention de l’armée dans la crise de juin 1965 : « il n’a pas été possible, dit-il, de trouver une solution à la crise de juin 1965 dans le cadre des institutions légales. C’est pour cela que nous avons choisi les méthodes révolutionnaires« [[Intervention du Président Boumediène… (notes personnelles)]].

C’est un consensus acquis au sein de l’armée qui a permis en 1979 l’élection de Chadli Benjeddid à la présidence de la République.

Tous ces compromis trouvés à l’extérieur du FLN se traduisent d’une part par la réaffirmation du parti unique, et d’autre part par la restructuration de celui-ci. Le FLN restructuré est alors chargé d’une reprise en main des organisations de masse et ceci en conformité avec le compromis réalisé au sein de l’équipe dirigeante.

Nous allons donc étudier un des moments de cette crise à travers I ’application de l’article 120 des statuts du parti du FLN adopté au cours de son congrès extraordinaire (juin 1980).

Cet article stipule que:  » le parti du Front de Libération Nationale joue un rôle d’impulsion, d’orientation et de contrôle vis-à-vis des organisations de masse, sans se substituer à elles ou affaiblir leurs capacités d’initiative. Ne peut assumer des responsabilités au sein des organisations de masse que celui qui est militant structuré au sein du parti. Le Comité central arrêtera les étapes d’application de ce dernier principe»[[Ministère de l’Information et de la Culture, Dossiers documentaires. Congrès extraordinaire du Front de Libération Nationale (15-19 juin 1980).]].

Pourquoi I’ article 120? Comment a-t-il été appliqué ! Quelles peuvent être les implications ? Pour pouvoir répondre nous ferons un très bref rappel historique des rapports FLN•UGTA[[François WEISS, Pratique et action syndicale en Algérie.Paris. Cujas. 1970]].

I. – RAPPEL HISTORIQUE

Le mouvement syndical algérien a toujours subi dans le passé, pendant la période coloniale – l’influence du parti communiste algérien[[Jacques CHOUKROUN. Le syndicalisme et la question nationale en Algérie (1926 – 1954). Paris DES, 1969.]]. Nombre de militants responsables à différents niveaux du mouvement syndical étaient des adhérents de ce parti. Il s’en est suivi une compétition très forte entre les nationalistes et les communistes pour la conquête des masses ouvrières.

Dans cette lutte la stratégie des nationalistes visait un double objectif : limiter et réduire l’audience des communistes et ensuite évacuer toute référence à la lutte des classes du fait de leur vision unitaire de la société algérienne.

Sur cette conception des syndicats et des implications qui pouvaient en découler, le témoignage de M’Hamed Yazid sur cette époque est encore d’actualité : le problème des syndicats, dit-il,était posé sous son aspect négatif. Non pas sous l’aspect de construction d’une force pour la lutte de libération, mais la constitution d’une force pour liquider les syndicats contrôlés par les communistes »[[Témoignage de M’Hamed YAZID cité, par M. HARBI,Aux origines du FLN, Paris, Bourges, 1975.p. 151]].

Cependant, les militants communistes adhérents au syndicat n’étaient pas les seuls à être victimes des exclusives pratiquées par le courant hégémonique du MTLD représenté à l’époque par les centralistes[[Mohamed HARBI, Aux origines…]].

Les autres syndicalistes appartenant à ce parti, mais qui ne partageaient pas la conception unanimiste de la société algérienne défendue par les centralistes du MTLD avaient été victimes de ce sectarisme.

Cette politique étroite devait progressivement entraîner le départ ou la désaffection de militants ouvriers désabusés ou déçus par la politique défendue par leur parti.

Nous citerons une nouvelle fois le témoignage de M’Hamed Yazid: « plus on allait de l’avant de 1947 à 1953: plus on voyait la participation des ouvriers et des paysans diminuer, et la participation des intellectuels et des petits bourgeois augmenter»[[ln M. HARBI…,op. cité. Ce témoignage est corroboré par plusieurs autres interviews que nous avons recueillies auprès des anciens syndicalistes comme Merad Bachir, Rachid Dali Bey, Mustapha Saadoun, Belaid Khelifa, Hannouz, Khitman, Lakhdar Kaidi. ]].

L’appel du 1er novembre 1954, et la création de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) qui s’en est suivie le 24 février 1956 ont renversé totalement le rapport des forces à l’intérieur des syndicats.

Désormais ce sont les couches petites bourgeoises avec leurs conceptions hégémoniques très étroites qui vont dominer la vie politique du pays[[Interview de Mohamed Tegnia paru dans Algérie Actualités, Semaine du 12 au 18 mai 1983.]].

Mohamed Harbi qui a bien étudié les appareils du FLN – il y était – écrit à ce sujet: « on sait que le PPA se donne comme une émanation du peuple algérien. La volonté de monopoliser sa représentation est au centre de son idéologie. La conséquence politique de cette conception est que le PPA est seul à détenir la vérité. Tout ce qui lui est extérieur favorise les ennemis du peuple … Cette revendication ouverte il l’hégémonie sur les autres formations nationalistes doit aboutir à terme à les faire disparaître »[[Mohamed HARBI, Messali HADJ et la vérité historique (in :Les Mémoires de Messali Hadj, p.305-306]].

Cette conception hégémonique de la vie politique du pays s’est retrouvée dans les textes issus du Congrès de la Soumam – 20 août 1956: une partie des attaques est dirigée alors contre les communistes et le syndicat UGSA. Le Congrès de laSoumam dénonce:« la passivité générale du mouvement ouvrier organisé » et l’apathie des cadres syndicaux de l’UGSA attendant les bras croisés les directives de Paris »[[Congrès de la Soumam, 20 août 1956. Extrait de la plate-forme.]] .

La crise politique de l’été 1962 a permis à l’UGTA de se frayer une voie en vue de défendre son autonomie vis-à-vis du Bureau politique du FLN nouvellement installé.

L’accord du 20 décembre 1962 signé entre le FLN et l’UGTA lui reconnait cette autonomie : «les travailleurs élisent démocratiquement leurs responsables en dehors de la présence de toute personne étrangère au syndicat » et le fait que« les syndicats, unions locales, unions régionales et fédérations reçoivent leurs directives directement de la centrale « .

Le partis’engage de son côté à n’admettre «aucune mesure importante portant atteinte à la liberté d’action et d’expression des militants syndicalistes dans le cadre des activités syndicales de leur organisation»[[François WEISS, op.cit.]].

Cet accord ne fut jamais appliqué. Il a été violé pour [a première fois au 1er Congrès de l’UGTA (février1963):  » le Congrès est ouvertement manipulé : la salle est envahie par deséléments extérieurs, les membres du secrétariat sont écartés et une directionparachutée plus complaisante est « élue »[[DERSA, L’Algérie en débat. Luttes et développement. Ouvrage collectif. Paris, Maspero, 1981, p.63.]].

Ce coup de force se traduit par une perte de crédibilité de l’UGTA et en particulier de son secrétariat national et de la commission exécutive.

Pourtant ce processus de contrôle de toute la structure syndicale qui devait découler de ce coup de force est en partie remis en cause. Les raisons en sont multiples. Les luttes pour le contrôle de l’appareil de l’Etat s’aiguisent et s’approfondissent.

