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Algérie : le poids et la signification du SOCIAL dans le processus du vrai CHANGEMENT DEMOCRATIQUE

jeudi 17 février 2011

J’ai reçu de camarades du mouvement associatif français un appel qu’ils ont lancé en solidarité avec les actions pour le changement qui se déroulent dans les pays du Nord de l’Afrique.

Ci-dessous le message que je leur ai adressé pour éclairer un aspect que je crois essentiel. Tant pour la compréhension que pour le succès du mouvement de fond qui s’ébauche en Algérie. Dans la mesure où ce mouvement viserait un changement radical que n’avait pas réussi à induire en profondeur il y a vingt trois ans le soulèvement des jeunes d’Octobre 1988.

Chers amis,

Bien reçu votre appel à la manif de solidarité de ce dimanche et le mettrai en ligne dès que possible

Bravo pour ce que vous faites. Au delà des initiateurs et acteurs des différentes actions concrètes en cours sur la rive Sud, votre appui va en solidarité à tout le processus de changement global qui s’est mis en branle dans nos pays.

A ce propos, je voudrais attirer l’attention sur deux points concernant le contenu de ce processus.

Je suis sûr qu’il est présent dans vos préoccupations, mais il n’apparait pas beaucoup dans certains des appels ou des actions menées par une partie des acteurs algériens avec qui il est normal de vous solidariser.

Ces deux points sont d’ailleurs liés entre eux partout où ça bouge, leur présence ou absence est significative quant à l’orientation du processus et à sa profondeur à venir :

1. La dimension sociale :

Comme vous le remarquerez, cette dimension n’est pas explicitée dans les 4 revendications que vous reproduisez et relayez dans votre appel à solidarité, qui sont exclusivement de caractère politique et de pouvoir, à savoir :

- Levée de l’état d’urgence.

- Ouverture des champs politique et médiatique.

- Libération des personnes arrêtées pour des raisons de manifestations ou de délits d’opinion.

- Système dégage !

L’absence du social dans cette énumération ignore le fait le plus significatif dans ce qui est en train de bouger au pays avec une grande ampleur, par rapport aux "journées" de marches et autres manifestations qui n’en sont que le reflet plus ou moins spectaculaire. Il s’agit des actions très nombreuses et qui, même quand elles ne sont pas les plus apparentes pour les media, drainent des dizaines de milliers de participants à travers tout le territoire. Ce qui se passe avec les chômeurs est très significatif, sans compter tous les autres secteurs et corporations touchées par les problèmes les plus sensibles au plus grand nombre.

C’est cela qui va donner plus de consistance et de poids aux revendications politiques tout à fait légitimes. C’est aussi ce qui va assurer plus tard un meilleur débouché social au changement et le rendra plus réellement démocratique, ce qui, comme le montrent déjà la Tunisie et l’Egypte (et le cas de l’Algérie après 88-90), est un enjeu majeur.

2. Ce déséquilibre dans la revendication de changement global, au détriment du social qui en est pourtant une dimension capitale et incontournable pour la majorité de la population, est lié à la composition sociologique ou politique d’une partie des acteurs qui appellent au changement mais n’en voient qu’une partie, celle des "rapports de pouvoir" institutionnels alors que ce problème de pouvoir touche à tous les aspects (économique, social, culturel) de la vie du pays.

Chez certains, les plus nombreux, cette omission ou occultation n’est pas consciente, ils pensent qu’il faut lever le blocage du pouvoir politique dictatorial et ensuite on verra...On l’a déjà assez vu après l’indépendance, faute de vigilance sociale durant la guerre (malgré les proclamations abstraites du "1er nov,de la Soummam et de Tripoli") parce que sur le terrain, par exemple la conception corporatiste et caporalisatrice de la fondation de l’UGTA en 1956, liée d’emblée à la CISL, a verrouillé durant des décennies. le mouvement syndical pour son malheur et celui des travailleurs

Mais pour d’autres courants politiques, l’omission est consciente et correspond à des orientations de libéralisme antisocial non déclarées, avançant sous le manteau, avec la bénédiction évidente de l’ultralibéralisme mondial et des gouvernements occidentaux et néocolonialistes qui lui sont soumis.

Sur le terrain politique, cette orientation de classe non avouée se traduit par la position suivante : changeons la façade présidentielle actuelle du pouvoir, présentée comme responsable de tout,pour ne pas dire bouc émissaire, alors que la nature du pouvoir comme l’a dit si bien un humoriste est le système "Boutewfika" (du nom des deux figures de proue des castes qui se partagent et se disputent le pouvoir)

Il y a, dans l’intérêt et pour l’efficacité du changement profond que souhaite la nation, un besoin de clarté à travers la diversité normale des partisans du "changement" ; qu’ils soient berbéristes, islamistes, laicisants ou socialisants.

Tous les courants idéologiques et politiques sans exception devraient être soumis au critère de transparence suivant : quel changement socio-économique préconisez-vous ?

Pensez vous que l’enquête publique et sans délai sur les immenses scandales (Sonatrach, Khalifa, BRC, etc, etc), sur les liens avec les grands circuits commerciaux occidentaux ou sur les fortunes déposées à l’étranger ou sur la "rechoua" quotidienne qui ronge le peuple et la malédiction des bas salaires, du chômage, de la malvie, tout cela serait une revendication moins importante ou moins urgente que la levée de "l’état d’urgence" ou de l’arbitraire sous toutes ss formes ? N’est ce pas au contraire le contenu caractéristique du vrai changement POLITIQUE au sens profond et global du terme, de la vraie stabilité et concorde nationale ?

C’est tout cela la meilleure et la plus solide base de l’action unie pour le vrai changement. La démocratie est inséparablement sociale et politique. Sinon, ce n’est pas la démocratie. C’est cette démocratie authentique et non sa contrefaçon que veulent les immenses forces populaires dont la mise en mouvement consciente est seule capable, pacifiquement, de faire des aspirations au changement une réalité sur le terrain.

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