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PORTRAIT : UN DE CEUX PAR QUI LE PAGS A VU LE JOUR (décembre 1965-janvier 1966)

LA FORCE DES HUMBLES ET DES ANONYMES ...

samedi 9 juillet 2011


Je parlerai plus longuement de sa contribution décisive lorsque j’évoquerai les conditions de la fondation du Parti de l’Avant Garde Socialiste, en décembre-65-janvier 66. au beau milieu du déchaînement répressif des auteurs du coup d’Etat du 19 juin 1965.

Ils sont nombreux ces humbles et ces anonymes, ces "h’chicha talba m’icha", sans lesquels le mouvement démocratique et social n’aurait pas trouvé ses supports vitaux organiques et logistiques. Honneur , avec Pépé-Ammi Sanchez, à l’Hadja, à Yamina, à M’ha, à Baâziz, Mohamed, Hamida et ces dizaines d’autres comme eux ancrés dans le terreau social populaire et la conscience de classe chevillée au corps, honneur à ceux dont j"ai oublié les noms ou que je ne peux encore citer. Sans gloriole, sans rien à attendre en retour, sans grandes théorisations ni prétention à l’héroïsme, comme pendant la guerre de libération, ils ont sauvé des situations critiques, porté longtemps sans se plaindre des charges lourdes et parfois inhumaines. Les élans révolutionnaires ne doivent pas faire oublier les pas modestes mais combien essentiels par lesquels avancent les grandes causes.

Il était d’origine espagnole, parlait un arabe populaire où se mêlaient à la perfection les accents de l’Algérois et des Hauts Plateaux.

Pépé Sanchez, l’appelaient ses voisins de l’immeuble chic d’Alger proche de la rue Didouche (ex-Michelet), qui ne pouvaient se passer des services quotidiens qu’il leur rendait avec bonhommie, car en bois, métal, mécanique, bâtiment et électro ménager, il réparait tout avec le minimum de moyens.

Ammi Sanchez. l’appelaient ses amis commerçants kabyles de la basse Casbah, au magasin desquels il se rendait de temps à autre pour deviser de choses et d’autres.

Dans le quartier, il semait la bonne humeur, en traînant nonchalamment ses espadrilles, après quoi il me rapportait les échos de la société avec une pénétration que pouvaient lui envier bien des sociologues.

Souvent, venaient lui rendre visite ses vieilles connaissances, paysans et agriculteurs des Hauts Plateaux, de Ksar Chellala notamment, qui savaient qu’en débarquant chez lui à Alger ils trouveraient non seulement des conseils éclairés sur le matériel hydraulique, mais aussi des stocks de clous, fils de fer, matériaux divers et habillements qu’il collectait et stockait pour eux en ces périodes de rareté. Ils avaient appris à l’apprécier lorsqu’il gardait et soignait les moutons chez eux, durant une grande partie de la guerre de libération.
Il y était allé probablement pour se protéger de la répression car il me révéla un jour en passant qu’il avait caché chez lui une valise d’armes du stock Maillot que Farrugia (un des membres du petit commando CDL qui avait réalisé l’opération) lui avait confiée pour quelque temps.

Les gens "bien mis" pouvaient en croisant dans les beaux quartiers ce passant insignifiant, s’ils prêtaient seulement attention à lui, penser que c’était une de ces innombrables personnes qui ne comptent pas.

Mais le patron français d’une grosse usine dont il avait dépanné l’installation de son appartement écarquilla les yeux lorsque Pépé démolit en quelques mots l’éloge du patronat qu’il venait de lui faire : voyez ces billets que je pose sur la table ; dites leur de fructifier tous seuls ! Ils ne se multiplieront que si quelqu’un verse sa sueur et son temps dans un travail dont il profitera très peu !

Tous ces souvenirs me sont brusquement revenus en tombant par hasard sur cette photo d’un inconnu qui m’ont rappelé avec une perfection étonnante les traits, l’allure et l’expression de ce personnage si ordinaire et extraordinaire à la fois. Chez lui, grâce à lui et à partir de lui, j’ai pu à l’époque coordonner les échanges de fond avec les camarades dirigeants emprisonnés de l’ex ORP, relancer les liaisons des noyaux organiques communistes dispersés par la répression de septembre 65, efforts qui seront jalonnés par la déclaration du 26 janvier 1966 marquant la naissance du PAGS.

La série de hasards qui me fit rencontrer et connaître cet acteur particulier de l’Histoire, ne fut pas finalement un hasard.
En analysant les différentes circonstances qui ont fait l’évènement, on comprend mieux, comme je l’indiquerai, les convergences qui tissent et font l’Histoire. Atterrir chez Pépé Sanchez, que je trouvai presque mourant en arrivant chez lui et qui se rétablit miraculeusement par de simples médications, c’était le résultat de plusieurs circuits et contributions dont chacune était elle-même l’aboutissement de longues luttes datant de plusieurs mois ou plusieurs années. J’ai alors mieux compris que rien n’est jamais perdu de chaque lutte et sacrifice aussi minime et isolé soit-il en apparence.

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