Ce qui reste de la crise de l’été se transforme en « wilayisme». Mohamed Khider est éliminé de son poste de secrétaire général du FLN. Ferhat Abbas démissionne de la présidence de l ‘Assemblée Constituante. L’étape de la révolution nationale et démocratique -telle qu’elle est définie par le Programme de Tripoli – connait un début d’application (politique anti-impérialiste plus prononcée, nationalisation des terres de la colonisation et des biens vacants, textes sur J’autogestion …).

Le mouvement social qui se développe à l’époque, en particulier le mouvement des grèves (1963-1964)[[François WEISS, op.cit.]] réalise sa jonction avec les représentants progressistes de l’appareil du FLN. Tout cet ensemble d’acquis», de transformations sociales et politiques ont été théorisées dans les thèses adoptées au 1er Congrès du FLN(1964).

Le IIe Congrès de l’UGTA (mars 1965) se tient alors dans des conditions favorables. Le secrétariat national issu de ce deuxième congrès est le résultat de véritables négociations qui ont eu lieu entre le Bureau Politique du FLN etles représentants des syndicats. Ce compromis qui sauvegarde pour l’essentiel l’autonomie syndicale est accueilli avec enthousiasme par les congressistes [[François WEISS, op.cit. ]].

Mais une nouvelle fois tout est remis en cause par le Coup d’Etat du 19 juin 1965.

Le Secrétariat de l’UGTA approuve  » du bout des lèvres» le nouveau régime qui vient de s’installer. Les affrontements avec le pouvoir se développent (affaire Norcolor, Boutiba …). Le journal de la centrale syndicale est à plusieurs reprises saisi [[François WEISS, op.cit. ]]. Mais fondamentalement c’est le problème de l’autonomie de l’UGTA qui est reposé. Le rapport du secrétariat national de l’UGTA présenté à la commission exécutive le 21 et 22 mars 1966 note avec beaucoup d’amertume et d’humour les différentes phases traversées par l’UGTA dans ses rapports avec le FLN.

Nous extrayons de ce rapport le passage suivant: « depuis l’accord réalisé en décembre 1962, les choses ont évolué; cette évolution se manifestant toujours dans le même sens, c’est-à-dire Parti-UGTA. Nous avons connu toutes les formules:

  • l’UGTA organisation nationale est avec le Parti,
  • l’UGTA organisation nationale est derrière le Parti.
  • l’UGTA organisation nationale est du Parti.
  • l’UGTA organisation nationale est dans le Parti.

Maintenant nous sommes dans le Parti qui comprend l’organique et les ON. Il faut avouer à notre corps défendant que les seuls rapports que nous avons eus avec le Secrétariat exécutif ne le furent qu’à l’occasion de rappels à l’ordre, de restrictions, d’interdits» [[François WEISS, op.cit. ]].

La tentative du coup d’Etat avorté de Tahar Zbiri en décembre 1967 entraîne un réajustement de l’appareil du parti. Celui-ci est restructuré. Le Secrétariat exécutif est dissous. Kaïd Ahmed est nommé responsable du parti. Il est chargé de la reprise en main des organisations de masse. Le FLN prend alors directement en charge la préparation du IIIe Congrès national de l’UGTA.

Il installe une « commission nationale de préparation » les 26-27 octobre 1968

La résolution finale adoptée à l’issue des travaux de cette commission déclare:«en remettant au parti créateur de l’UGTA le soin de préparer et de convoquer le troisième congrès, il est donc parfaitement normal et conforme â la légalité révolutionnaire que ce congrès, appelé à se dérouler dans un contexte nouveau, se tienne selon les méthodes nouvelles que le Parti qui assume le rôle dirigeant est en droit d’apprécier»[[Résolution de politique générale adoptée par la conférence des cadres des 26-27 octobre 1968.]].

Des mesures administratives – déplacement de fonctionnaires – sont prises contre les récalcitrants de cette mise au pas de l’UGTA. Désormais la place du syndicat est fixée et ordonnée par le responsable du Parti comme l’indique cette circulaire du 30 octobre 1968 émanant de Kaïd Ahmed « le discours d’orientation fait par moi-même au nom du parti et des instances responsables situent désormais la place du syndicat, l’importance à lui accorder et plus expressément le rôle et le sens responsable des dirigeants syndicaux à tous les niveaux qui doivent obligatoirement et sans compromis et sans marchandage, être entièrement soumis aux règles statutaires du Parti dans son esprit. .. Autrement dit ni l’unicité de l’UGTA, encore moins celle du Parti ne devront être remises en cause»[[Circulaire du responsable du Parti, Kaïd Ahmed, 30 octobre 1968]]. Le IIIe Congrès de l’UGTA qui s’est tenu entre le 5 et le 9 mai 1969 a été totalement contrôlé par le parti depuis la désignation à la base des congressistes jusqu’à l’ « élection » du nouveau secrétariat. Le IVe Congrès de l’UGTA (1974) n’a pas apporté de profondes modifications quant aux méthodes avec lesquelles on installe le Secrétariat élu ».

Le courant hégémonique du parti du FLN responsable à cette époque de la reprise en main « de l’UGTA en profite pour introduire de profondes modifications dans les statuts de la centrale (velléité de suppression des fédérations, séparation des ouvriers agricoles de l’UGTA pour les rattacher à l’UNPA, tentative d’introduire le principe de la retenue à la source – c’est-à-dire sur la fiche de paie – du prix de la cotisation syndicale[[Les statuts de l’UGTA changent pratiquement à chaque congrès. Une analyse de ces textes nous aidera beaucoup à comprendre comment s’opère l’opération de contrôle du syndicat.]].

Cet aperçu historique nous éclaire sur la nature et la forme des rapports qui ont toujours existé entre le parti du FLN et l’UGTA. Il y a eu toujours subordination du syndicat par rapport au parti. L’application de l’article 120,n’est donc pas une procédure nouvelle. Elle continue les précédentes mais avec des données sociales et politiques nouvelles.

II. POURQUOI L’APPLICATION DE L’ARTICLE 120?

Les raisons sont multiples:

A) APPARITION ET ÉMERGENCE D’UNE CLASSE OUVRIÈRE

En 1980 la population totale de l’Algérie a doublé par rapport à ce qu’elle a été en 1960: elle a été multipliée par deux fois et demie par rapport à 1954 (tableau 1). Ce fort accroissement démographique et la politique d’industrialisation intensive menée depuis une vingtaine d’années ont eu deux effets immédiats.

TABLEAU 1[[Pour la réalisation de ces tableaux, nous nous sommes appuyés sur les « Annuaires statistiques ». Pour les chiffres d’avant 1962 nous avons évacué les données sur les populations européennes.]]

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Très fort exode rural:

Le nombre d’habitants résidant dans les agglomérations urbaines a été multiplié par 4 par rapport à 1960; et par 5 par rapport à 1954 (tableau 1). Cet accroissement rapide de la population urbaine a engendré des tensions très fortes sur la société. Des besoins sociaux nouveaux naissent et se développent (logement, transport, soins médicaux, scolarisation des enfants, politique des loisirs, etc.)

Politique d’industrialisation

Le nombre de salariés, tous secteurs confondus plafonne aujourd’hui autour de 3 000 000. Il a été multiplié par 6 par rapport à 1954 (tableau 2). Quant au prolétariat,celui qui est lié directement à la production industrielle, son chiffre a été multiplié par 12.

TABLEAU 2[[Gouvernement général de l’Algérie. Statistiques industrielles de l’Algérie établies en 1951.À notre connaissance cette statistique est encore inédite. Nous avons évacué les données sur la main d’œuvre européenne.]]

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Avec l’accroissement du nombre d’ouvriers liés à la production industrielle, s’est accru également Je niveau de la concentration. La constitution d’un puissant secteur d’Etat, a permis la création de très grandes unités industrielles avec l’acquisition plus ou moins bien assimilée d’une technologie de pointe. Toute une hiérarchie d’ouvriers: du technicien supérieur jusqu’au manœuvre s’est donc constituée. En plus ce prolétariat qui se constitue connait depuis ces dernières années une stabilité plus grande. La mobilité de la main-d’œuvre régresse. La concurrence devant l’emploi devient plus forte. Nous utiliserons comme point d’appui pour cette hypothèse les données qui nous sont fournies par le complexe sidérurgique d’El Hadjar (tableau 3).

TABLEAU 3[[Situation de travail et des travailleurs du complexe sidérurgique d’El Hadjar.]]

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Ce prolétariat qui se constitue progressivement, voit en même temps ses problèmes sociaux s’accroître. Il est amené à intervenir de plus en plus sur le terrain des luttes sociales avec un fort accroissement des grèves (tableau 4). Il introduit donc au sein de la société algérienne des formes modernes de lutte.

TABLEAU 4 [[La presse algérienne publie de temps à autre des statistiques sur les grèves, nous les avons regroupées]]

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L’émergence de ce prolétariat sur le plan quantitatif et sur le plan des luttes ont inquiété les couches petites bourgeoises toujours largement dominantes au sein des appareils de l’Etat. Ces couches ont donc senti la nécessité de contenir l’émergence sur le plan politique de cette nouvelle classe ouvrière. Ils ont voulu imposer leur hégémonie par la mise en application de l’article 120.

B) TRANSFORMATIONS POLITIQUES

Depuis 1971 des mesures allant dans le sens de l’orientation socialiste ont été prises par le pouvoir (nationalisation des hydrocarbures, mise en application de la révolution agraire, de la gestion socialiste des entreprises, institutionnalisation du monopole de l’Etat sur le commerce extérieur. etc.). Cet ensemble de mesures s’est traduit par l’élimination ou la marginalisation de certains hommes politiques (élimination de Kaïd Ahmed, crise de l’été 1974 …). La charte nationale adoptée par référendum en juin 1976 confirme l’orientation à gauche du pouvoir.

En plus, cette charte prend en considération [« existence dans le pays d’autres courants politiques favorables à l’option socialiste. Il est écrit dans le paragraphe consacré au « parti d’avant-garde et les militants» que « seuls ceux qui combattent inlassablement pour le triomphe de l’option socialiste définie dans la Charte, qui sont convaincus de la justesse des idées du FLN et s’engagent à les mettre en pratique, qui se consacrent pleinement à la lutte pour la réalisation de ses idéaux, peuvent être membres du Parti »[[Front de Libération Nationale,Charte Nationale…]].

La charte nationale devient désormais un des points d’appui des luttes politiques qui se développent dans le pays. Le mouvement social prend de l’extension, en particulier les grèves(tableau 4) [[Paul BALTA et Claudine ROULEAU, L’Algérie des Algériens vingt ans après. Paris, Ed.Ouvrières, 1981.]]. Une nouvelle fois, comme en 1963, 1964, le mouvement social trèsfort dans le pays réalise sa convergence avec le courant progressiste du FLN.

L’orientation socialiste s’approfondit avec tous ses aspects contradictoires. Leparti est restructuré. Mohamed Salah Yahyaoui est installé en novembre 1977 comme responsable exécutif chargé de J’appareil du parti. Il a pour tâche immédiate de préparer les congrès des organisations de masse.

Pour l’UGTA, il commence par repousser la date du Ve Congrès dont les initiateurs voulaient à l’origine faire, un congrès des cadres syndicaux. Le parti du FLN décide d’élargir le nombre de congressistes et de procéder à des élections à la base. Le Ve Congrès de l’UGTA qui s’est tenu en mars 1978, s’il n’a pas coupé totalement avec les méthodes anciennes pour la désignation du nouveau secrétariat, introduit cependant des innovations. En effet, en application du contenu de la charte nationale, la direction du FLN prend en considération, pour la mise en place de la nouvelle commission exécutive, l’existence dans le pays d’autres courants politiques favorables à l’option socialiste.

Le nouveau compromis, avec toutes ses limites, favorise le développement de la vie syndicale grâce à une audience plus grande de l’UGTA.

Tout cet ensemble de mesures avait de quoi inquiéter plusieurs forces politiques opposées pour différentes raisons à cette nouvelle stratégie. Il se réalise une convergence d’intérêts en vue de bloquer ce nouveau processus.

L’émergence de ce prolétariat sur le plan économique, social et politique suscite des inquiétudes. Parmi les forces sociales et politiques qui avaient à cette époque intérêt à un affaiblissement de l’UGTA nous citerons:

La bourgeoisie nationale :

Cette catégorie n’a pas ses représentants au pouvoir. Il est donc difficile de pouvoir démontrer que la bourgeoisie nationale ait pu jouer un rôle direct dans la mise en application de l’article 120. Mais depuis 1971, elle s’est pratiquement installée dans l’opposition (exemple la déclaration de Benkhedda, de Ferhat Abbas)[[Manifeste signé par F. Abbas, Benkhedda, Lahouel, Kheirredine et distribué à la presse internationale à Alger en avril 1976.]].

TABLEAU 5

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En plus le tableau ci-joint (tableau 5), des agréments accordés par la « Commission nationale des investissements » nous éclaire sur le comportement de cette couche sociale vis-à-vis du pouvoir[[Nous remercions M Walid Laagam qui a bien voulu nous communiquer ces chiffres. Ceux-ci seront publiés plus détaillés dans sa thèse d’Etat qui est en chantier.]]. Il y a une chute rapide des investissements à partir de 1971. La bourgeoisie nationale s’inquiète des orientations prises par le pouvoir. Elle n’a plus confiance. La plus-value est désormais thésaurisée dans la construction de villas somptueuses édifiées dans les banlieues des grandes agglomérations. Certaines de ces «villas » sont estimées à plusieurs centaines de millions. Ces « investissements sont également orientés vers la bijouterie selon le correspondant du quotidien » El Moudjahid» à Constantine «des sommes considérables évaluées à environ cinq milliards ont été »englouties» dans le commerce de l’or et de l’argent » et le nombre de bijoutiers toujours dans la ville de Constantine est passé: «d’une quarantaine environ … à plus de deux cents»[[El Moudjahid, 26 décembre 1977.]].

Cette catégorie sociale avait donc intérêt à bloquer cette orientation nouvelle du régime en affaiblissant l’organisation des travailleurs.

La bourgeoisie bureaucratique:

La constitution d’un puissant secteur d’état lié pour l’essentiel au marché capitaliste et l’absence de vie démocratique dans le pays depuis 1962 ont engendré la formation de cette bourgeoisie bureaucratique.

L’autorité de cette catégorie sociale a commencé à être remise en cause par la mise en application de la gestion socialiste des entreprises, et d’autres lois sociales favorables aux travailleurs.

En plus la consolidation du mouvement syndical risquait de remettre en cause leur pratique négative dans la gestion des affaires de l’Etat (corruption. népotisme, détournement des biens de l’Etat).

Cette catégorie sociale qui avait ses représentants au pouvoir a œuvré directement dans la mise en application de l’article 120.

Les carriéristes des appareils de l’Etat et du parti:

Depuis 1968 et peut-être même avant s’est constituée toute une armée de permanents qui s’est accrochée aux appareils de l’Etat, du parti et de l’UGTA.

En effet, il est rare de voir un élu syndical, ayant atteint un niveau national de responsabilité, revenir une fois son mandat achevé à son poste de travail originel.

Les différentes forces politiques qui composent le pouvoir arrivent toujours à les recycler dans les appareils de l’Etat et du parti du FLN ; ou au moins à leur
faire obtenir des promotions dans leur entreprise d’origine. Toute cette armée de «permanents» tente par tous les moyens d’obtenir une promotion encore plus élevée.

De toutes les façons ils essaient au moins de se maintenir au pouvoir en dépit de toutes les conjonctures politiques contradictoires.

La poussée démocratique qui avait commencé à s’exercer dans les syndicats les a dérangés.

Ils ont œuvré avec une conviction profonde pour tenter de bloquer ce renouveau syndical. Ils ont été les principaux artisans de l’application de l’article 120.

Le courant religieux intégriste

L’évolution rapide de la société algérienne – très fort exode rural et désintégration de la famille – s’est traduite paradoxalement par un retour de l’idéologie conservatrice. Il en est résulté un décalage entre les contraintes du vécu, et la conscience des gens.

Dans cette société en transition, le courant« frères musulmans » a pu acquérir facilement une audience. Il a combattu avec violence les orientations contenues dans la Charte Nationale.

Cependant il a dirigé l’essentiel de ses attaques contre le mouvement des jeunes (UNJA), et celui des étudiants.

Les différents incidents créés par « les frères musulmans » ont été un des points d’appui qui ont permis à certaines forces politiques d’agir pour s’opposer à ces orientations nouvelles du régime.

Toutes ces forces ont donc conjugué leurs efforts pour essayer d’affaiblir le Syndicat à partir de l’application de l’article 120. Dans leur travail de masse – en particulier dans les syndicats – ils vont intervenir pour grossir le danger « communiste ».

III. COMMENT A ÉTÉ APPLIQUÉ L’ARTICLE 120?

La période de transition qui a suivi la mort du Président Boumediène s’est faite autour des deux mots d’ordre suivants: continuité et respect de la légalité constitutionnelle.

Mais très rapidement des divergences politiques sont apparues à l’intérieur du Bureau politique du parti du FLN.

Cette crise a été réglée au cours de la troisième session du Comité central (3•4•5 mai 1980) qui octroie les pleins pouvoirs au Secrétaire général: « le Comité central constate que certains organes et structures existants souffrent d’absence de coordination et des chevauchements des attributions plus particulièrement au niveau de l’instance exécutive du Comité central. À cet effet le Comité central – soutient avec force les mesures qui seront prises par le Secrétaire général dans le cadre des attributions qui lui sont assignées pour le renforcement des structures du parti et des organes de l’Etat, et procéder aux changements et aux réajustements qu’il considère nécessaires pour mettre en place les structures et choisir ceux qui sont aptes à la responsabilité ; selon le principe de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut»[[Résolution organique adoptée par la 3e session du CC du parti du FLN (El Moudjahid, 15 mai 1980).]].

Chadli Bendjeddid en profite pour « restructurer » le parti du FLN.

Il remanie le Bureau politique à deux reprises ; en plus de la composition originelle issue du IVe Congrès du parti. Il procède en même temps à la nomination par décret de Mohamed Cherif Messadia comme responsable du Secrétariat permanent du Comité central[[À notre connaissance c’est la première fois qu’un haut responsable du parti est nommé par décret paru au Journal Officiel.]]. Il a été promu par la suite membre du Bureau politique.

Le Congrès extraordinaire du parti du FLN qui s’est tenu en juin 1980 avait à son ordre du jour la présentation et la discussion du Plan quinquennal (1980•84).

Dans le débat général, les congressistes qui ont eu la possibilité de prendre la parole ont orienté l’essentiel de leurs interventions sur une attaque contre les « idéologies importées ». Certains courants progressistes du pays sont accusés d’être à l’origine des grèves et conflits sociaux (tableau 4). On les accuse également de complicité avec les manifestants de Grande et Petite Kabylie[[En mars-avril 1980 les régions de Petite et Grande Kabylie ont été secouées par des manifestations populaires. L’intervention violente et provocatrice de la police les ont faites dégénérer en émeutes. Beaucoup plus qu’une manifestation d’un régionalisme, ce mouvement était plutôt le résultat d’un « ras-le-bol social ». D’autres manifestations du même genre se sont déroulées par la suite dans d’autres régions du pays (Guelma, Skikda, Biskra, Saida, Oran…).]].

Ce congrès adopte les nouveaux statuts du parti du FLN dont l’article 120. La quatrième session du Comité central qui s’est tenue le 27•29 décembre 1980 décide dans une résolution adoptée à I ’unanimité des membres l’application immédiate de I’ article 120 avec des modalités de mise en application très aggravantes (circulaire du 4 février 1981).

Les premières mesures commencent à être prises suivant trois directions:

a) Au cours du renouvellement des différentes structures de I’UGTA dont le mandat était arrivé à son terme. Les atteintes à la démocratie et aux libres choix des travailleurs sont signalées un peu partout, à travers tout le pays, au secrétariat national de I’UGTA par renvoi de lettres ouvertes, de motions, de pétitions, etc. Certaines autorités locales du parti du FLN imposent, en effet, aux travailleurs la liste des candidats pour lesquels ils devaient voter. Ces cas se sont produits en particulier au cours du renouvellement des Congrès des Unions territoriales d’Alger Nord (qui englobe le périmètre de Bab-el-Oued jusqu’à Bainem) ; de l’Union territoriale d’Oran Nord dont plus du tiers ont quitté la salle du congrès pour protester contre ces pratiques; à Tiaret, à l’Union territoriale de Drean à Annaba, etc. C’est le cas aussi de pratiquement tous les congrès de renouvellement des unions de Wilaya; mais là où la résistance a été la plus forte ce fut à Alger, Oran, Tiaret, Annaba. Le congrès de renouvellement de l’Union de Wilaya de Batna a duré 6 heures ! …

b) Certaines autorités locales du parti du FLN procèdent un peu partout à travers tout le pays à la dissolution des différentes structures de l’UGTA qui s’opposaient à l’application de l’article 120. C’est le cas de plusieurs sections syndicales, et d’un certain nombre d’unions territoriales ou communales (exemple Union territoriale de Boufarik, Union communale du 1er mai à Alger, celle de Tiaret, d’El-Hadjar à Annaba, etc.).

c) La direction centrale du parti du FLN entame une opération de renouvellement des différents secrétariats des fédérations. Douze secrétaires fédéraux appartenant aux onze corporations furent relevés de leurs fonctions par un télex envoyé par la direction centrale du parti du FLN au Secrétariat national de l’UGTA avec pour ordre son application immédiate.

Le VIe Congrès de l’UGTA qui s’est tenu entre le 12 et 15 avril 1982 se déroula dans cette atmosphère générale. La désignation des délégués pour la participation au congrès fut un peu partout entachée d’irrégularités (très peu d’assemblées générales, listes uniques des candidats, appartenance au parti du FLN).

Comme pour les trois derniers congrès de l’UGTA qui l’avaient précédé, celui-ci accorda également une place de choix aux problèmes organiques.

Plusieurs grandes mesures ont été prises parmi lesquelles nous citerons les plus importantes:

• dissolution des fédérations,

• introduction dans les statuts de l’UGTA de l’article 120: « tous les responsables au sein des instances de l’UGTA doivent être des militants du parti FLN conformément à l’article 120 du statut du Front de Libération Nationale[[Révolution et travail, septembre 1983.]];

• retour à la liste unique des candidats « pour combattre, déclare Mohamed Cherif Messadia, les tendances négatives de la campagne électorale » !

• désignation des délégués aux différents congrès et conférences par l’intermédiaire des conseils syndicaux. Il n’y a donc plus d’élections à la base

IV. – QUELS PEUVENT ÊTRE LES EFFETS
DE L’APPLICATION DE L’ARTICLE 120?

• Comme lors des cas précédents. l’UGTA a perdu une grande partie de sa crédibilité, en particulier son secrétariat national.

• Les atteintes aux libertés syndicales prennent une proportion de plus en plus grande. Les cas de licenciement des délégués syndicaux, ou mutations administratives sont de plus en plus fréquemment observés (complexe de véhicules industrielles : CVI de Rouiba pour la grève de septembre 1982; celle de dockers du port d’Alger en mars-avril 1983).

• Les travailleurs font de moins en moins confiance au syndicat. Le pourcentage élevé des grèves par rapport au total des conflits (tableau 4) en est un exemple probant. Les délégués syndicaux n’ont plus la capacité de négocier la solution des conflits.

• Les atteintes aux libertés démocratiques s’élargissent et touchent d’autres catégories sociales: les femmes, les jeunes, les journalistes; les universitaires(exemple le Congrès de l’Association des économistes et sociologues d’Algérie qui a été entaché de toute une série d’irrégularités) …

• Les conflits sociaux se déplacent de plus en plus vers l’organisation de manifestations populaires: en particulier dans les grands centres urbains …

Au regard de tout ce qui précède pouvons- nous affirmer et dire que les différentes forces politiques qui ont œuvré à la mise en application de l’article 120 aient en commun un projet politique de rechange? Les réponses sont à l’étape actuelle très difficile à formuler. Cependant nous possédons quelques indices.

Depuis deux ans nous assistons à une poussée » rampante» de la droite.

La mise en application de l’option socialiste se ralentit. Différentes mesures tendant à libéraliser le système économique ont été prises : retour des mandataires ; les autres phases de la révolution agraire sont bloquées notamment en ce qui concerne la nationalisation du cheptel. Un nouveau code des investissements dans le secteur privé est promulgué. Il corrige celui de 1966. Dans le nouveau texte adopté par I ’Assemblée Populaire Nationale (APN) le chiffre d’affaires est porté à trente millions de dinars ; et il élimine tout risque de nationalisations.

La crise économique mondiale commence à toucher l’Algérie à travers les prix du pétrole. Les responsables politiques ont choisi ce moment précis pour attribuer des « cadeaux » aux couches bourgeoises et petites bourgeoises. Des indemnités sont versées aux personnes ayant été touchées par les différentes nationalisations y compris celle de la période 1963-1965. On vend les biens de l’Etat ; on accorde des crédits aux anciens moudjahidines pour monter des affaires … D ’un autre côté on grignote le pouvoir d’achat des salariés (tableau 6) [[Estimations établies par le ministère du Plan et de l’Aménagement du territoire.]].

TABLEAU 6 (base 100 en 1978)

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En plus, la restructuration des entreprises, actuellement en cours, vise à introduire les lois de l’économie du marché. On menace donc de fermer les entreprises déficitaires ou celles qui connaissent de graves problèmes sociaux.

Cependant tous ces indices ne sont pas suffisamment probants pour parler d’une totale remise en cause des options fondamentales du pays. Si pour certaines forces politiques l’application de I’ article 120 veut dire le retour à l’hégémonie étroite et sectaire du parti du FLN sur les organisations de masse et en même temps la recherche d’une  » troisième voie » pour d’autres il s’agit d’une option vers le libéralisme. Mais pour les uns et pour les autres, et pour différentes raisons, il s’agit de revenir sur le contenu de la Charte nationale ou au moins sur certains paragraphes. Il est certain que le prochain congrès du parti du FLN prévu pour décembre 1983 sera déterminant quant aux choix politiques et économiques qui seront adoptés.

Quant à l’application du « préalable» d’appartenance au FLN pour pouvoir exercer une responsabilité dans les organisations de masse il a été – comme nous l’avons vu – chaque fois rejeté par les syndicats.

Quid de l’article 120?

Il est difficile de pouvoir se prononcer dès aujourd’hui.

Abderrahim TALEB

Date ? 1982 ? 1983 ?


Sources:

article blog algerieinfos-saoudi du 7 juin 2015 – publié par Saoudi Abdelaziz:

Article 120. Les éditorialistes d’El Watan et Liberté devraient lire l’historien Taleb Abderrahim

bureau_fln_80_photo_dr.jpg
Années 80, le bureau politique du FLN. Photo DR

L’article 120 a été adopté en juin 1980 au cours du congrès extraordinaire du FLN provoqué par Chadli Bendjedid. …
…]
Cet article 120, adopté par le congrès extraordinaire du FLN de 1980 après la mort de Boumediene et sous la présidence de Chadli, ne concerne en rien les cadres de l’Etat, dont l’enquête de validation et le suivi des activités étaient assuré par les officiers de la sécurité militaire puis du DRS.
Cet article ne visait que l’encadrement de l’UGTA, l’UNJA et l’UNFA et des autres organisations de masse qui, au cours des années 70, rejetaient de plus en plus la tutelle asphyxiante du FLN.

Cet article 120 stipule :  » le parti du Front de Libération Nationale joue un rôle d’impulsion. d’orientation et de contrôle vis-à-vis des organisations de masse, sans se substituer à elles ou affaiblir leurs capacités d’initiative. Ne peut assumer des responsabilités au sein des organisations de masse que celui qui est militant structuré au sein du parti. Le Comité central arrêtera les étapes d’application de ce dernier principe».

L’historien Taleb Abderrahim, dans son étude intitulé « Les rapports Parti syndicat en Algérie à travers l’application de l’article 120 des statuts du FLN » rappelait les circonstances de l’adoption de ce fameux article par le « congrès extraordinaire » du FLN de juin 1980.

« L’article 120 est un des éléments du consensus acquis au sein de l’armée qui a permis en 1979 l’élection de Chadli Benjeddid à la présidence de la République (…)

Le FLN restructuré est alors chargé d’une reprise en main des organisations de masse et ceci en conformité avec le compromis réalisé au sein de l’équipe dirigeante ».

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Pourquoi I’article 120? Comment a-t-il été appliqué ? Lire la suite du rapport du regretté Taleb Abderrahim en pdf : http://aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1982-21_36.pdf


QUE CACHE LA LETTRE DU GÉNÉRAL GAÏD TAHAR?

Publié par Saoudi Abdelaziz
blog algerie infos
le 11 juin 2015

Que se cache-t-il derrière la lettre fortement médiatisée du chef d’Etat-major de l’ANP? Quels sont les intentions réelles du « système »? Existe-t-il un deal au sommet?

Succession?

L’éditorial du quotidien Liberté par Omar Ouali concluait hier: « Tout le monde aura compris que la sortie de Gaïd Salah participe de ces manœuvres plus ou moins visibles qui consistent à mettre les pièces du puzzle de la succession qui semble s’accélérer. Mais, on ne joue pas avec l’Armée !

La succession n’est pas à l’ordre du jour estime au contraire Abdellatif Bousenane dans une opinion publiée ce matin dans Le Quotidien d’Oran. Pour lui, l’actualité « confirme que la présidence a fini par exiger sa vision des choses et ses hommes pour aller jusqu’au bout du quatrième mandat et jouer un rôle majeur dans le choix des futures décideurs au-delà de 2019. » Contredisant ainsi « l’avis d’une grande majorité des politiques, commentateurs et observateurs qui prédisaient déjà un compromis aux plus hautes sphère du pouvoir entre les différentes composantes de l’élite gouvernante qui aboutira par le retrait du président Bouteflika au profit d’Ahmed Ouyahia ».

Le journaliste et ancien patron de presse « éradicateur » Mohamed Benchicou critique l’évolution récente de l’ANP:  » Fallait-il faire barrage au général Toufik à ce prix ? Rien ne peut justifier cette honteuse dérobade ; ni les considérations « tactiques », ni les obligations courtisanes. Il est des choses sacrées qui ne sont pas réductibles aux jeux de cour. La lettre de Gaïd Salah met l’armée dans une pitoyable posture d’obséquiosité. Bouteflika ne vient pas seulement de la découpler du DRS ; il lui a ôté son vieux pagne de respectabilité. Les conséquences seront terribles ».
Les uns après les autres, Benflis, les dirigeants du Msp et du Rcd appellent l’ANP à rectifier le tir, sans contester vraiment l’immixtion des militaires dans la direction du pays. Louisa Hanoune ne voit dans la lettre qu’ « une forme de fragilisation et de déstabilisation de la colonne vertébrale de l’État”.

Appeler « un chat un chat »

Kharroubi Habib ne voit pas les choses sous cet angle: « Des opposants qui fustigent avec le plus de véhémence le premier patron de l’institution militaire en l’accusant d’avoir impliqué celle-ci aux côtés d’un clan du pouvoir ont été les plus ardents partisans et chantres de l’intervention des militaires dans la vie politique.(…) Ils auraient sans aucun doute applaudi que Gaïd Salah implique l’ANP dans les scénarios échafaudés par eux pour en finir avec le pouvoir en place. Ils dénoncent et fustigent parce qu’il en a décidé autrement ».

Dans sa conclusion le commentateur du Quotidien d’Oran estime que l’opposition serait « pitoyable » « si elle persiste à voir en Bouteflika et en son clan le problème dont la révolution dénouerait la crise nationale. Il font certes partie du problème mais encore plus qu’eux l’institution qui leur a ouvert les portes du pouvoir et cautionné leur plan pour s’y incruster indéfiniment. L’opposition se doit désormais d’appeler « un chat un chat » et de parler et d’agir en conséquence. »

Alignement pro-occidental à l’ordre du jour?

Le journal online Libre Algérie proche du FFS, arbore un titre de rupture inaccoutumé : « Le pouvoir militaro-énergétique dévoile sa face ». Après avoir condamné Les propos anti-constitutionnels de Gaïd Salah, le journal estime que derrière se profile « le nouveau programme économique et social adopté par les détenteurs du pouvoir ». Programme « qui s’articule autour de deux points importants ».

« Le premier, qui s’adresse à l’Europe en général et la France en particulier, annonce et rassure de l’autre côté de la méditerranée que l’Algérie ne les laissera pas entre les griffes de la Russie et Gazprom. Ainsi, le premier ministre tranquillise les européens en déclarant que la priorité dans son programme et de leurs assurer de l’énergie, en doublant l’exploration et l’exploitation, au point de demander même à la Sonatrach d’arrêter ses projets à l’extérieur. Les retombées d’une telle politique ne peuvent être que désastreuse pour les richesses du sous-sol algérien, lorsqu’on connait les conséquences de l’exploitation effrénée, par Chakib Khelil, sur certains gisements, à l’exemple de Hassi-Berkine, sans oublier la tentation de l’exploitation du gaz de schiste, un projet resté opaque y compris dans son volet juridique qui lie notre pays à des firmes étrangères et que les générations futures risqueraient de payer le prix très cher. À ce sujet, François Hollande, attendu prochainement à Alger, ne viendra pas en touriste ?

« Le second point grave du programme du deal passé au sommet du pouvoir est l’austérité annoncée. Pour les maîtres de l’Algérie, c’est encore les populations et surtout les couches les plus démunies qui vont payer la facture de leur non-gestion. C’est le petit peuple qui va payer pour la corruption qu’ils ont installé comme mode de gestion économique. Il ne faut pas être dupe ; ils l’ont bien montré lors des derniers procès sur la dilapidation des deniers de l’Etat, que les corrupteurs n’ont pas à s’inquiéter car le peuple payera pour eux.

Saoudi Abdelziz
le 11 juin 2015

blog algerie infos


AUTOUR DE LA CONJONCTURE ALGÉRIENNE ET INTERNATIONALE ACTUELLE

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2015. VERS LE RENOUVEAU DE LA GAUCHE ALGÉRIENNE?Saoudi Abdelaziz – blog algerieinfos – 3 Juin 2015;


OMAR AKTOUF, ÉCONOMISTE, À L’EXPRESSION: « L’AUSTÉRITÉ N’EST PAS UNE SOLUTION »par Amar INGRACHEN – L’Expression – le 02 Juin 2015;


2015. VERS LE RENOUVEAU DE LA GAUCHE ALGÉRIENNE?

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Saoudi Abdelaziz

blog algerieinfos

3 Juin 2015

Mis en ligne en décembre 2014

Le peuple algérien restera-t-il absent du paysage politique en 2015 ou bien sortira-t-il du champs clos des luttes sociales limitées aux lieux de travail et d’habitation? C’est sans doute la question centrale que se posent l’ensemble des forces politiques qui souhaitent le soutien des Algériens ordinaires à leurs projets.

Jusqu’ici privées de cette base de masse, les luttes politiques sont dévitalisées. On sait que le renouveau politique des années 88-91 a été quasiment tué par les clivages « idéologiques » suscités et exploités par le système, privant les citoyens, placés en position de survie pendant la décennie noire, de la possibilité élementaire d’exprimer des opinions politiques.

Le peuple algérien reste une nébuleuse pour les politologues. Peut-être, n’existe-t-il plus désormais? Les experts ont trouvé l’explication: endormis par un estomac bien rempli, le peuple ne peut plus bouger, il fait la paix sociale. Bien rempli, c’est à voir.

On sait que depuis le début de 2011, le réveil de la mobilisation populaire et des luttes de masse s’est concentré sur un objectif dit « non politique », celui du pouvoir d’achat. Le printemps algérien a été un printemps social. Malgré la repression, à travers les grèves et actions massives, les salariés et les villageois ont exigé et souvent obtenu un important rattrapage salarial et de meilleurs équipements sociaux de proximité.

« Le pouvoir a acheté la paix sociale, grâce aux revenus pétroliers », analysent les politologues pour expliquer l’échec des tentatives de plaquer les expériences révolutionnaires d’autres pays arabes. Ils « oublient » le rôle de la mobilisation populaire pour arracher les nouveaux acquis sociaux obtenus, considérant sans doute que la répartition du revenu national n’est pas une question politique.

Avec la baisse des revenus pétroliers, « il ne sera plus possible d’acheter la paix sociale » se réjouissent les porte-paroles de l’opposition néolibérale.

Et si la marmite se renversait sur le couscoussier en 2015? Et si les salariés exigeaient que l’Etat aille enfin chercher l’argent là où il se trouve, dans les immenses profits des privilégiés du système? Et si les salariés, qui eux sont ponctionnés à la sources, se mettaient à exiger une authentique justice fiscale? Qu’ils exigent aussi de mettre au pas les lobby de l’import. Qu’ils mettent fin aux projets inutiles qui ne servent qu’à alimenter les « commissions »?

Une politisation qui ira forcément à l’encontre des plans politiques qui en 2015 feront du forcing pour exploiter les tares du système en vue d’imposer la politique néolibérale tous azimut, au détriment de la nation et du peuple

La baisse des revenus pétroliers créera-t-elle une situation rendant nécessaire pour le peuple algérien, l’existence d’une gauche politique et sociale capable de soutenir le monde du travail et les couches les plus fragiles de la population. C’est sans doute la question cruciale de l’année nouvelle.

Sources blog algerieinfos

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OMAR AKTOUF, ÉCONOMISTE, À L’EXPRESSION:

« L’AUSTÉRITÉ N’EST PAS UNE SOLUTION »

par Amar INGRACHEN

L’Expression

le 02 Juin 2015

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«La chute des prix des hydrocarbures était tout à fait prévisible»

Analysant la situation économique et sociale du pays à l’aune des nouvelles données, notamment les prévisions «optimistes du FMI en termes de croissance ainsi que la nomination d’un technocrate libéral » plutôt critique à l’endroit du gouvernement, à la tête du ministère des Finances, Omar Aktouf, éminent économiste et consultant pour plusieurs institutions économiques à travers le monde, notamment au Brésil, exprime ses inquiétudes et suggère, en filigrane, un plan de sortie de crise.

L’Expression: Une chute brutale mais déjà prévue par plusieurs experts indépendants des prix du pétrole a ébranlé les certitudes du gouvernement qui s’emploie, depuis quelque temps, à mettre en place un plan d’austérité. Pensez-vous qu’un plan d’austérité est une bonne réponse à la situation de déséquilibre de la balance commerciale du pays? Selon vous, quelle est la solution adaptée à une situation pareille?

Omar Aktouf: Oui la chute des prix des hydrocarbures, même intense et brutale, était tout à fait prévisible, malgré tout ce qui secoue le Moyen-Orient, et surtout à cause de la décision US de se mettre massivement aux huiles de schistes pour se rendre indépendants des marchés extérieurs, et aussi à cause des immenses réserves toutes proches des sables bitumineux et gaz de schiste du Canada. Rien donc de surprenant ni d’inattendu dans tout cela depuis quelques années: notre gouvernement aurait dû commencer à s’y préparer et prendre des mesures d’adaptation il y a au moins deux ou trois ans! Vous parlez de «plan d’austérité»: mais, quelle austérité supplémentaire pourrait-on donc infliger à ce pauvre peuple algérien! Par ailleurs, et on le voit bien en Europe, aucun plan d’austérité n’a servi à rien! Il suffit de voir comment la troïka (UE, BCE et FMI) ne cesse de valser entre relance et austérité depuis 2008, et aussi et surtout le basculement à gauche toute de la Grèce, de l’Espagne… où la dite austérité n’a fait qu’empirer les choses. Vous parlez aussi de «balance commerciale algérienne»: personnellement je me pose la question de savoir où se trouve cette «balance» qui n’a pratiquement jamais été que gouffre d’importations sans limites d’à peu près tout, et surtout, de pas loin de 80 ou 90% de ce que l’Algérien consomme par jour! Cestes, une politique d’austérité va rétablir quelque peu l’abîme de déséquilibre entre rente pétrolière et importations, mais à quel prix pour le peuple? On dit «consommez algérien», quelle farce! Quand on sait que l’Algérie ne produit même pas une goutte de plus de la moitié du lait consommé au pays, pas plus que l’immense majorité de tout ce qui est indispensable à la vie quotidienne… pour consommer algérien, encore faut-il qu’il y ait production algérienne de ce que l’on consomme! Pour résumer, je dirais que, bien entendu pour moi, qui suis un anti-néolibéral achevé, aucun plan d’austérité n’est bon pour rien! La seule et unique «solution adaptée» serait le contraire de l’austérité, mais avec un renflouement des financements de l’État et un minimum de satisfaction des besoins criants du peuple qui mettraient à contribution les titanesques fortunes privées, occultes… afin de financer un vaste plan de relance – notamment en vue de productions locales pour consommation locale- surtout pas de plan d’austérité! Par ailleurs, quand on voit notre «gouvernement» prendre des mesures d’allègement des taxes et redevances sur les entreprises et se mettre à crier au «doublement urgent» de l’extraction pétrolière, on se demande d’où sortent les conseillers qui préconisent ce genre de choses qui auront pour effets inexorables de 1- diminuer les recettes de l’État tout en engraissant encore plus les colossales fortunes privées informelles, privées, extraverties… et 2- de faire baisser encore davantage les prix internationaux des hydrocarbures par l’augmentation de l’offre. Tout ce que je vois là c’est du total «n’importe quoi», pourvu que l’on rallonge à n’importe quel prix la rente hydrocarbures, point! Mais ce qui l’est encore davantage et que je crains fort, c’est que sous prétexte de cette «crise» qui ramènerait notre pays à des réserves de 20 à 30 milliards ou moins d’ici 2 ou 3 ans, on en profite pour imposer l’exploration des gaz de schiste. Ce qui serait un véritable crime contre le pays.

Le dinar se dévalue. Pourquoi?

Ce qui aurait été bien étonnant, en les circonstances, c’est que notre dinar ne se dévalue pas, ou même qu’il ne sombre pas à pic vers une valeur internationale au-delà du nul! Pour ce qui me concerne, je prédis que, si les politiques demeurent dans le sens de celles adoptées, la dégringolade de notre monnaie va connaître des abysses encore jamais vus. Cela sera, peut-être, l’étincelle qui mettra le feu aux déjà bien nombreux barils de poudre accumulés dans les insondables «cales» des frustrations du peuple algérien. Quant à la question de savoir «pourquoi» cette dévaluation, la réponse est que tout simplement, toute «valeur» ou «tenue» d’une monnaie est liée à la productivité économique de son pays. Or, en guise de «productivité», nous n’avons, en Algérie, que la pompe à pétrole-gaz et la planche à billets. Donc tout à fait automatiquement et logiquement, dès que le prix des hydrocarbures baisse et que le recours à la planche à billets menace de s’accélérer (pour compenser des rentrées en devises qui diminuent proportionnellement à la chute des prix), alors notre monnaie devient de plus en plus une monnaie de singe dont personne ne veut. Où sont les moindres sérieux substituts (y compris privés) au pétrole et gaz pour faire rentrer le moindre montant sérieux de devises au pays?

La Banque d’Algérie doit-elle intervenir pour stopper la dévaluation du dinar?

Stopper la dévaluation par l’entremise de mesures bancaires reviendrait à tenter d’assécher le plus possible la circulation et la masse du numéraire en dinars (emprunts, salaires, investissements, importations, budgets publics, financements des exportations…) ou tenter d’en rehausser la valeur par achats massifs à l’aide de devises fortes. Or, on sait que nos réserves en devises sont déjà en deçà de ce qu’il faudrait pour les besoins courants du pays. On sait aussi qu’il faut en compenser la baisse en rentrées pétrolières: donc imprimer l’«équivalent» en dinars si on veut éviter la paralysie de nombre de secteurs et des défauts de paiements dont les effets domino peuvent être insondables. Et cela tout en affrontant plusieurs nécessités incontournables qui impliquent des mesures inverses: 1- la nécessité d’investir dans le creusement de Dieu sait combien de nouveaux puits, explorer de nouvelles réserves… (si cette folle et démagogique mesure de «doublement urgent de la production» proposée par ce gouvernement est maintenue); 2- celle de faire face aux hausses d’importations (quantités et prix), de subventions de foules de produits de première nécessité qu’implique immanquablement l’arrivée du Ramadhan; 3- celle de compenser – pour éviter de forts possibles graves colères populaires- l’implacable hausse des prix mondiaux de tout ce qui est importé en secteur alimentaire (hausse combinée aux effets de dévaluation du dinar, de l’amorce d’hyper inflation déjà bien observable…). Non, décidément, je ne vois vraiment pas comment la Banque d’Algérie pourrait aller contre ces nécessités en raréfiant la disponibilité de liquidités ou en réévaluant, par je ne sais quel miracle, notre dinar.

Abderahmane Benkhelfa préconisait l’ouverture du capital des banques publiques au privé. Il est aujourd’hui ministre et il est probable qu’il le fasse. Pensez-vous qu’une telle démarche serait positive?

Je dirais que, par principe universel et par expérience des pays les plus «évolués», toute «ouverture au privé» se solde par quelques gains de fort court terme, et par des pertes structurelles de long terme. Demandons-nous pourquoi l’Islande a fait l’inverse en nationalisant tout son système bancaire et financier après la crise de 2008! Observons comment l’Europe s’enlise dans un cirque infernal de yo-yo économiques à cause de l’acharnement de la troïka (BCE, UE, FMI) à satisfaire un système financier-bancaire privé devenu roi et maître des politiques économiques européennes! Observons les dramatiques mesures de coupures tous azimuts qui font glisser vers la tiers-mondialisation des pans entiers des populations de pays comme les USA, le Canada, la France, l’Angleterre… à cause de l’infinie boulimie de leurs super richissimes milieux financiers et bancaires privés qui agissent en insatiables vampires. Est-ce cela que notre ministre veut pour notre pays? Pourquoi ne songe-t-il pas plutôt à organiser une mission d’étude en Islande pour apprendre comment on peut fort bien faire vivre un pays sans banques et banquiers privés?

Le FMI a prévu un taux de croissance allant de 3% à 4% en 2015 pour l’Algérie. Ce chiffre correspond-il aux potentialités réelles du pays? Augure-t-il d’un développement soutenu de l’économie algérienne?

Si cette instance internationalement mortifère, que j’ai toujours dénommée «Fonds de la Misère Internationale», avait quoi que ce soit de bon dans ses prévisions, ses mesures, ses calculs… cela se saurait, et la planète ne serait pas dans l’état de marasme aussi inouï que continu dans lequel elle se trouve depuis des années! Après le cirque entourant les «remèdes» à la crise de 2008, après les faillites cinglantes de pays entiers, depuis l’Éthiopie, en passant par l’Argentine et jusque la Grèce ou l’Espagne… dues aux injonctions de ce même FMI, qui peut encore accorder le moindre crédit aux prévisions et calculs de cette instance délirante? Il suffit de demander à n’importe quel quidam du peuple algérien, qui ne vit pas dans le luxe insolent dans lequel se vautrent nos «élites», «comment il voit l’avenir du pays» pour se faire répondre que «tout dégringole» et que «rien de bon ne se profile à aucun horizon». Sur quels fonds d’éducation, de formation professionnelle, de maîtrise de techniques, de main-d’oeuvre qualifiée, de ressources exploitées avec valeur ajoutée locale, de moyens de production et d’infrastructures (dont les super indispensables Ntic)… se base-t-on pour prédire de tels mirifiques taux de croissance? Simplement sur des projections de PIB (où les bénéfices expatriés faits par les rapaces nationaux et étrangers sont calculés comme «croissance» intérieure du pays). Croissance dont presque 100% de rentrées en devises ne sont que ventes d’hydrocarbures… Hydrocarbures dont les prix glissent chaque jour vers des niveaux qui annoncent plutôt – au rythme où cela va-«une croissance négative»! Je ne vois aucune potentialité algérienne apte à assurer de tels taux de croissance et encore moins à les rendre durables ou soutenus: lorsque seulement 12 ou 13% des filières moyennes et supérieures en éducation sont de nature «technique», et lorsque l’on sait qu’aucune «valeur ajoutée» ne saurait venir hors la capacité créative des cerveaux humains «capables de productivité technique», d’où donc peut-on espérer faire surgir ce genre de taux? De la spéculation financière avec l’espoir de privatisation des fonds et banques publics? L’accélération d’activités de stériles boursicotages générateurs de bulles temporairement traitées comme «croissance»? Non, franchement, je ne vois aucune base sérieuse à ce genre de prévisions, et je pense que- le proche avenir nous dira si j’ai raison-, bien des conditions réunies pour voir l’Algérie plonger rapidement dans un cycle infernal de récession avec la combinaison létale qui va avec toute politique d’austérité: hausse du chômage, baisse des salaires et pouvoir d’achat, rétrécissements des investissements et… déflation qui succèdera à l’hyper inflation…

Sources: L’Expression

repris sur le blog algerieinfos

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